Vingt-et-un coups de marteau ont suffi à faire tomber une figure entière de la droite britannique
Joshua Kerry, vingt-huit ans, comparaît pour le meurtre d'Ann Widdecombe, un crime que sa propre caméra de surveillance a filmé en intégralité
Deux minutes. C'est le temps qu'il a fallu à un inconnu pour entrer chez Ann Widdecombe, la frapper vingt-et-une fois à la tête avec un marteau, et repartir avec son portefeuille. Une caméra installée à l'intérieur de sa propre maison a tout enregistré.
Ce que la caméra a filmé
Le procureur Kashif Malik a détaillé mardi devant Westminster Magistrates' Court le déroulé exact de l'attaque, reconstitué grâce aux images retrouvées à l'intérieur du domicile d'Ann Widdecombe, dans le hameau de Haytor, dans le Devon. Le 8 juillet, alors que l'ancienne ministre déjeunait, un homme se serait garé devant chez elle au volant d'une Vauxhall Corsa rouge avant de pénétrer par la porte d'entrée.
« Vous n'auriez pas des cartes bancaires et une pièce d'identité, par hasard ? »
— propos attribués à Joshua Kerry par l'accusation, selon le procureur Kashif Malik Ganté de noir, un marteau dissimulé le long du corps pour qu'elle ne le voie pas venir, l'homme aurait ensuite frappé Ann Widdecombe vingt-et-une fois sur le sommet du crâne, avant de la faire basculer de sa chaise et de subtiliser son portefeuille dans son sac à main. Il n'était resté dans la maison qu'environ deux minutes. La cause provisoire du décès retenue est un traumatisme crânien par choc violent.
De Rotherham à Haytor
Joshua Kerry, vingt-huit ans, originaire de Rotherham dans le South Yorkshire, à plus de quatre cents kilomètres du domicile de la victime, a comparu mardi à Westminster Magistrates' Court, barbu, vêtu d'un survêtement gris. Il n'a été appelé qu'à confirmer son nom, sa date de naissance et son adresse, sur Byrley Road, sans être invité à plaider. Lors d'une audience ultérieure à l'Old Bailey, il a été placé en détention provisoire jusqu'à sa prochaine comparution, en octobre.
C'est le lendemain de l'attaque, le 9 juillet, qu'Ann Widdecombe est retrouvée, gisant face contre le sol de sa cuisine. Elle devait initialement être interviewée en direct à la télévision ce jour-là mais ne s'était pas présentée. Son assistante personnelle avait alors demandé à son jardinier de passer vérifier, c'est lui qui a découvert le corps.
Une enquête qui a changé de nature
Dans les tout premiers jours, la police avait écarté toute piste terroriste ou politique évidente. Le dossier a depuis changé d'échelle, la police antiterroriste nationale a repris la direction de l'enquête et qualifie désormais l'attaque de ciblée. Le procureur a confirmé mardi qu'une enquête pour infractions terroristes possibles restait ouverte en parallèle des poursuites pour meurtre, sans que le mobile exact ne soit à ce stade rendu public.
Une trajectoire de trois décennies au pouvoir
Ann Widdecombe avait soixante-dix-huit ans, et une carrière politique commencée en 1987 comme députée conservatrice de Maidstone, poursuivie comme ministre de l'Emploi puis des Prisons sous John Major, avant de rejoindre sur le tard Reform UK, le parti de Nigel Farage, comme porte-parole sur l'immigration et la justice. L'Appel avait déjà retracé, au lendemain de la découverte du corps, cette trajectoire faite de controverses assumées et de passages remarqués à la télévision de divertissement, dont Strictly Come Dancing.
La sécurité des députés, un débat rouvert
La mort d'Ann Widdecombe a rouvert un débat récurrent dans la vie politique britannique, celui de la protection des élus. Reform UK réclame désormais une enveloppe pouvant atteindre cent millions de livres, contre environ quatre millions actuellement, pour garantir une sécurité complète à tout parlementaire qui la souhaite. Le responsable des affaires intérieures du parti, Zia Yusuf, affirme que Nigel Farage a reçu près de six cents menaces de mort depuis février, ce qui justifierait selon lui le financement de sa protection personnelle par des donateurs privés, dont un don de cinq millions de livres d'un investisseur en cryptomonnaies.
Ce nouvel appel s'inscrit dans une histoire plus longue et plus sombre, celle de deux parlementaires britanniques tués depuis 2016, la travailliste Jo Cox, abattue puis poignardée pendant la campagne du référendum sur le Brexit, et le conservateur David Amess, tué en 2021 lors d'une permanence avec ses administrés. Chacun de ces meurtres avait déjà entraîné un renforcement des mesures de protection, boutons d'alarme après Cox, présence sécurisée lors des rencontres avec les électeurs après Amess, sans jamais tout à fait clore la question.
Une caméra a filmé les deux minutes qui ont suffi à mettre fin à trois décennies de vie publique. Le procès, lui, n'a pas encore commencé.