Ce soir à Dallas, la France retrouve l’Espagne pour un troisième acte qu’elle refuse de perdre
Trente-huit confrontations, deux blessures encore ouvertes, et une seule question qui brûle Arlington avant le coup d'envoi
21 heures, heure de Paris. Un ballon posé au centre du rond central de l'AT&T Stadium. Et, dans les tribunes comme sur les bancs de touche, une certitude partagée par tout le monde du football - ce mardi 14 juillet sera l'une des plus grandes nuits de cet été 2026.
Un adversaire qui n'a jamais aussi bien porté son nom de bête noire Trente-huit fois. C'est le nombre de fois où la France et l'Espagne se sont retrouvées depuis leurs premiers duels du début du vingtième siècle, un bilan qui penche du côté espagnol - dix-huit victoires de la Roja, treize succès tricolores, sept matchs nuls. Mais ce sont les deux dernières pages de ce livre qui hantent encore le vestiaire de Didier Deschamps. Le 9 juillet 2024, à Munich, l'Espagne avait sorti les Bleus en demi-finale de l'Euro sur le score de deux buts à un, portée par un Lamine Yamal alors âgé de seize ans. Un an plus tard, à Stuttgart, la Roja avait remis une pièce plus douloureuse encore, l'emportant cinq buts à quatre au terme d'un scénario complètement fou en demi-finale de la Ligue des Nations.
Deux désillusions, deux fois la même équipe en travers du chemin des Bleus, à chaque fois à un pas d'une finale. Ce soir, pour la troisième fois en trois ans, la France et l'Espagne se retrouvent avec, en jeu, exactement le même enjeu.
"Munich, puis Stuttgart - deux revers espagnols que les Bleus n'ont toujours pas digérés, et qu'ils n'ont plus le droit de revivre un troisième soir, cette fois avec une place en finale du monde à la clé."
Deux forteresses lancées l'une contre l'autre
Sur le plan comptable de ce Mondial 2026, les deux nations affichent un parcours quasiment parfait. Les Bleus ont balayé le Sénégal, l'Irak et la Norvège en phase de groupes, puis la Suède trois buts à zéro en seizièmes, dompté un Paraguay retranché un but à zéro en huitièmes, avant de dominer le Maroc deux buts à zéro en quarts - sept victoires consécutives, une seule défaite en dix-sept matchs officiels. Devant, Kylian Mbappé écrase les statistiques avec huit buts inscrits dans cette Coupe du monde, soit une moyenne d'un but et trois dixièmes par rencontre, devenu entre-temps le meilleur buteur de l'histoire des Bleus toutes compétitions confondues avec soixante-quatre réalisations.
En face, une Espagne tout aussi injouable, mais sur un registre différent. Championne d'Europe en titre, la Roja a dû se battre pour passer le Portugal, puis la Belgique, deux fois sauvée dans le temps additionnel par les buts de Mikel Merino. Son gardien Unai Simón, lui, a enchaîné six cent quarante-neuf minutes sans encaisser le moindre but avant de céder face aux Belges - un record dans l'histoire des phases finales de Coupe du monde. Ce qui devait être le point faible espagnol, sa défense, s'est transformé en forteresse.
"Sept victoires de rang côté français, six cent quarante-neuf minutes sans but encaissé côté espagnol - deux formes quasiment parfaites qui s'apprêtent enfin à s'entrechoquer."
Les hommes qui feront basculer Arlington
Tous les regards convergeront, une fois de plus, vers le duel Mbappé-Yamal. Le capitaine français aborde cette demi-finale auréolé de onze actions décisives sur ce seul tournoi, avec trois tirs cadrés de moyenne par match - de quoi faire déjà trembler la défense espagnole avant même le coup d'envoi. En face, l'ailier du Barça a préféré désamorcer la pression à sa manière, avec cette pointe d'ironie qui ne trompe personne. « On dit que je ne suis pas au sommet de ma forme, donc il ne faut rien attendre de moi », a-t-il glissé en conférence de presse, avant d'affronter les Bleus.
Autour d'eux, deux systèmes en 4-2-3-1 qui se répondent presque à l'identique. Deschamps devrait aligner Maignan derrière Koundé, Upamecano, Saliba et Digne, avec Rabiot associé au milieu, et le trio Dembélé-Olise-Doué en soutien de Mbappé. De la Fuente, lui, s'appuiera sur l'expérience de Rodri et la vista de Pedri pour irriguer Yamal, Olmo et Baena, avec Oyarzabal en pointe.
Le pari tactique se jouera sans doute sur les couloirs. Cucurella et Porro, les deux latéraux espagnols, aiment monter haut pour submerger l'adversaire par le nombre - une habitude qui a valu à la Roja sa meilleure possession du tournoi, autour de soixante-six pour cent en moyenne. Deschamps, de son côté, a bâti tout son parcours américain sur l'exact inverse - laisser venir l'adversaire, resserrer les lignes, puis frapper en transition dans le dos d'une défense avancée. Deux philosophies opposées, deux idées du football européen, qui s'affronteront ce soir sur la même pelouse texane.
"Onze actions décisives pour Mbappé, une ironie assumée pour Yamal face à la pression - le duel individuel qui pourrait, à lui seul, décider de la nuit."
◆ Une soirée à écrire dans l'Histoire
L'enjeu dépasse le seul plaisir du jeu. Une victoire offrirait à la France sa cinquième finale de Coupe du monde, après les sacres de 1998 et 2018 et les désillusions de 2006 et 2022 - et surtout, la troisième finale mondiale consécutive des Bleus, un exploit qu'aucune nation européenne n'a réalisé depuis l'Allemagne de l'Ouest entre 1982 et 1990. Pour l'Espagne, l'enjeu est tout aussi vertigineux - une deuxième finale seulement dans son histoire, seize ans après son unique sacre de 2010 en Afrique du Sud, pour une sélection qui ne dispute là que sa troisième demi-finale mondiale de tous les temps.
Le symbole, enfin, ne pouvait guère être mieux choisi. Cette demi-finale se joue un 14 juillet, jour de fête nationale, quand la France entière lève traditionnellement les yeux vers le ciel pour un tout autre genre de feu d'artifice. Le vainqueur du soir affrontera, le 19 juillet prochain au stade de New York-New Jersey, le rescapé du choc entre l'Angleterre et l'Argentine, prévu le lendemain à Atlanta.
"Une troisième finale mondiale consécutive pour les Bleus, un exploit réservé jusqu'ici à l'Allemagne de l'Ouest des années 1980 - c'est aussi cela qui se joue ce soir, bien au-delà des trois points d'une demi-finale ordinaire."
Il est 21 heures, heure de Paris. Dans quelques instants, l'arbitre salvadorien Iván Barton lancera les hostilités entre le troisième et le deuxième mondial. Munich et Stuttgart appartiennent déjà au passé - Arlington, elle, s'apprête à écrire son propre chapitre de cette rivalité centenaire.