Treize ans de viols filmés en Gironde, dix-neuf hommes mis en examen
Une enquête ouverte en 2023 après la plainte d'une victime contre son ex-compagnon s'est élargie mois après mois. Le parquet de Bordeaux confirme aujourd'hui dix-neuf mises en examen et au moins six victimes identifiées.
Dix-neuf hommes. Six victimes identifiées à ce jour. Treize années de faits présumés, entre 2011 et 2024. Le parquet de Bordeaux a confirmé vendredi l'ampleur d'une enquête pour viols en réunion, filmés et accompagnés de ce que la justice qualifie d'actes de torture et de barbarie, dans la région bordelaise. Cinq nouvelles mises en examen sont venues s'ajouter, depuis janvier, à une liste qui ne cesse de s'allonger depuis l'ouverture du dossier.
Une enquête qui s'élargit vague après vague
Le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul, a confirmé à l'AFP l'état actuel de l'instruction, précisant que quatre des cinq dernières mises en examen étaient intervenues en janvier.
« Il y a 19 hommes mis en examen et six victimes identifiées »
Renaud Gaudeul, procureur de la République de Bordeaux
L'affaire n'a cessé de grandir depuis son ouverture. Une première vague d'interpellations, au printemps 2025, avait conduit à la mise en examen et au placement en détention provisoire de quatre hommes âgés de 40 à 57 ans, parmi lesquels l'ex-compagnon à l'origine de la plainte initiale. Quatre autres suspects avaient rejoint la procédure en juin, puis six de plus en décembre, avant cette dernière série de cinq mises en examen depuis janvier. Sur les dix-neuf hommes aujourd'hui poursuivis, cinq victimes se sont constituées parties civiles.
Une pièce aménagée au fond d'une maison de Reignac
Tout part d'une plainte déposée en 2023 par une femme accusant son ex-compagnon, né en 1969, d'avoir organisé des viols en réunion avec des hommes qu'il invitait lui-même à son domicile. D'autres anciennes compagnes de cet homme, entendues à leur tour par les enquêteurs, ont décrit des scènes similaires, étalées sur plus d'une décennie.
Cet homme, ancien ouvrier de l'industrie automobile aujourd'hui âgé d'une cinquantaine d'années et domicilié à Reignac, dans le nord de la Gironde, ne se contentait pas, selon l'enquête, de proposer ses compagnes à des inconnus : il filmait systématiquement ces scènes depuis une pièce de sa maison spécialement aménagée à cet effet. Des dizaines de vidéos ont été retrouvées à son domicile lors de son interpellation.
« Il filmait systématiquement ces scènes depuis une pièce de sa maison spécialement aménagée à cet effet »
Face aux enquêteurs, l'homme n'a pas nié la réalité des faits eux-mêmes, mais leur qualification pénale.
« Il ne contestait pas les pratiques, mais qu'elles puissent constituer des viols »
Selon les propos rapportés par son avocat, Julien Plouton
Comment l'absence de consentement a été établie
C'est précisément l'exploitation minutieuse de ces vidéos qui a permis aux enquêteurs de caractériser juridiquement l'absence de consentement des femmes filmées, un élément central pour requalifier ce que le principal mis en cause présentait comme de simples pratiques libertines en viols en réunion. Le parquet a évoqué, à ce sujet, des cris de douleur clairement audibles sur plusieurs enregistrements, des éléments qui pèsent aujourd'hui lourdement dans le dossier d'accusation.
Les faits reprochés aux principaux mis en cause relèvent de la qualification la plus grave prévue par le droit pénal français en la matière, celle de viols accompagnés de tortures ou d'actes de barbarie, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. L'un des hommes poursuivis l'est également pour complicité.
Une centaine de visages encore à identifier
L'ampleur du dossier ne se limite pas aux dix-neuf hommes déjà mis en examen. Selon des informations relayées par la presse et non démenties par le parquet, une centaine de participants potentiels aux scènes filmées auraient été recensés par les enquêteurs à ce stade, un travail d'identification rendu possible par l'exploitation méthodique des vidéos saisies. Ce travail a également permis de localiser plusieurs lieux où ces viols en réunion auraient été commis : au domicile du principal suspect, dans des clubs libertins de l'agglomération bordelaise, sur la voie publique à Bordeaux, mais aussi dans les départements voisins de l'Hérault et du Gard.
« Une centaine de participants potentiels aux scènes filmées auraient été recensés par les enquêteurs »
Cette dispersion géographique, très inhabituelle pour ce type de dossier, laisse penser aux enquêteurs que le cercle des hommes impliqués dépassait largement le seul entourage immédiat du principal suspect, un facteur qui explique en partie pourquoi l'instruction continue, mois après mois, d'aboutir à de nouvelles mises en examen plutôt que de se refermer sur un nombre fixe de responsables.
Une petite commune sous le choc
À Reignac, commune d'un peu plus d'un millier d'habitants où résidait le principal suspect, l'affaire a profondément marqué les esprits. Le maire, Pierre Renou, a exprimé le souhait que la procédure judiciaire aille jusqu'au bout, sans laisser de zone d'ombre sur l'identité de l'ensemble des participants.
« Il faut que l'enquête aille le plus loin possible »
Pierre Renou, maire de Reignac
Pour les habitants de cette petite commune girondine, la découverte qu'un tel système ait pu fonctionner pendant plus d'une décennie, à quelques pas de chez eux, sans jamais être signalé plus tôt aux autorités, reste sans doute la part la plus difficile à admettre de toute cette affaire.
L'instruction se poursuit, sous l'autorité du parquet de Bordeaux, et rien n'indique à ce stade que la liste des personnes mises en examen soit définitivement close.