À Fontainebleau, un Canadair tombe en panne, et la flotte s’amenuise
Sur douze appareils que compte la France, deux sont désormais immobilisés au pire moment de la saison des feux.
Deux sur douze. C'est le nombre de Canadair actuellement indisponibles sur l'ensemble de la flotte française, après qu'un appareil supplémentaire a dû être retiré du dispositif engagé à Fontainebleau (Seine-et-Marne), mardi 21 juillet. Une nouvelle révélée par franceinfo auprès du ministère de l'Intérieur, avant d'être confirmée par Le Figaro.
Un avion retiré en pleine intervention
L'appareil a subi ce que le ministère qualifie de «dommages mineurs ayant entraîné son indisponibilité temporaire», sans en préciser les circonstances exactes. Conformément aux procédures de sécurité aéronautique, il a été immédiatement écarté du dispositif pour être soumis à des contrôles et opérations de maintenance.
Sa remise en service est prévue dans les prochains jours
le ministère de l'Intérieur
Jusqu'à quatre Canadair - un tiers de la flotte nationale - avaient été mobilisés au plus fort de l'incendie qui a ravagé plus de 2 000 hectares de la forêt de Fontainebleau, écopant pour la toute première fois directement dans les eaux de la Seine plutôt que sur leurs habituels points d'eau du sud de la France.
Une flotte déjà sous tension avant cet incident
Ce retrait ne tombe pas dans une flotte au repos. Un autre Canadair reste, lui, immobilisé depuis un accident survenu en Corse en mai 2025 - plus d'un an plus tard, l'appareil n'a toujours pas retrouvé le ciel. Avec l'incident de Fontainebleau, ce sont donc déjà deux avions sur douze qui manquent à l'appel en pleine saison des feux.
Le ministère de l'Intérieur se veut néanmoins rassurant, assurant que cette indisponibilité «n'a pas remis en cause la capacité opérationnelle de la Sécurité civile», qui repose selon la Place Beauvau sur «la complémentarité des moyens terrestres et aériens». Un «aléa classique», ajoute le ministère, pour une flotte «particulièrement engagée» et soumise à des exigences de sécurité strictes.
40 000 hectares déjà partis en fumée depuis janvier
L'incident relance, une fois de plus, le débat sur les moyens aériens français de lutte contre les incendies - un débat que les chiffres de cette année rendent plus pressant que jamais. Le jour même de l'annonce concernant le Canadair, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, indiquait que les feux avaient déjà parcouru plus de 40 000 hectares en France depuis le début de l'année 2026 - davantage que sur l'ensemble de l'année 2025.
Depuis le début de l'année 2026, les feux ont déjà parcouru plus de 40 000 hectares
- Monique Barbut, ministre de la Transition écologique
Face à cette pression, la France ne dispose actuellement que de douze Canadair - des amphibies capables d'emporter jusqu'à 6 000 litres d'eau et de se ravitailler directement sur un plan d'eau - complétés par huit Dash chargés au sol. En intégrant les appareils loués en renfort, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez évalue à «une quarantaine» le nombre total d'engins aériens disponibles pour la Sécurité civile.
Le sinistre de Fontainebleau en chiffres
L'incendie qui a justifié ce déploiement exceptionnel s'est en réalité déclenché en deux temps : un premier foyer, parti le dimanche 12 juillet, a parcouru environ 1 600 hectares, avant qu'un second, débuté le lendemain après-midi, n'en consume 450 supplémentaires. Près de 950 pompiers ont été mobilisés au plus fort de la lutte, procédant à 187 largages aériens en une seule journée selon le commandant des opérations de secours.
Environ un millier de personnes, dont des résidents d'un camping en lisière de forêt, avaient dû être évacuées. La circulation à grande vitesse entre Paris et Lyon avait elle-même été perturbée, des câbles ayant été endommagés par les flammes à proximité de la voie ferrée. Parmi les personnes interpellées pour des départs de feu volontaires ou accidentels figure un sapeur-pompier volontaire - une nouvelle qui avait suscité la «plus vive consternation» du service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne.
Le renfort promis n'arrivera pas avant 2028
En déplacement sur les lieux du sinistre, Emmanuel Macron avait défendu la politique aéronautique menée depuis son arrivée à l'Élysée, assurant avoir «relancé la production de Canadair». Dans les faits, la France attend la livraison de quatre appareils neufs commandés auprès du constructeur canadien De Havilland Aircraft of Canada : deux commandés en 2024, attendus à partir de 2028, et deux autres, commandés en juin 2026, dont la livraison n'est espérée qu'au début des années 2030.
D'ici là, c'est avec une flotte vieillissante et déjà entamée que la Sécurité civile devra continuer d'affronter des étés qui, chaque année un peu plus, ressemblent à celui-ci.