L’avion offert par le Qatar à Trump repart au hangar, quelques semaines seulement après son premier vol
Après avoir délaissé l'appareil lors d'un sommet de l'Otan, le président américain annonce vouloir le renforcer « au maximum » face à des doutes sur ses défenses.
Un mois. Un seul vol présidentiel. Et déjà un aller simple vers le hangar.
◆ Un cadeau qatari, un premier vol le 1er juillet
L'histoire commence en 2025. La famille royale du Qatar offre à Donald Trump un Boeing 747-8 de luxe, un appareil alors âgé de treize ans et affiché à un prix catalogue de 400 millions de dollars. Le président, agacé par la vétusté des avions présidentiels en service depuis 1990, accepte le don malgré une bronca bipartisane et des questions constitutionnelles sur les cadeaux d'États étrangers.
Le Pentagone confirme alors le sort de l'appareil : il servira de nouvel Air Force One, une fois retrofité aux normes de sécurité présidentielles. Des experts en aviation évoquent, dès cette époque, la nécessité d'équiper l'avion de systèmes anti-missiles, de communications sécurisées et d'une protection contre les impulsions électromagnétiques - au risque, sans cela, de devoir le cantonner aux vols intérieurs ou de l'escorter par des chasseurs.
Au Congrès, des élus s'inquiètent alors publiquement du calendrier. Ils redoutent que l'armée de l'air soit poussée à accélérer les travaux de mise aux normes, quitte à sacrifier certaines exigences de sécurité essentielles pour un avion appelé à transporter le président des États-Unis.
Le dossier s'inscrit aussi dans un contentieux plus ancien entre Donald Trump et Boeing : le président avait lui-même renégocié, lors de son premier mandat, les contrats de fabrication des deux futurs Air Force One officiels, alors déjà marqués par des retards et des dépassements de budget.
Après plusieurs mois de travaux, Donald Trump effectue son tout premier vol officiel à bord de cet avion le 1er juillet, en direction d'un sommet de l'Otan à Ankara. Il multiplie alors les superlatifs pour décrire l'appareil, qu'il qualifie de « vraiment exceptionnel ».
◆ À Ankara, un choix qui interroge
Le 10 juillet, au moment de quitter la capitale turque, le scénario change. Plutôt que de reprendre l'avion qatari, Donald Trump rentre à Washington à bord d'un ancien Air Force One, un Boeing 747-200 vieillissant.
Le nouvel appareil, lui, poursuit sa route sans lui vers le Royaume-Uni - officiellement pour être présenté à des troupes américaines sur une base aérienne britannique. Mais selon plusieurs médias américains, cette substitution de dernière minute aurait en réalité été recommandée par le service de sécurité du président, sur fond de tensions ravivées avec l'Iran, pays voisin de la Turquie.
Un vol inaugural, un changement d'avion dix jours plus tard, puis un aller simple vers le hangar : la trajectoire du cadeau qatari tient en trois dates.
◆ Des systèmes de défense qui interrogent
Selon le New York Times, le nouveau Boeing 747-8 n'embarquerait pas les mêmes dispositifs de contre-mesures que l'ancien appareil, notamment en matière de défense anti-missile. Des capteurs et pods extérieurs visibles sur l'ancien Air Force One seraient absents, ou en tout cas non identifiables, sur le nouvel avion.
Les avions présidentiels historiques sont réputés pour leurs systèmes de protection sophistiqués : brouillage radar, leurres anti-missiles, dispositifs de détection avancés. Sur le nouvel appareil, la présence de ces équipements - ou de leurs équivalents - reste mal documentée, ce qui alimente les interrogations.
Les mises à niveau évoquées depuis 2025 pour ce type d'appareil incluent également une suite de communications capable de résister à l'écoute par des services de renseignement étrangers, ainsi qu'un réaménagement intérieur permettant d'accueillir le président, son équipe, les services secrets et la presse dans des conditions conformes aux standards présidentiels.
Interrogée sur le sujet, la Maison-Blanche a défendu la fiabilité de l'appareil.
un avion ultramoderne équipé de protocoles de sécurité de haut niveau
- la Maison-Blanche
◆ « Le booster au maximum »
Dimanche, alors qu'il regagnait Washington après avoir assisté à la finale de la Coupe du monde de football dans le New Jersey, Donald Trump a été interrogé par des journalistes sur l'avenir de son avion qatari. Sa réponse confirme le retour de l'appareil au hangar, pour une durée non précisée.
dans un mois à peu près, ils vont l'envoyer pour le booster au maximum
- Donald Trump, à des journalistes
Le président a reconnu que l'avion disposait déjà de « beaucoup de capacités », sans détailler la nature exacte des améliorations prévues ni leur calendrier précis. Il a par ailleurs assuré avoir volontairement renvoyé l'appareil du sommet turc en premier, pour qu'il soit montré aux troupes britanniques - une explication qui n'a pas dissipé les interrogations sur les raisons initiales de son propre changement d'avion.
Deux autres Boeing destinés à devenir Air Force One doivent encore être livrés au cours de la décennie, après des années de retards et de dépassements de coûts. En attendant, le cadeau qatari, accepté au prix d'une controverse bipartisane, retourne au hangar avant même d'avoir véritablement pris son envol comme avion présidentiel à part entière.