Deux auto-stoppeurs venus grignoter les vignes d’Alsace
Un coléoptère venu du Japon voyage désormais en camion. Deux spécimens viennent d'être piégés à Strasbourg, un an après les premiers signalés en France.
300 espèces végétales.
C'est le menu potentiel d'un insecte pas plus gros qu'un grain de café, capturé à deux reprises fin juin dans un piège installé à Strasbourg. La préfecture du Grand Est a confirmé lundi 20 juillet la présence du scarabée japonais, un ravageur déjà redouté par les vignerons italiens et suisses.
Deux voyageurs clandestins dans le même piège
Le 26 juin, un premier spécimen tombe dans un piège de surveillance installé dans la commune de Strasbourg. Quelques jours plus tard, un second individu est capturé exactement au même endroit. Pour la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf), les conditions de capture ne laissent guère de doute : ces insectes voyagent en «auto-stoppeurs», accrochés à un camion ou une voiture ayant traversé une zone infestée.
Un coléoptère de la taille d'un grain de café, capable de traverser des frontières entières agrippé à un pare-chocs.
Un renforcement immédiat du piégeage a été déployé, tandis que les agents de la Draaf multiplient les prospections sur le terrain pour vérifier qu'il ne s'agit bien que de deux individus isolés, et non des premiers signes d'une colonie déjà installée.
Une facture qui pourrait se chiffrer en centaines de millions
Derrière la taille dérisoire de l'insecte se cache un risque économique bien réel pour l'Alsace. Popillia japonica peut s'attaquer à plus de trois cents espèces végétales cultivées ou sauvages : vigne, maïs, soja, houblon, vergers de pommiers et de cerisiers. Ses larves, elles, s'en prennent aux pelouses, en particulier celles des terrains de sport.
Or la viticulture alsacienne à elle seule représente environ 500 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel. Une implantation durable du ravageur ne se limiterait pas à quelques feuilles grignotées : elle pourrait bouleverser les coûts de production de toute une filière régionale, viticulteurs en tête.
Le long voyage d'un insecte venu du Japon
L'histoire de ce coléoptère hors de son pays d'origine ne date pas d'hier. Introduit accidentellement aux États-Unis dès 1916, il s'est ensuite propagé jusqu'au Canada, avant de franchir l'Atlantique en sens inverse : détecté en Italie en 2014, où il colonise aujourd'hui sept régions du Piémont à la Ligurie, puis en Suisse en 2017, dans un vignoble de la commune tessinoise de Novazzano.
La France, elle, a longtemps observé ce périple depuis la marge - jusqu'à l'été 2025, où cinq individus isolés sont interceptés pour la toute première fois sur le territoire national, tous en Alsace. Quatre proviennent de pièges officiels, postés à la gare de marchandises de Mulhouse, sur une aire de l'autoroute A35 à Saint-Hippolyte, et dans la zone frontalière de Saint-Louis. Le cinquième doit sa découverte au hasard : un particulier retrouve l'insecte mort, agrippé à sa propre voiture.
Une zone sous surveillance à la frontière suisse
Ce n'est pas un hasard si l'Alsace concentre l'essentiel des captures françaises. Juste de l'autre côté de la frontière s'étend un foyer suisse établi autour de Bâle, suffisamment préoccupant pour qu'une zone de surveillance délimitée ait été instaurée sur cinq kilomètres au-delà du territoire infesté, couvrant six communes françaises frontalières - jusqu'à englober une partie de l'aéroport international de Bâle-Mulhouse et la réserve naturelle de la Petite-Camargue alsacienne.
Dans ce périmètre, les règles se durcissent : circulation restreinte pour les végétaux en pot ou en pleine terre, encadrement strict des déchets verts de taille depuis le 1er juin. Autant de garde-fous destinés à retarder, sinon empêcher, ce que les scientifiques redoutent depuis plus d'une décennie - l'installation définitive du ravageur sur le sol français.
Deux scarabées dans un piège strasbourgeois ne font pas encore une invasion. Mais douze ans après ses premiers pas italiens, l'insecte n'a jamais paru aussi proche des vignes alsaciennes.