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Le corps continue de payer la note bien après la fin de la canicule, alertent les médecins

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Le corps continue de payer la note bien après la fin de la canicule, alertent les médecins

Cinq à dix jours après le pic de chaleur, une « dette physiologique » accumulée dans l'organisme continue de produire des effets, selon plusieurs études récentes.

La chaleur est retombée. La fatigue, elle, reste.

◆ Une dette que le corps met du temps à rembourser

Fin juin, alors qu'un épisode caniculaire d'une intensité inédite pour la saison balayait la France, la ministre de la Santé Stéphanie Rist alertait déjà sur France Info : les effets de la chaleur ne s'arrêtent pas avec le thermomètre.

les plus fragiles ressentent les symptômes parfois cinq à dix jours après

- Stéphanie Rist, ministre de la Santé

Santé publique France, dans son bulletin du 24 juin, qualifiait déjà cet épisode de plus sévère jamais observé à cette période de l'année, d'une intensité comparable aux canicules historiques de juillet 2019 et août 2003. Entre le 18 et le 21 juin, les urgences enregistraient entre 300 et 450 passages quotidiens liés à la chaleur ; le 22 juin, ce chiffre dépassait les 650.

Des médecins suisses interrogés début juillet décrivent ce phénomène comme une forme de dette physiologique : après plusieurs jours d'efforts pour maintenir une température corporelle stable, l'organisme finit par ne plus parvenir à récupérer, même lorsque le mercure redescend. Les premiers signes de cette dette, souvent discrets, peuvent apparaître bien après le pic de chaleur.

Cette accumulation d'épisodes n'est pas un hasard de calendrier. Selon Santé publique France, la mortalité attribuable à la chaleur au cours de l'été 2025 s'est révélée plus importante que l'année précédente, se situant entre les niveaux observés lors des étés 2022 et 2023 - deux des cinq étés les plus chauds recensés en France depuis 1900.

◆ Ce que la chaleur fait au corps, au-delà du coup de chaud

Crampes, hyperthermie, déshydratation, maux de tête, nausées, épuisement : ces urgences immédiates ne sont qu'une partie du tableau. Maintenir une température stable face à une chaleur extrême exige de l'organisme un effort physique soutenu, qui peut déboucher sur un état de fatigue prolongé bien après l'épisode.

Le bulletin de Santé publique France du 16 juillet confirme l'ampleur de cet impact : plus de la moitié des passages aux urgences liés à la canicule concernaient des personnes de plus de 75 ans, et près des deux tiers des consultations SOS Médecins des personnes de moins de 45 ans - preuve que la fatigue et les malaises touchent toutes les classes d'âge, pas seulement les plus fragiles en apparence.

l'exposition chronique croissante à la chaleur extrême

- des chercheurs australiens, néo-zélandais et singapouriens

Ces mêmes chercheurs pointent un phénomène à évolution lente mais aux conséquences bien réelles. Des travaux récents montrent notamment un risque accru de maladie rénale, voire d'insuffisance rénale aiguë, chez les personnes qui travaillent régulièrement sous de fortes chaleurs - ouvriers du bâtiment, agriculteurs, livreurs - dont l'organisme encaisse, jour après jour, une charge thermique que le simple repos nocturne ne suffit plus à dissiper.

◆ Le sommeil, premier fusible qui saute

Les nuits tropicales, de plus en plus fréquentes, perturbent le sommeil - et ce sommeil dégradé altère à son tour les fonctions cognitives. Irritabilité, anxiété, épisodes dépressifs : les troubles de l'humeur s'en trouvent exacerbés, selon deux chercheurs de Hong Kong ayant étudié en 2025 les effets de long terme de la chaleur sur les personnes âgées.

Leurs travaux pointent aussi un isolement social accru pendant les vagues de chaleur : confinées à l'intérieur pour se protéger, les personnes âgées voient leur autonomie et leur mobilité réduites, tandis que l'accès au soutien social s'amenuise - un cercle qui aggrave à la fois le bien-être mental et la vulnérabilité physique.

◆ Un risque particulier pour certains publics

Les pathologies chroniques - cardiovasculaires, respiratoires, rénales - sont particulièrement sensibles à une exposition prolongée à des températures élevées.

Les vagues de chaleur exacerbent toutes sortes de maladies chroniques

- Jérémy Hess, médecin urgentiste, université de Washington

Les femmes enceintes et leur enfant à naître constituent un autre public à risque particulier, selon des chercheurs sud-africains du Groupe d'étude sur le climat, la chaleur et la santé.

l'exposition à la chaleur a des répercussions sur la santé du fœtus - le Groupe d'étude sur le climat, la chaleur et la santé, Afrique du Sud Leurs travaux associent cette exposition à un risque accru de mortinaissance, de prématurité et de faible poids de naissance. En France, lors des épisodes de vigilance rouge de ce mois de juillet, 3,85 millions de personnes de plus de 75 ans vivaient dans les départements concernés - une population que Santé publique France identifie comme la plus représentée parmi les hospitalisations liées à la chaleur.

Entre le 18 juin et la mi-juillet, les hospitalisations consécutives à un passage aux urgences pour un motif lié à la canicule ont oscillé entre 160 et 220 par jour à l'échelle nationale, avec, selon les périodes, environ 60 % concernant des personnes de 75 ans et plus. Un chiffre qui, à lui seul, dit la persistance de la pression sur le système de soins bien après les pics de température.

Sur les neuf derniers étés, 11 700 décès sont attribués à la chaleur durant des épisodes de canicule, et près de 40 000 sur l'ensemble des périodes de surveillance, selon les données de Santé publique France. Autrement dit : près de 30 % des décès liés à la chaleur surviennent durant des canicules qui ne représentent, elles, que 4 % des jours observés. Le danger ne se loge pas seulement dans le pic du thermomètre - il se love dans les jours qui suivent.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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