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Trois colonies de vacances ont vécu la même nuit de vomissements et de douleurs au ventre, à des centaines de kilomètres l’une de l’autre

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Trois colonies de vacances ont vécu la même nuit de vomissements et de douleurs au ventre, à des centaines de kilomètres l’une de l’autre

En moins de soixante-douze heures, du Pas-de-Calais à la Dordogne puis au Doubs, des dizaines d'enfants réunis pour l'été ont été frappés par des symptômes presque identiques, sans qu'aucun lien n'existe entre ces trois centres.

Il est un peu plus d'une heure du matin, dans la nuit de samedi à dimanche, quand les premiers cris retentissent dans les dortoirs de la Maison familiale rurale de Vanxains, en Dordogne. En quelques minutes à peine, des adolescents se plient en deux, courent vers les sanitaires, réveillent leurs camarades de chambrée. À des centaines de kilomètres de là, dans le Pas-de-Calais puis dans le Doubs, deux autres colonies de vacances vont connaître, à quelques heures d'intervalle, des scènes presque identiques. Trois établissements, trois régions, un seul et même été qui vire au cauchemar sanitaire pour des dizaines de familles.

 Vanxains, 1 heure du matin : le sommeil interrompu par l'urgence Le séjour touchait pourtant à sa fin. Dans cette commune d'environ 600 habitants, la colonie installée dans les locaux de la Maison familiale rurale profitait de ses derniers jours de vacances lorsque les premiers symptômes sont apparus, samedi 11 juillet au soir : douleurs abdominales violentes, vomissements, diarrhées, le tout en l'espace de quelques minutes chez un nombre inhabituel de participants.

Selon les décomptes rapportés par la presse régionale, entre 28 et 30 mineurs et adultes encadrants ont présenté ces symptômes. Face à l'ampleur soudaine de la vague, la préfecture de la Dordogne a dépêché sur place un poste sanitaire mobile du Samu, tandis qu'une quinzaine à une vingtaine de personnes, selon les sources, ont finalement été transportées vers un établissement hospitalier par précaution.

« Le Samu a immédiatement mis en place un poste sanitaire mobile sur site »

 Préfecture de la Dordogne, dans un communiqué

Deux services de l'État ont été mobilisés dans la foulée : la Direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations, chargée de la sécurité alimentaire, ainsi que le service dédié à la jeunesse et aux sports. Des prélèvements ont été réalisés sur les repas servis la veille, et une enquête a été confiée à la gendarmerie de Ribérac pour établir l'origine exacte de cette intoxication collective, dont la piste alimentaire reste, à ce stade, la plus probable sans être encore confirmée.

 Cucq, quelques jours plus tôt : le premier signal resté isolé Avant Vanxains, il y avait eu Cucq. Jeudi matin, dans ce camping du Pas-de-Calais où séjournait une colonie originaire de Noyelles-lès-Vermelles, neuf personnes, majoritairement des enfants âgés de cinq à douze ans accompagnés d'un adulte, ont présenté des symptômes similaires. Toutes ont été transportées, par précaution, vers le centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil.

Sur le moment, l'épisode n'a suscité qu'un écho local limité : un incident isolé parmi tant d'autres que compte chaque saison estivale. Ce n'est qu'après les deux épisodes suivants que cette première alerte a pris, rétrospectivement, une tout autre signification.

 Bonnevaux, dimanche après-midi : l'isolement comme seul rempart Le troisième épisode survient dimanche 12 juillet, vers 16h30, dans le Haut-Doubs. Au centre de vacances de Bonnevaux, propriété du comité central d'entreprise de la SNCF et implanté depuis de très nombreuses années dans la commune, le personnel constate en cours de journée l'apparition simultanée de nausées, maux de tête, douleurs abdominales et vomissements chez plusieurs enfants et adultes.

Sur les 63 enfants âgés de six à dix ans et les 20 adultes présents sur le site, 14 enfants et 5 adultes finissent par présenter des symptômes. Contrairement à Vanxains, la situation reste ici maîtrisée sans transfert hospitalier : le médecin présent sur place ne classe aucun cas en urgence absolue, et les équipes décident de séparer les personnes symptomatiques du reste du groupe jusqu'au lendemain matin, afin de limiter toute propagation si l'hypothèse d'une gastro-entérite virale venait à se confirmer plutôt que celle d'une intoxication alimentaire.

Pour la maire de la commune, Monique Brulport, élue depuis deux décennies, l'épisode reste sans précédent.

« Cela fait 20 ans que je suis élue et ce n'était encore jamais arrivé »

Monique Brulport, maire de Bonnevaux

 Trois enquêtes distinctes, une même question en suspens

Rien, à ce jour, ne relie formellement ces trois épisodes. Trois structures différentes, trois organisateurs différents, trois régions distantes de plusieurs centaines de kilomètres, et surtout trois enquêtes menées indépendamment par les autorités sanitaires et les forces de l'ordre locales. Aucun élément ne permet, à l'heure actuelle, de suspecter une origine commune, qu'il s'agisse d'un fournisseur partagé ou d'une chaîne de restauration collective identique.

Ce qui frappe, en revanche, c'est la concentration temporelle de ces trois alertes, toutes survenues en l'espace de moins de soixante-douze heures, en pleine période où la France traverse l'une des vagues de chaleur les plus sévères de l'été. Cette coïncidence de calendrier n'est pas anodine pour les spécialistes de la sécurité alimentaire : la chaîne du froid, déjà mise à rude épreuve dans des cuisines collectives parfois sommairement équipées, devient nettement plus difficile à garantir lorsque les températures extérieures dépassent 35 degrés pendant plusieurs jours consécutifs.

La réglementation encadrant les accueils collectifs de mineurs reste pourtant l'une des plus strictes du secteur de la restauration en France : traçabilité obligatoire des plats témoins, respect des normes d'hygiène alimentaire HACCP, contrôles réguliers des services déconcentrés de l'État. Ces trois épisodes, aussi rapprochés soient-ils, ne remettent pas en cause l'existence de ce cadre, mais ils rappellent qu'aucun protocole, même rigoureux, ne peut garantir un risque zéro face à des température estivales de plus en plus extrêmes.

 Ce que les parents retiendront de cet été

Aucun des trois épisodes n'a, à ce stade, mis en jeu le pronostic vital d'un enfant. C'est sans doute la seule bonne nouvelle à tirer de ces trois nuits d'angoisse vécues à distance par des familles venues de toute la France, en attendant un appel téléphonique rassurant depuis un centre qu'elles avaient choisi, précisément, pour offrir à leurs enfants des vacances sans encombre.

Reste, pour les organisateurs de séjours comme pour les services de l'État, une interrogation qui dépasse le seul cadre de ces trois structures : combien d'autres colonies de vacances françaises verront, cet été, leurs cuisines mises à l'épreuve par une chaleur que les protocoles sanitaires actuels n'ont peut-être pas été pensés pour affronter ?

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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