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Huit heures de retard, un bébé de deux mois, des bouteilles d’eau distribuées dans les couloirs : le premier week-end de grands départs pris en otage par les flammes

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Huit heures de retard, un bébé de deux mois, des bouteilles d’eau distribuées dans les couloirs : le premier week-end de grands départs pris en otage par les flammes

L'autoroute A6 restera coupée au moins jusqu'à ce mercredi, peut-être jusqu'au week-end. Sur la ligne TGV Sud-Est, certains voyageurs ont patienté jusqu'à huit heures. Récit d'un chassé-croisé estival pris en tenaille entre deux incendies.

"Le train était maintenant supprimé." Cette phrase, prononcée par un voyageur bloqué en gare de Lyon, résume à elle seule ce qu'ont vécu des milliers de Français ce lundi et ce mardi : le tout premier week-end des grands départs d'été transformé, par la faute d'un incendie, en une loterie de retards, de correspondances ratées et de trajets rallongés de plusieurs heures.

◆ Une autoroute prise en tenaille entre deux foyers

L'image, rare, a marqué les esprits : l'autoroute A6, l'un des axes les plus stratégiques de France, reliant Paris à Lyon puis à la Bourgogne, la vallée du Rhône, les Alpes et la Méditerranée, s'est retrouvée littéralement encerclée par deux foyers d'incendie distincts. Résultat, une coupure totale dans les deux sens sur une vingtaine de kilomètres, entre Soisy-sur-École et Nemours, avec sorties obligatoires à Ury pour qui remonte vers Paris, et à Cély pour qui en repart. Selon la société d'autoroutes APRR, la fermeture doit durer au moins jusqu'à ce mercredi 14 juillet - et le quotidien Le Figaro évoque même la possibilité qu'elle se prolonge jusqu'au week-end, en plein chassé-croisé des vacanciers.

L'A5, elle aussi brièvement coupée dimanche à cause d'un feu de chaume distinct près du Châtelet-en-Brie, a pu rouvrir dès la soirée. Un répit de courte durée pour les automobilistes, qui doivent composer avec des itinéraires de délestage improvisés : ceux venus de Courtenay sont invités à emprunter l'A19 puis l'A5, quand les usagers de l'A77 doivent, eux, rejoindre l'A6 par une sortie différente de leur trajet habituel.

Une autoroute stratégique reliant Paris aux Alpes et à la Méditerranée, littéralement encerclée par deux foyers d'incendie distincts.

◆ Huit heures d'attente, un nourrisson dans les bras

Sur les rails, la situation n'a guère été plus clémente. L'incendie a endommagé des câbles de signalisation le long de la ligne à grande vitesse Sud-Est, dans le secteur de Sens, contraignant les trains à changer d'itinéraire en pleine affluence estivale. Résultat, en gare de Lyon : une pagaille qui s'est étalée sur toute la journée de lundi, certains passagers patientant jusqu'à huit heures selon les témoignages recueillis sur place, quand d'autres ont simplement vu leur train supprimé sans autre forme de procès.

Dans les wagons contraints à des détours, l'entraide s'est organisée tant bien que mal : des bouteilles d'eau distribuées aux passagers en pleine canicule, une attention particulière portée aux familles avec de très jeunes enfants. Une mère voyageant avec son nourrisson de deux mois racontait ainsi avoir eu le sentiment que le personnel "priorisait un petit peu les mamans avec enfants", tout en admettant improviser de longues heures "en porte-bébé" faute d'alternative. Pour un Marseille-Paris qui aurait dû durer trois heures, ce sont finalement deux heures supplémentaires qu'il a fallu ajouter au compteur.

D'autres voyageurs, eux, ont vu leurs projets bien plus lointains menacés : l'un d'eux, en correspondance pour un vol vers le Japon, redoutait tout simplement de le manquer. La plupart, cependant, relativisaient face caméra, à l'image de ce passager résigné à "rentrer beaucoup plus tard que prévu", mais soulagé, disait-il, de patienter "dans un wagon climatisé" plutôt que sur le quai en pleine chaleur.

'Le train était maintenant supprimé' : la phrase qui résume, à elle seule, ce qu'ont vécu des milliers de voyageurs ce lundi.

◆ Un troisième front, loin de Fontainebleau

Ce que peu de voyageurs savaient, en patientant sur les quais de la gare de Lyon, c'est que les incendies de Seine-et-Marne n'étaient pas les seuls à perturber le réseau ce lundi. Un autre feu, déclaré près du Mans, dans la Sarthe, a lui aussi contraint la SNCF à revoir la circulation des TGV sur tout l'axe Atlantique - preuve que la vague de sécheresse qui a permis à Fontainebleau de s'embraser touche, au même moment, des régions entières du pays, bien au-delà de la seule région parisienne.

Dans les Yvelines, la gare de Mantes-la-Jolie affrontait de son côté un tout autre casse-tête, sans lien direct avec les incendies mais aggravé par le même calendrier chargé : un trafic fortement perturbé, voire totalement interrompu sur la ligne J et les trains normands du 11 au 14 juillet, avec des bus de remplacement mobilisés en urgence pour ne pas laisser les voyageurs sur le carreau en plein pont du 14-Juillet.

◆ Un air qui se dégrade, des loisirs à repenser

Au-delà des routes et des rails, c'est la qualité de l'air elle-même qui s'est détériorée en Île-de-France. Les prévisions d'Airparif annonçaient dès lundi une qualité de l'air "dégradée à mauvaise" sur l'ensemble de la région, avec une aggravation attendue ce mardi, la chaleur persistante et un vent plus faible limitant la dispersion des fumées et de l'ozone généré par la canicule. Les personnes asthmatiques ou souffrant de troubles respiratoires et cardiovasculaires sont invitées à éviter tout effort physique intense dans les zones concernées.

Pour les amateurs de randonnée ou d'escalade, la déception est réelle : les autorités recommandent de reporter toute sortie dans la forêt de Fontainebleau tant que les zones touchées n'auront pas été formellement déclarées sûres. Un coup dur symbolique pour l'un des sites de plein air les plus fréquentés d'Île-de-France, en plein pic de fréquentation estivale - et un rappel que l'accès à la forêt pourrait rester limité bien après l'extinction du feu lui-même, le temps d'évaluer les dégâts.

Paris intra-muros et ses aéroports, eux, n'ont fait l'objet d'aucune mesure d'évacuation : la consigne, pour les voyageurs, reste de vérifier précisément l'horaire de leur propre train plutôt que de se fier aux annonces générales du réseau, de surveiller l'état de l'A6 avant de prendre la route, et de prévoir une marge supplémentaire pour toute correspondance via la gare de Lyon.

En attendant, la consigne pour les prochains jours reste la même pour des centaines de milliers de vacanciers : composer avec des flammes que huit cent cinquante pompiers luttent toujours à contenir, au moment précis où le plus gros de l'été reste encore à venir sur les routes et sur les rails.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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