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Un million et demi de personnes, un roi, un séisme et une bagarre : la folle journée espagnole après la deuxième étoile

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Un million et demi de personnes, un roi, un séisme et une bagarre : la folle journée espagnole après la deuxième étoile

Entre liesse populaire, tensions argentines et petite musique géopolitique, retour sur tout ce qu'a déclenché le sacre mondial de la Roja.

1,5 million.

C'est, selon les estimations de la délégation du gouvernement espagnol, le nombre de personnes massées lundi dans les rues de Madrid pour accueillir une sélection sacrée championne du monde la veille. Un chiffre qui, à lui seul, ne raconte qu'une partie de cette journée hors normes.

◆ Une marée rouge du palais royal jusqu'à Cibeles

Le protocole a précédé la fête. Dès leur arrivée à Madrid, les champions se sont d'abord rendus au palais de la Zarzuela pour y être reçus par la famille royale, avant de rejoindre La Moncloa, siège du gouvernement espagnol. Ce n'est qu'en fin d'après-midi que le bus à impériale s'est frayé un chemin dans les artères bondées de la capitale, via la place de Colón, avant d'atteindre Cibeles aux alentours de 22 heures - avec plus d'une heure de retard sur le programme initial.

Sur cette place devenue le théâtre habituel des grandes liesses du football espagnol, la foule compacte a vu défiler un à un les joueurs sur scène, portés par la chanson «Te amaré». Détail savoureux : Alex Baena, monté sur scène le jour de son anniversaire, a eu droit à un chœur improvisé de «cumpleaños feliz». Rodri, lui, a franchi la scène sous une haie d'honneur formée par ses propres coéquipiers, avant de soulever le trophée sous les yeux de la foule.

Une haie d'honneur formée par ses propres coéquipiers : la manière la plus sobre, et la plus parlante, de dire qui portait vraiment cette équipe.

Le groupe «¡Arde Bogotá», dont le titre «Los perros» avait accompagné le sacre européen de 2024, a repris ce même morceau sur scène avec les joueurs, avant que les chanteuses Ana Mena et Lola Índigo ne prennent le relais pour clore la soirée en musique.

◆ Le roi, le peuple, et un mot pour tout le pays

Reçus au palais royal, les joueurs ont entendu le roi Felipe VI saluer une victoire qu'il a présentée comme celle de la nation tout entière, insistant sur le lien entre l'équipe et ses millions de supporters restés devant leurs écrans ou masés dans la rue.

Vous l'avez fait pour toute l'Espagne

- le roi Felipe VI, aux joueurs de la Roja

Dans les rues de la capitale, la ferveur n'était pas seulement sportive. Le mot «orgullo» - fierté - revenait sans cesse dans la bouche des supporters agglutinés le long de la Calle Princesa, tandis que des personnalités politiques, dont le président du parti d'opposition Alberto Núñez Feijóo, se mêlaient elles aussi à la foule pour saluer les champions.

◆ Rodri rejoint le cercle très fermé de Zidane

Sur le plan individuel, la consécration est totale pour le capitaine Rodri Hernández, désigné meilleur joueur du Mondial après avoir déjà reçu la même distinction à l'Euro 2024. Le milieu de Manchester City devient ainsi le second joueur de l'histoire à cumuler les titres de meilleur joueur d'un Euro et d'une Coupe du monde, après nul autre que Zinédine Zidane, lauréat des deux trophées en 2000 et 2006.

Gagner avec ton pays, c'est ce qu'il y a de plus beau

- Rodri Hernández, meilleur joueur du Mondial 2026

Autour de lui, plusieurs histoires individuelles ont nourri le récit de ce sacre : le milieu du PSG Fabián Ruiz, resté invaincu sous le maillot espagnol et déjà titré à l'Euro 2024, ou encore le jeune prodige Lamine Yamal, qui a lui-même pris le micro lors des célébrations à Cibeles.

◆ De l'autre côté du miroir, la détresse argentine

À des milliers de kilomètres de la liesse madrilène, le retour en Argentine s'est fait dans une tout autre ambiance. Selon la presse, une partie seulement de la sélection argentine, sans certains cadres dont Lionel Messi, a regagné Buenos Aires de manière dispersée - loin des scènes de liesse nationale qui avaient accompagné le sacre argentin quatre ans plus tôt.

Sur ses réseaux sociaux, le capitaine argentin n'a pas caché sa peine après cette défaite qui referme, très probablement, le chapitre mondial de sa carrière.

La douleur est immense, et il faudra du temps pour que cette blessure guérisse

- Lionel Messi, au lendemain de la finale

La fin de match elle-même avait été marquée par des scènes de tension : une altercation a éclaté quelques secondes après le coup de sifflet final entre plusieurs joueurs, le milieu argentin Leandro Paredes étant notamment pointé du doigt pour avoir bousculé deux joueurs espagnols. La Fifa a depuis annoncé l'ouverture d'une enquête sur le comportement de la délégation argentine après la rencontre.

◆ Un but qui a fait trembler la terre, et un trophée mouvementé

Anecdote scientifique surprenante : des sismomètres répartis à travers l'Espagne ont enregistré une véritable onde sismique au moment du but décisif de Ferran Torres, puis au coup de sifflet final, selon le centre Géosciences de Barcelone - simple traduction, dans les entrailles du pays, de l'explosion de joie qui s'est emparée des rues.

La cérémonie protocolaire de remise du trophée n'a, elle, pas été exempte d'incidents. Donald Trump, sifflé par le public du stade au moment de remettre le trophée, s'est attardé sous les projecteurs plus longtemps que ne l'exigeait le protocole - une scène abondamment commentée par la presse sportive internationale. Sur un tout autre registre, un commentateur suisse de la RTS a profité de la cérémonie pour dénoncer en direct ce qu'il a qualifié de l'une des éditions les plus politisées de l'histoire du tournoi.

◆ Un sacre qui dépasse le seul terrain

Ce Mondial aura aussi eu ses résonances diplomatiques. Les autorités iraniennes ont salué la victoire espagnole, évoquant la position affichée par le gouvernement de Pedro Sánchez sur le conflit à Gaza et vis-à-vis d'Israël. Plusieurs joueurs espagnols avaient par ailleurs reçu, avant la finale, des marques de soutien en ligne de la part d'internautes à travers le monde, dans un climat où le sport et la géopolitique se sont, une fois de plus, largement entremêlés.

Sur le seul plan sportif, la conséquence la plus concrète de ce sacre reste le classement Fifa : l'Espagne y retrouve la première place, qu'elle occupait déjà en janvier, devant la France, troisième, et l'Angleterre, quatrième. Le Brésil complète le podium en gagnant une place. Dans le même temps, un proche du président de la Fifa a laissé entendre que l'édition 2030 du Mondial pourrait passer de 48 à 64 équipes participantes - une piste qui, si elle se confirme, redessinerait profondément le format de la compétition.

Entre le protocole feutré du palais royal et les vibrations sismiques enregistrées sous les pieds des supporters, cette journée du 20 juillet aura résumé, à sa manière, ce que ce Mondial 2026 aura été : un spectacle sportif, mais aussi social, politique et jusque dans ses tréfonds géologiques, universel.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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