mercredi 22 juillet 2026, 06:50 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
Actualités

En Hongrie, la nouvelle majorité fait saisir les serveurs du parti de Viktor Orbán

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Actualités

En Hongrie, la nouvelle majorité fait saisir les serveurs du parti de Viktor Orbán

Trois mois après avoir perdu le pouvoir, le Fidesz dénonce une perquisition « sans précédent depuis la fin du communisme » visant ses bases de données, dans une enquête pour détournement de fonds publics.

Seize ans au pouvoir. Trois mois dans l'opposition. Et, ce mardi, des enquêteurs venus saisir les serveurs du parti que Viktor Orbán a dirigé pendant une génération.

 Une perquisition informatique, une accusation immédiate

Ce mardi, des enquêteurs du parquet hongrois se présentent sans préavis au centre de données qui héberge les serveurs du Fidesz, l'ancien parti au pouvoir de Viktor Orbán. Selon un communiqué publié par le parti sur Facebook, leur objectif est de saisir l'intégralité du système de communication et des bases de données de la formation.

Ce n'est pas seulement un serveur que l'on saisit ce mardi : c'est la mémoire numérique d'un parti qui a gouverné la Hongrie pendant seize ans.

Le Fidesz dénonce une opération sans précédent dans le pays depuis la chute du communisme en 1990, et promet de résister à ce qu'il qualifie de « tyrannie agressive » du parti Tisza, désormais au pouvoir. L'endroit exact où se déroule la perquisition, situé dans le comté de Bacs-Kiskun, dans le sud du pays, n'a pas été précisé par le parti.

il n'y a eu aucun précédent de ce genre en Hongrie depuis 1990

 le Fidesz, dans un communiqué sur Facebook

 Une enquête centrée sur un fonds culturel national

Selon le site d'information hongrois 24.hu, les procureurs du comté de Bacs-Kiskun ont confirmé que cette perquisition s'inscrit dans une enquête pour détournement de fonds et autres infractions pénales, portant sur le Fonds culturel national (NKA).

L'affaire trouve son origine dans les accusations publiques de l'acteur, rappeur et militant Áron Molnár, qui affirmait que le NKA avait fonctionné comme une agence de paiement au service du premier cercle du Fidesz. Une enquête de l'administration fiscale a depuis établi que l'organe décisionnaire du fonds avait accordé 1 079 subventions, pour un total dépassant 17 milliards de forints - environ 54 millions d'euros - en violation des règles applicables.

Une accusation lancée par un artiste militant, puis confirmée par le fisc : c'est ce fil-là qui a fini par conduire des enquêteurs jusqu'aux serveurs mêmes du Fidesz.

 Trois mois après une défaite électorale historique

La scène intervient trois mois seulement après la déroute électorale de Viktor Orbán. En avril, le parti Tisza de Péter Magyar a balayé le Fidesz lors de législatives marquées par une promesse de « changement de régime », obtenant une majorité des deux tiers au Parlement et mettant fin à seize années de pouvoir ininterrompu du dirigeant nationaliste.
Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Péter Magyar multiplie les textes visant à démanteler l'emprise institutionnelle bâtie par son prédécesseur, qualifiée d'« illibérale » par Orbán lui-même. Une réforme constitutionnelle a même été votée pour l'empêcher, dans les faits, de se représenter. La lutte contre une corruption jugée endémique sous l'ancien régime figure au cœur de ce programme.

 Deux récits opposés

Interrogé sur cette perquisition, Péter Magyar a affirmé sur Facebook avoir appris l'opération par l'annonce du Fidesz lui-même, et non par une voie officielle.

en attente d'une déclaration du parquet

- Péter Magyar, Premier ministre

Le parti Tisza dément par ailleurs toute dérive autoritaire envers ses opposants politiques, et présente sa démarche comme une manière de replacer la Hongrie dans le courant dominant de l'Union européenne, après des années de tensions répétées avec Bruxelles sur l'État de droit, la corruption et les droits des minorités. Viktor Orbán, de son côté, a toujours nié les accusations de corruption portées contre son entourage.

Le Fidesz, qui qualifie aujourd'hui son adversaire de régime autoritaire, avait lui-même fait l'objet d'accusations similaires durant la totalité de ses seize années au pouvoir - un parallèle que ses détracteurs ne manquent pas de souligner.

 Un climat de tension numérique qui ne date pas d'hier

Cette perquisition n'est pas le premier épisode de tension autour de l'infrastructure informatique des partis hongrois. En mars, avant même sa victoire électorale, Péter Magyar avait accusé les services de l'État d'avoir mené une opération de renseignement clandestine contre le Tisza. Selon le média d'investigation hongrois Direct36, deux informaticiens chargés des serveurs et réseaux du parti avaient alors été interrogés par les autorités, à la suite d'un signalement anonyme visant à les incriminer.

D'un côté, un fonds culturel soupçonné d'avoir arrosé un premier cercle politique pendant seize ans. De l'autre, des informaticiens de parti interrogés sur fond de signalement anonyme, quelques semaines avant une élection décisive. En Hongrie, la bataille pour le pouvoir se joue désormais autant sur les serveurs que dans les urnes.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
Partager :
100%