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Référent anti-harcèlement, il comparaît aujourd’hui pour le meurtre de sa surveillante

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Référent anti-harcèlement, il comparaît aujourd’hui pour le meurtre de sa surveillante

Un an après la mort de Mélanie Grapinet devant son collège, l'adolescent qui l'a tuée comparaît à huis clos devant le tribunal pour enfants de Chaumont

Huit heures trente. Un simple contrôle de sacs devant un collège de bourgade. Sept coups de couteau plus tard, Mélanie Grapinet, trente et un ans, gît sans vie devant l'établissement où elle travaillait. Un an après, c'est un garçon de quinze ans qui s'assoit ce mercredi sur le banc des accusés à Chaumont.

 Un contrôle de routine qui bascule en quelques secondes

Le mardi 10 juin 2025, vers huit heures trente, les gendarmes de Nogent mènent, avec l'équipe pédagogique du collège Françoise-Dolto, un contrôle inopiné des sacs et des carnets de liaison - le second de l'année scolaire, destiné à repérer d'éventuelles armes blanches parmi les élèves. Un collégien de troisième, âgé de quatorze ans, sort soudain un long couteau de cuisine et frappe à sept reprises Mélanie Grapinet, l'assistante d'éducation chargée du contrôle. Elle meurt sur place, sous le regard de nombreux témoins. Un gendarme maîtrise aussitôt l'adolescent, non sans être lui-même blessé à la main durant l'interpellation.

Placé en garde à vue dès le mardi matin pour vingt-quatre heures, le jeune suspect voit sa garde à vue prolongée le lendemain pour de nouvelles auditions. Elle prend fin le 12 juin, après quarante-huit heures d'interrogatoire, avant sa présentation à un juge d'instruction à Dijon. Le parquet requiert sa mise en examen pour meurtre d'une personne chargée d'une mission de service public, ainsi que pour violences volontaires sur un gendarme lors de son interpellation.

"Un contrôle de sacs destiné à empêcher l'entrée d'armes dans l'établissement s'est transformé, en quelques secondes, en scène de meurtre sous les yeux des élèves."

 Un mobile qui glace jusqu'aux enquêteurs eux-mêmes

Ce que les enquêteurs découvrent ensuite achève de rendre l'affaire incompréhensible. Le procureur de la République de Chaumont, Denis Devallois, décrit un adolescent né en août 2010, présenté jusque-là comme sociable, bon élève, et même référent anti-harcèlement au sein de son propre collège - une fonction consistant précisément à protéger les autres élèves. Le jeune homme affirme n'avoir eu aucun grief personnel contre Mélanie Grapinet. Il visait, selon ses propres mots livrés aux enquêteurs, une surveillante « n'importe laquelle », excédé par ce qu'il percevait comme une attitude à géométrie variable des adultes de l'établissement selon les élèves.

Un motif si ténu qu'il tient lieu, à lui seul, de point de départ à l'ensemble du procès qui s'ouvre ce mercredi. L'avocat de l'adolescent, Me Chateau, s'est refusé à toute déclaration avant l'audience. Celui de la famille de la victime, Me Édouard Charlot-Jacquard, a fait le même choix du silence.

"Un adolescent décrit comme sociable, bon élève, référent anti-harcèlement - et pourtant l'auteur d'un meurtre dont il reconnaît lui-même n'avoir choisi la victime que par hasard."

 Une décoration posthume, un procès à huis clos

Ancienne coiffeuse reconvertie dans l'Éducation nationale, Mélanie Grapinet était aussi conseillère municipale de Sarcey, commune voisine de Nogent, et mère d'un petit garçon alors âgé de quatre ans, aujourd'hui reconnu pupille de la Nation. Ses proches la décrivaient comme une femme « solaire » et « douce ». L'État lui a décerné à titre posthume les insignes de chevalier de la Légion d'honneur, remis en présence de ses proches lors d'une cérémonie présidée par la ministre de l'Éducation nationale Élisabeth Borne, le 7 juillet dernier à Chaumont.

Face à elle, l'accusé comparaît détenu à titre provisoire devant le tribunal pour enfants de Chaumont, statuant en matière criminelle du mercredi 15 au vendredi 17 juillet. La loi impose le huis clos pour tout mineur jugé devant cette juridiction. Étant âgé de moins de seize ans au moment des faits, l'adolescent ne pouvait comparaître devant une cour d'assises des mineurs, et la peine plancher de la réclusion criminelle à perpétuité, prévue pour un meurtre aggravé, se trouve ramenée par la loi à un maximum de vingt ans de réclusion.

"D'un côté, une décoration posthume et un fils de quatre ans devenu pupille de la Nation. De l'autre, un accusé jugé à huis clos, protégé par son âge d'une peine à perpétuité pourtant prévue pour ce crime."

 Une onde de choc qui a dépassé Nogent

Trois jours après le drame, une marche blanche avait rassemblé mille cinq cents personnes dans les rues de cette bourgade paisible de trois mille cinq cents habitants - famille, collègues et simples habitants portant, à la demande des proches de la victime, des vêtements clairs et colorés pour symboliser, disaient-ils, sa joie de vivre. Sur les t-shirts et les banderoles du cortège, le visage souriant de Mélanie Grapinet, brandi en silence par sa belle-fille et son beau-fils. « On ne la ramènera pas, mais on est là pour soutenir son conjoint, son enfant, ses parents », confiait alors une habitante de la commune, résumant l'esprit d'une soirée organisée pour célébrer la mémoire d'une femme plutôt que pleurer sa mort.

L'émotion avait rapidement dépassé le seul cadre local. Le meurtre de Mélanie Grapinet s'inscrivait dans une série d'agressions au couteau en milieu scolaire qui avait relancé, jusqu'au sommet de l'État, le débat sur la violence chez les mineurs - le président Emmanuel Macron avait promis, dans la foulée, une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de quinze ans, tandis que la Commission européenne plaidait de son côté pour un accès progressif des enfants aux plateformes en ligne. Quelques semaines plus tôt, un établissement scolaire de Rouen avait lui aussi connu son propre psychodrame, lorsque près de sept enseignants sur dix s'étaient mis en grève pour dénoncer la sanction jugée trop clémente infligée à une élève ayant introduit un couteau dans l'enceinte du collège.

L'établissement Françoise-Dolto lui-même n'en a pas fini avec les tensions. En février dernier, enseignants et parents d'élèves s'étaient de nouveau rassemblés devant le collège pour dénoncer une agression physique visant, cette fois, la principale de l'établissement - preuve que le traumatisme du 10 juin 2025 n'a jamais vraiment quitté les couloirs de Nogent. Le procès qui s'ouvre ce mercredi à Chaumont, et dont le verdict est attendu vendredi, ne refermera sans doute pas à lui seul cette plaie ouverte dans le paysage scolaire français - il devra, en trois jours d'audience à huis clos, tenter de mettre des mots sur un motif que même les enquêteurs peinent encore à comprendre pleinement.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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