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Le bruit du monde a fini par couvrir la voix de ceux qui n’avaient que ça

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Le bruit du monde a fini par couvrir la voix de ceux qui n’avaient que ça

Trente-sept pour cent. C'est, selon la dernière étude mondiale de référence, la part des habitants de la planète qui disent aujourd'hui faire confiance à l'information qu'on leur présente. Un chiffre plancher, jamais atteint depuis que cette mesure existe. Derrière cette statistique, des visages, des quartiers, des histoires qui ne trouvent plus de porte où frapper. C'est de ce constat, précisément, qu'est née L'Appel.

Dans chaque ville, dans chaque quartier, des gens portent une histoire qui n'a jamais trouvé le chemin d'une rédaction. Un jeune qui cherche un emploi depuis des mois. Une mère prise dans les rouages d'une administration devenue incompréhensible. Une personne en situation de handicap qui se heurte, chaque jour, à des obstacles que personne d'autre ne voit. Un retraité que la solitude a rendu invisible aux yeux de sa propre ville.

◆ Un chiffre qui n'a jamais été aussi bas

L'institut Reuters pour l'étude du journalisme, adossé à l'université d'Oxford, publie chaque année ce qui reste la référence mondiale la plus complète sur la relation entre le public et l'information, le Digital News Report. Sa quinzième édition, parue en juin dernier et fondée sur les réponses de près de cent mille personnes dans quarante-huit pays, livre un verdict sans appel, la confiance dans les médias est tombée à trente-sept pour cent à l'échelle mondiale, son niveau le plus bas depuis le lancement de cette mesure en 2015.

Ce recul n'épargne presque aucune région du monde. Sur les quarante-huit marchés étudiés, trente-huit ont vu la confiance de leurs lecteurs reculer en un an à peine, les Philippines perdant dix points, l'Irlande neuf, la Pologne, la Thaïlande et le Pérou huit chacun. Les États-Unis et le Royaume-Uni affichent, l'un comme l'autre, un recul de cinq points, la confiance ne dépassant même pas vingt-cinq pour cent outre-Atlantique. Seuls de rares pays, l'Allemagne, Singapour, le Japon, l'Espagne et le Kenya, enregistrent une légère embellie, sans jamais dépasser quelques points de gain.

"Trente-sept pour cent seulement des personnes interrogées font confiance à la plupart des informations la plupart du temps, le niveau le plus bas mesuré depuis 2015."

Reuters Institute for the Study of Journalism, Digital News Report 2026 Ce désamour ne se limite pas à un chiffre unique. L'évitement volontaire de l'actualité, c'est-à-dire le fait de fuir délibérément les nouvelles, concerne désormais quarante-deux pour cent des personnes interrogées, contre vingt-neuf pour cent seulement lorsque l'institut a commencé à mesurer ce phénomène en 2017. L'intérêt spontané pour l'actualité, lui, s'est effondré de treize points depuis 2021, passant de cinquante-neuf à quarante-six pour cent, tandis que la proportion de lecteurs qualifiés de simples consommateurs passifs de l'information a bondi de seize à vingt-cinq pour cent sur la même période.

◆ Quand les plateformes dépassent les rédactions

Fait marquant relevé pour la première fois cette année, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo ont dépassé à la fois la télévision et les sites propres des médias comme premier canal d'accès à l'information dans le monde, avec cinquante-quatre pour cent des audiences qui déclarent s'y informer. La télévision et les sites de médias ont chacun perdu douze à treize points depuis 2020. Soixante-deux pour cent des personnes interrogées se disent par ailleurs préoccupées par leur capacité à distinguer une information fiable d'un contenu trompeur sur ces mêmes plateformes, un paradoxe que l'institut souligne lui-même, le public continue de migrer vers des canaux qu'il juge, dans le même temps, moins dignes de confiance.

Cette bascule n'est pas propre au grand public occidental. Le recours aux robots conversationnels pour s'informer atteint désormais dix pour cent à l'échelle mondiale, une proportion en progression rapide qui inquiète jusqu'aux rédactions les plus établies. Le Forum économique mondial classe d'ailleurs, dans son rapport annuel sur les risques mondiaux, la désinformation et la manipulation de l'information parmi les menaces les plus sérieuses pesant sur la stabilité des sociétés et des institutions, aux côtés des risques climatiques et géopolitiques les plus documentés.

◆ Pourquoi la confiance s'est-elle effritée

Une étude qualitative conduite par les chercheurs de l'institut Reuters, intitulée Bias, Bullshit and Lies, s'est penchée directement sur les raisons de cette défiance, à travers des entretiens approfondis menés dans plusieurs pays. Ses conclusions rejoignent un sentiment déjà largement partagé, une partie du public estime que certains médias représentent de moins en moins le citoyen ordinaire, concentrant leur attention sur des agendas et des affrontements politiques plutôt que sur les préoccupations quotidiennes des gens. Ce constat ne signifie pas que tous les médias suivent la même trajectoire, mais il révèle une fracture dans la façon dont une partie du public perçoit désormais le rôle du journalisme.

"Le vrai défi du journalisme aujourd'hui n'est plus seulement de diffuser l'information vite, c'est de reconstruire une relation avec un public qui se sent de moins en moins représenté."

Synthèse des entretiens qualitatifs, étude Bias, Bullshit and Lies, Reuters Institute

◆ Un fardeau qui dépasse l'information elle-même

La question ne se limite plus à la seule qualité de l'information disponible, elle touche désormais la santé psychique des publics. Une étude académique consacrée aux mécanismes de partage des fausses informations pendant la pandémie de Covid-19 a établi un lien entre la surcharge informationnelle, la pression exercée par le volume d'actualités reçu en continu, la confiance accordée à des contenus jamais vérifiés, et une propension accrue à relayer des informations erronées. Des travaux de synthèse plus récents confirment qu'une exposition continue à la désinformation et aux contenus choc peut peser sur la santé mentale, en particulier lorsque le public ne dispose plus de sources fiables vers lesquelles se tourner.

◆ Réapprendre à écouter avant d'écrire

Face à ce diagnostic, une conviction s'impose, le véritable défi des médias aujourd'hui n'est plus seulement de publier plus vite, mais de reconstruire un lien avec un public qui cherche une information proche de son quotidien, un espace où s'exprimer, et des faits exacts et équilibrés. Le journalisme, pour retrouver sa place, doit recommencer par ce qu'il a trop souvent relégué au second plan, l'écoute.

◆ Pourquoi L'Appel existe

C'est très exactement de ce constat que L'Appel est née. Non pas comme une énième publication venue ajouter du bruit à un paysage déjà saturé, mais comme un espace où des habitants, des familles, des travailleurs et des invisibles du quotidien peuvent enfin trouver quelqu'un qui les écoute avant de les écrire.

Nous ne promettons pas de publier automatiquement tout ce qui nous parvient. Nous promettons de lire chaque témoignage avec attention, de vérifier les faits qui nous sont rapportés, de respecter la vie privée de celles et ceux qui nous les confient, et de donner la priorité aux histoires qui servent l'intérêt général plutôt qu'à celles qui ne feraient que grossir le flot des contenus déjà disponibles ailleurs.

Si vous portez une histoire qui n'a jamais trouvé d'oreille, si vous connaissez quelqu'un qui mérite d'être entendu, ou si vous souhaitez attirer l'attention sur une difficulté qui touche votre communauté, la rédaction de L'Appel reste ouverte à votre témoignage. Une seule histoire peut suffire à changer le cours d'une vie. Une seule voix peut parfois ouvrir la porte à une solution dont beaucoup d'autres, en silence, attendaient l'arrivée.

Le journalisme ne commence jamais au moment où l'on couche les mots sur la page. Il commence toujours, bien avant, par l'instant où l'on choisit d'écouter.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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