Dans sa première interview depuis l’attentat du 29 juin, Vadim Ermolaev dit ignorer qui lui en veut, l’enquête, elle, pointe déjà vers Kyiv
Dans sa première interview depuis l'attentat du 29 juin, Vadim Ermolaev dit ignorer qui lui en veut, l'enquête, elle, pointe déjà vers Kyiv.
Trois semaines après avoir failli mourir dans le hall de son propre immeuble, Vadim Ermolaev parle enfin. Depuis son lit d'hôpital, l'homme d'affaires ukrainien assure n'avoir eu «aucune raison» de se penser menacé. Une phrase qui, à elle seule, résume tout le mystère de cette affaire.
Un couloir, un sac, une déflagration
Le 29 juin, au numéro 4 de la rue Révérend Père Louis Frolla, dans le quartier huppé de Monte-Carlo, à quelques mètres de la frontière franco-monégasque, un engin explosif improvisé se déclenche à distance dans le hall d'un immeuble résidentiel. Vadim Ermolaev, cinquante-huit ans, homme d'affaires originaire d'Ukraine devenu citoyen chypriote, sa compagne et son fils de treize ans sont grièvement blessés au passage.
Les trois victimes survivent, avec des blessures de gravité variable. L'attentat frappe de plein fouet la principauté, micro-État méditerranéen ultrasécurisé de deux kilomètres carrés et quarante mille habitants, dont une large part appartient à la communauté internationale la plus fortunée d'Europe.
La première parole depuis l'hôpital
Dans un entretien accordé au quotidien Monaco Matin et publié lundi, Vadim Ermolaev sort du silence pour la première fois depuis l'attaque. Toujours hospitalisé, il assure aller mieux et refuse de commenter les différentes hypothèses ou certains éléments particuliers du dossier, invoquant l'enquête pénale en cours.
« Avant cette attaque, je n'avais aucune raison de penser que ma vie pouvait être en danger, surtout dans un endroit comme Monaco. »
Vadim Ermolaev, dans un entretien à Monaco Matin
À la question de savoir s'il sait qui lui en veut, il répond simplement non. Il indique par ailleurs avoir l'intention de continuer à vivre à Monaco et espère que l'enquête permettra de comprendre les circonstances de l'attaque et de savoir si le danger est désormais écarté.
Une suspecte, deux agents, un assassinat qui se referme
L'enquête, elle, a beaucoup avancé depuis le 29 juin. La principale suspecte, Anastasiia Berezovska, Ukrainienne de trente-neuf ans originaire de l'oblast de Louhansk, aurait effectué une reconnaissance des lieux quelques jours avant l'attaque, avant de déposer l'engin et de déclencher l'explosion. Elle prend la fuite à pied vers la France voisine, à quelques mètres seulement du lieu du crime, avant de récupérer une voiture louée en Allemagne.
Un mandat d'arrêt international est émis contre elle par Interpol le 2 juillet. Mais Berezovska ne sera jamais interrogée, elle est retrouvée tuée par balle en Ukraine. Deux autres suspects sont arrêtés dans la foulée, un ancien policier et un agent actuellement en poste à la Direction générale du renseignement du ministère ukrainien de la Défense, le GUR. Ce dernier affirme avoir agi de sa propre initiative, sans ordre de sa hiérarchie.
Le 17 juillet, le procureur général d'Ukraine Rouslan Kravtchenko annonce que les enquêteurs ont récupéré un élément de preuve clé que les suspects avaient tenté de détruire, un enregistrement de quarante secondes provenant d'une caméra de surveillance installée en amont pour vérifier l'exécution de l'attaque. Le parquet ukrainien rend cette vidéo publique.
L'ombre de Kyiv
Interrogé sur une possible implication de l'État ukrainien, Vadim Ermolaev choisit la prudence. Il préfère ne pas répondre à cette question, expliquant qu'à ce stade toute hypothèse formulée publiquement risquerait de compliquer le travail des enquêteurs. Une réserve qui tranche avec la précision de sa réponse sur les sanctions dont il fait l'objet.
Ermolaev est visé depuis décembre 2023 par des sanctions ukrainiennes liées à ses activités commerciales en Crimée, annexée par la Russie. Il affirme que ces sanctions résultent d'une erreur et ne reposent sur aucun fondement juridique valable.
◆ Une fortune qui laisse des traces
L'homme d'affaires évoque également, pour la balayer, une autre zone d'ombre. Un de ses fils a été condamné en Estonie dans une affaire de centre d'appel frauduleux ayant visé des citoyens européens. Vadim Ermolaev assure ne voir aucun élément permettant de relier cette procédure judiciaire distincte à l'attentat dont il a été victime à Monaco.
Reste une question que ni l'interview ni l'enquête n'ont, à ce stade, résolue, celle du commanditaire. Une exécutante ukrainienne morte, un agent du renseignement militaire ukrainien en garde à vue, un homme d'affaires sanctionné par Kyiv pour ses affaires en Crimée. Le fil qui relie ces éléments reste, pour l'instant, entre les mains des juges monégasques et ukrainiens, pas entre celles des journalistes.