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Pendant que le Rassemblement national se déchire en coulisses, François Hollande prépare en silence son retour à l’Élysée

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Pendant que le Rassemblement national se déchire en coulisses, François Hollande prépare en silence son retour à l’Élysée

Entre le procès qui a bouleversé la succession de Marine Le Pen, l'instabilité chronique du pouvoir macroniste et le retour calculé d'un ancien président, enquête sur une France qui se recompose avant 2027.

Neuf gouvernements en huit ans. Un parti d'extrême droite donné vainqueur dans la quasi-totalité des sondages. Et un homme de 71 ans qui, en silence, refait le chemin qu'il avait emprunté quinze ans plus tôt.

 2016 : le renoncement qui a tout changé Décembre 2016. François Hollande, président le plus impopulaire de la Ve République selon les instituts de sondage de l'époque, annonce en direct à la télévision qu'il renonce à se représenter. Il évoque les risques que ferait courir à son propre camp une candidature qu'il sait perdue d'avance.

Cinq mois plus tard, un ministre de son gouvernement devenu candidat sous une étiquette inédite, En Marche, remporte la présidentielle. Emmanuel Macron obtient environ 24 % au premier tour, puis élimine Marine Le Pen au second avec près de 66 % des voix contre 34 %. Hollande, lui, n'a jamais affronté Macron dans les urnes : il s'est effacé avant que la question ne se pose.

Son quinquennat, de 2012 à 2017, reste marqué par un chômage qui n'a reculé que tardivement, une popularité historiquement basse, mais aussi par la gestion d'une série d'attentats terroristes parmi les plus meurtriers de l'histoire récente française, dont ceux de janvier et du 13 novembre 2015. C'est cet héritage contrasté - un bilan intérieur fragile, une image de président ayant tenu la barre dans la tempête sécuritaire - que Hollande remet aujourd'hui en avant pour justifier un retour qu'une partie de son propre camp juge risqué.

 Depuis, neuf gouvernements et une Assemblée sans majorité

Neuf ans plus tard, le pouvoir que Macron a construit sur les décombres du hollandisme peine à se stabiliser. Après sa réélection de 2022, puis la dissolution surprise de l'Assemblée nationale en 2024 à la suite d'une percée du Rassemblement national aux élections européennes, la France s'est retrouvée avec un Parlement fragmenté en trois blocs, sans majorité claire pour personne.

Le gouvernement de Michel Barnier tombe sous une motion de censure en décembre 2024. François Bayrou lui succède, mais son propre gouvernement est renversé le 8 septembre 2025 lors d'un vote de confiance qu'il avait lui-même sollicité - une première sous la Ve République. Score final : 364 voix contre, 194 pour. Sébastien Lecornu prend la relève en octobre 2025 ; son gouvernement, remanié en février 2026, est le neuvième de la présidence Macron.

Ces chutes en cascade ne tiennent pas au hasard des personnes, mais à un blocage structurel : sans majorité absolue, chaque gouvernement doit négocier son budget avec des oppositions qui n'ont, elles, aucun intérêt commun à s'entendre. Bayrou avait tenté d'obtenir le soutien des socialistes en rouvrant le dossier de la réforme des retraites ; l'accord, jugé trop fragile, n'a pas résisté à l'épreuve du vote de confiance qu'il a lui-même provoqué pour trancher un budget 2026 prévoyant 40 milliards d'euros d'économies.

Cette Assemblée sans majorité est elle-même le produit d'un précédent que la gauche invoque aujourd'hui comme un mode d'emploi. Lors du second tour des législatives de juillet 2024, 132 candidats du Nouveau Front populaire et 83 candidats du camp présidentiel arrivés en troisième position s'étaient retirés de leurs circonscriptions respectives pour ne pas diviser le vote face au Rassemblement national. Résultat : le RN et ses alliés, donnés jusqu'à 230 sièges dans certains sondages, n'en ont finalement obtenu que 143, loin des 289 nécessaires pour gouverner seuls. C'est ce scénario de désistements coordonnés, à l'échelle d'une élection présidentielle cette fois, que la stratégie de Hollande cherche implicitement à reproduire en 2027.

Neuf gouvernements, deux motions de censure fatales, une Assemblée coupée en trois blocs irréconciliables : c'est ce paysage-là que doit affronter quiconque veut succéder à Emmanuel Macron en 2027.

 Le procès qui devait clarifier la succession de Le Pen - et qui l'a compliquée Le 31 mars 2025, un tribunal parisien reconnaît Marine Le Pen coupable de détournement de fonds du Parlement européen, dans une affaire portant sur l'emploi fictif d'assistants parlementaires entre 2004 et 2016, pour un préjudice évalué à plusieurs millions d'euros. Elle est condamnée à quatre ans de prison, dont deux fermes, une amende de 100 000 euros, et surtout cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire - une sanction qui, si elle est confirmée, l'exclut de fait de la présidentielle 2027.

Elle fait appel. Le procès se tient de janvier à février 2026 ; le verdict tombe le 7 juillet. La cour d'appel de Paris réduit la peine : trois ans de prison dont deux avec sursis, la partie ferme aménagée sous bracelet électronique, et surtout une inéligibilité ramenée à 45 mois, dont 30 avec sursis - la partie ferme ayant déjà été purgée depuis le premier jugement. Marine Le Pen redevient éligible à la présidentielle d'avril 2027.

Quelques jours avant ce verdict, le 30 juin, des enquêteurs européens perquisitionnent des entreprises liées au Rassemblement national et à ses alliés au Parlement européen, dans une affaire distincte de fonds européens. Jordan Bardella annonce sur les réseaux sociaux qu'il pourrait lui-même faire l'objet d'une enquête portant sur des faits remontant à ses débuts d'eurodéputé.

nous n'avons rien à nous reprocher, et nous le démontrerons

- Jordan Bardella

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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