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En Crète, des troupeaux fictifs ont fait tomber quatre députés grecs

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En Crète, des troupeaux fictifs ont fait tomber quatre députés grecs

Le Parquet européen a inculpé jeudi 22 personnes, dont quatre parlementaires en exercice, dans un système présumé de fraude aux subventions agricoles qui ébranle le gouvernement grec depuis plus d'un an.

Des terres qui n'appartenaient à personne parmi ceux qui les déclaraient. Des troupeaux gonflés sur le papier pour toucher des aides qu'aucun animal réel ne justifiait. C'est ce système, mis en place selon l'accusation dès 2021, que le Parquet européen a formellement porté devant la justice ce jeudi, inculpant 22 personnes, dont quatre députés actuellement en exercice au Parlement grec.

◆ Ce que le Parquet européen vient d'annoncer

L'Office du procureur européen, organe indépendant de l'Union chargé de protéger les intérêts financiers du bloc, a précisé avoir inculpé 22 défendants, parmi lesquels quatre membres en exercice du Parlement hellénique, plusieurs anciens hauts fonctionnaires et des membres du personnel politique. Figurent notamment parmi les personnes poursuivies un ancien secrétaire politique du parti au pouvoir, la Nouvelle Démocratie, ainsi que plusieurs anciens responsables de l'organisme grec chargé de distribuer les aides agricoles, l'Opekepe, dont son ancien président.

« Des terres qui n'appartenaient à personne parmi ceux qui les déclaraient »

◆ Des terres qui n'existaient pas, des troupeaux gonflés sur le papier Le mécanisme décrit par les enquêteurs européens tient en une phrase : permettre à des dizaines de particuliers de réclamer des subventions pour des terrains qu'ils ne possédaient pas, tout en exagérant le nombre réel de bêtes présentes dans leurs exploitations. Certains bénéficiaires des versements n'avaient, selon l'accusation, strictement aucun lien avec le monde agricole. La grande majorité des subventions frauduleuses identifiées auraient été versées en Crète.

Les charges retenues contre les quatre parlementaires portent sur l'incitation à l'abus de confiance, l'incitation à la gestion illégale de fonds européens, ainsi que l'incitation à la fausse certification et à la tentative de fraude informatique.

« Interventions illégales dans les procédures administratives et de contrôle, falsifications rétroactives de données »

Le Parquet européen (EPPO), dans son communiqué

Le communiqué du Parquet européen détaille un éventail de manœuvres bien plus large que la seule falsification de dossiers : interférences illégales lors des inspections menées sur le terrain, dissimulation et manipulation des résultats de contrôle, et production de fausses attestations destinées à valider des demandes qui n'auraient jamais dû être acceptées.

◆ Une facture qui dépasse les vingt millions d'euros

Sur le plan strictement financier, le Parquet européen estime les pertes subies par l'Union à plus de 19,6 millions d'euros. Les autorités grecques elles-mêmes avaient, dès l'an dernier, chiffré les dommages à un minimum de 23 millions d'euros, un écart qui illustre la difficulté à cerner précisément l'ampleur réelle d'un système resté actif pendant plusieurs années avant d'être détecté.

Cette affaire ne se limite d'ailleurs pas aux 22 personnes désormais inculpées. En juin, l'Union européenne avait déjà infligé à la Grèce une amende de 392 millions d'euros pour la mauvaise gestion, par l'Opekepe, des aides versées entre 2016 et 2023, un organisme qui gère pourtant plus de deux milliards d'euros de fonds agricoles européens chaque année.

« Un organisme qui gère plus de deux milliards d'euros de fonds agricoles européens chaque année »

◆ Un gouvernement déjà ébranlé depuis plus d'un an

Politiquement, le scandale n'a plus rien d'une simple affaire judiciaire isolée. Révélé par le Parquet européen au printemps 2025, il a immédiatement provoqué des manifestations d'éleveurs et d'agriculteurs, retardés dans le versement de leurs propres aides légitimes par la paralysie administrative que l'enquête a entraînée. En juin 2025, cinq hauts responsables gouvernementaux avaient démissionné en raison de leur implication présumée dans le dossier.

Le président du Conseil grec, Kyriakos Mitsotakis, a dû procéder à deux remaniements ministériels distincts en lien direct avec cette affaire, le second en avril dernier, après le départ de plusieurs responsables dont l'ancien ministre du Développement rural et de l'Alimentation, Kostas Tsiaras. Ce même mois d'avril, le procureur en chef européen avait déjà demandé au Parlement grec de lever l'immunité de onze parlementaires, tous membres du parti conservateur au pouvoir, pour permettre à l'enquête de progresser. Seuls quatre d'entre eux, en définitive, ont été formellement inculpés ce jeudi.

◆ La présomption d'innocence, rappelée par l'accusation elle-même Fait rare dans ce type de communiqué judiciaire, le Parquet européen a tenu à rappeler lui-même, sans attendre les habituelles précautions de la défense, que les personnes visées restaient présumées innocentes tant qu'un tribunal ne les aurait pas reconnues coupables.

« Les quatre députés renvoyés en procès pour délits sont, bien entendu, présumés innocents »

Le Parquet européen (EPPO), dans son communiqué

Cette précaution rhétorique n'efface toutefois pas le climat de défiance qui s'est installé, depuis plus d'un an, entre les agriculteurs grecs et l'administration censée les soutenir. Alors que le nombre d'éleveurs continue de diminuer dans le pays, c'est bien la crédibilité de tout un système de distribution des aides européennes qui se retrouve, à travers cette affaire, mise à l'épreuve devant les tribunaux.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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