À Paris, la mairie serre la vis aux appartements qui dorment vides
Votée samedi, la mesure porte la taxation à 60 % de la valeur locative après deux ans de vacance - le plafond légal maximal - dans une ville qui compterait plus de 139 000 logements inoccupés.
139 000 logements vides. 20 000 espérés de retour sur le marché. Et un chiffre, 60 %, qui résume à lui seul dix ans de bataille politique.
Un vote, un plafond légal désormais atteint
Samedi 18 juillet, le Conseil de Paris, présidé par le nouveau maire Emmanuel Grégoire, a voté le doublement de la taxe sur les logements vacants. Le texte porte le taux applicable de 17 % à 30 % de la valeur locative cadastrale après un an de vacance, et de 34 % à 60 % après deux ans - soit le plafond maximal désormais autorisé par la loi de finances pour 2026, qui a relevé ce plafond à compter du 1er janvier 2027.
La taxe elle-même n'a rien de nouveau : elle existe à Paris depuis 1999, mais ses taux étaient restés, jusqu'ici, nettement plus modestes. La municipalité annonce par ailleurs vouloir accompagner la mesure de dispositifs d'aide destinés aux propriétaires de biens vacants, notamment pour ceux confrontés à des blocages indépendants de leur volonté.
Dix-sept pour cent devenus trente, trente-quatre devenus soixante : le vote de samedi ne se contente pas d'augmenter une taxe, il en épuise le plafond légal.
Un parc de logements vides estimé, mais contesté
Selon les données de l'Insee citées par la presse économique, Paris compterait 139 075 logements vacants, soit environ 10 % de son parc total. La Ville de Paris avance de son côté un chiffre légèrement supérieur, autour de 150 000 logements, soit 9 % du parc - un écart minime mais révélateur des incertitudes qui entourent ces statistiques.
L'opposition de droite au Conseil de Paris conteste d'ailleurs frontalement ces estimations municipales. Trois causes principales sont avancées pour expliquer cette vacance : la spéculation immobilière, des propriétaires préférant attendre une hausse des prix plutôt que louer ; les locations touristiques de courte durée non déclarées, qui détournent des logements résidentiels de leur usage ; et enfin des blocages administratifs, des procédures judiciaires ou des successions complexes, qui immobilisent une partie du parc sans lien avec une quelconque rétention volontaire.
Une victoire historique, un matraquage fiscal : deux lectures d'un même vote À l'issue du scrutin, l'adjoint au logement de la mairie, Jacques Baudrier, a salué l'aboutissement d'un combat politique de longue haleine.
une victoire historique après 10 ans de bataille
Jacques Baudrier, adjoint au logement
Du côté de l'opposition, le ton est très différent. Grégory Canal, coprésident du groupe Paris Liberté qu'il dirige avec Rachida Dati, juge la mesure inutile et disproportionnée.
Ce n'est pas de l'incitation, c'est du matraquage fiscal
Grégory Canal, coprésident du groupe Paris Liberté
Son groupe rappelle, dans la foulée, avoir dénoncé à plusieurs reprises la hausse de 52 % de la taxe foncière intervenue sous la mandature d'Anne Hidalgo - inscrivant ce nouveau vote dans une critique plus large de la politique fiscale municipale menée ces dernières années.
Un problème qui dépasse la seule capitale
La vacance de logements n'est pas une spécificité parisienne. À l'échelle nationale, 3,1 millions de logements étaient recensés comme vacants en 2023, hors Mayotte, soit 8,2 % du parc total. Entre 2005 et 2023, ce nombre a progressé 2,3 fois plus vite que l'ensemble du parc de logements, alors que plus de quatre millions de personnes restent, en France, mal logées ou sans logement.
Le vote parisien s'inscrit dans une bataille législative largement antérieure : dès 2017, le Conseil de Paris avait examiné une délibération visant à majorer fortement la taxation des résidences secondaires, et des amendements parlementaires portés notamment par des élus de La France insoumise réclamaient, dès 2018, de quadrupler la taxe sur les logements vacants. Il aura fallu près d'une décennie, et un changement de majorité législative sur les taux plafonds, pour que la capitale obtienne les moyens juridiques d'aller aussi loin que la loi le permet désormais.
Reste une question que le vote de samedi ne tranche pas : une fiscalité poussée à son maximum légal suffira-t-elle à convaincre des propriétaires bloqués par la spéculation, quand une partie de la vacance parisienne tient, de l'aveu même de la Ville, à des blocages juridiques que la seule taxation ne dénoue jamais ?