Dans les rayons et à la pompe, la guerre au Moyen-Orient refait grimper la facture des Français
Depuis la reprise des frappes le 13 juillet, le baril a bondi de près de 20 % et l'inflation alimentaire menace de repartir à la hausse.
Près de 20 %. C'est la hausse du prix du baril en une semaine, depuis que les frappes ont repris entre Washington, Téhéran et leurs alliés respectifs.
Le détroit d'Ormuz, épicentre d'une nouvelle flambée
Le conflit qui oppose Israël, les États-Unis et l'Iran, ouvert fin février, a connu une nouvelle escalade à la mi-juillet. Washington a annoncé avoir frappé l'Iran pour la neuvième nuit consécutive dans la nuit de dimanche à lundi, tandis que Téhéran ripostait par des tirs visant des alliés américains dans le Golfe.
Deux militaires américains ont été tués samedi par des frappes iraniennes en Jordanie, et le guide suprême iranien a promis à Washington des « leçons inoubliables ». De son côté, Donald Trump a menacé d'étendre les frappes aux centrales électriques et aux ponts si Téhéran ne revenait pas à la table des négociations.
Au cœur de cette escalade, le détroit d'Ormuz - par lequel transite environ un baril sur cinq produit dans le monde - reste un point de blocage. Washington et Téhéran revendiquent chacun en contrôler l'accès, entretenant l'incertitude sur la circulation des tankers.
le conflit au Moyen-Orient s'est nettement intensifié
- les analystes de la Deutsche Bank, cités par la presse économique Conséquence directe sur les marchés : le baril de Brent, référence mondiale, est passé d'environ 76 dollars avant la reprise des frappes à un peu plus de 90 dollars lundi, son plus haut niveau depuis le 11 juin - soit une hausse proche de 20 % en l'espace d'une semaine. Le WTI américain suit la même trajectoire, autour de 85 dollars.
Ce niveau reste toutefois inférieur au pic atteint lors des phases les plus aiguës du conflit, cet hiver, où le baril avait frôlé les 120 dollars. Dès les premières semaines du conflit, début mars, le Brent avait déjà grimpé de 35 % par rapport à son niveau d'avant-guerre, selon l'Agence internationale de l'énergie - un rappel que la trajectoire des prix suit, depuis février, les à-coups du front plus que ceux du marché.
Ce que ça change à la pompe
Pour les automobilistes français, la hausse s'est déjà traduite dans les stations-service : plusieurs relevés effectués ce mois-ci font état d'un plein dépassant à nouveau les deux euros le litre dans certaines stations parisiennes, gazole comme essence confondus.
Selon les données officielles de l'Insee, les prix des produits pétroliers avaient déjà bondi de 31,4 % sur un an en avril, portés par le gazole (+42,1 %) et l'essence (+17,8 %), lors d'une précédente phase aiguë du conflit. En juin, ce rythme annuel s'était réduit à +11,2 %, mais cette accalmie statistique tient surtout à un effet de comparaison : les prix d'il y a un an étaient déjà élevés, ce qui réduit mécaniquement la hausse mesurée sur douze mois, même quand les prix eux-mêmes repartent à la hausse d'un mois sur l'autre.
Une inflation qui ralentit sur un an ne signifie pas des prix qui baissent : elle signifie seulement qu'ils augmentaient déjà, un an plus tôt, à un rythme comparable.
Les données de l'Insee pour juillet, qui intégreront pleinement la flambée du baril observée depuis la mi-juillet, ne seront publiées qu'à la fin du mois. Les automobilistes, eux, en ont déjà l'aperçu à la pompe.
Le repas de tous les jours, sous la même pression
La hausse du pétrole ne s'arrête pas au réservoir. Elle irrigue toute la chaîne de production alimentaire : carburant des tracteurs et des camions de livraison, énergie des usines de transformation, emballages plastiques dérivés du pétrole.
Selon l'Insee, l'inflation alimentaire s'établissait à 0,9 % sur un an en juin, en léger repli par rapport à mai. Mais l'association de consommateurs Que Choisir Ensemble, qui publie ses propres relevés de prix en rayon, évalue la hausse de juillet à 1,5 % sur un an - son plus haut niveau depuis vingt-quatre mois.
Plusieurs industriels ont commencé à préparer le terrain pour de nouvelles hausses. Le groupe Lactalis a publiquement reconnu une augmentation de ses coûts de production.
il faudra répercuter ça auprès de nos clients
- un porte-parole du groupe Lactalis
Chez Danone, le ton reste plus mesuré, mais le groupe évoque lui aussi des pressions inflationnistes liées au conflit. Selon plusieurs professionnels du secteur interrogés par Que Choisir Ensemble, une hausse des prix alimentaires de l'ordre de 4 % pourrait intervenir dans les prochains mois, avec des écarts selon les rayons - ce chiffre restant, à ce stade, une anticipation et non une donnée déjà constatée.
Ces négociations entre industriels et grande distribution se jouent chaque année dans le cadre des lois Egalim, et la prochaine échéance de discussions s'annonce, selon les mêmes professionnels, particulièrement tendue.
Une facture qui reste, pour l'instant, sous le pic de la guerre Le Fonds monétaire international avait, dès le mois de mars, chiffré l'ordre de grandeur du risque : une hausse durable de 10 % du prix du pétrole sur une année entière pourrait ajouter environ 40 points de base à l'inflation mondiale, et retrancher entre 0,1 et 0,2 point à la croissance.
La Banque centrale européenne, de son côté, a choisi en mars de laisser ses taux directeurs inchangés, jugeant l'inflation encore proche de sa cible de 2 %, tout en reconnaissant que la guerre au Moyen-Orient pousse les prix à la hausse et pourrait peser sur la croissance si elle se prolonge.
Pour l'instant, les prix à la consommation en France progressaient de 1,8 % sur un an en juin, un rythme modéré au regard des standards européens. Mais ce chiffre a été calculé avant la nouvelle vague de frappes de la mi-juillet - et donc avant la remontée du baril à ses niveaux actuels.
La première estimation de l'Insee pour juillet est attendue fin de mois. Ce sera le premier indicateur officiel à intégrer pleinement la flambée pétrolière des derniers jours - et le premier signal, pour les ménages comme pour la Banque centrale européenne, de l'ampleur réelle de ce nouveau choc.
Entre le détroit d'Ormuz et le chariot de supermarché, la distance semble grande. Elle se mesure pourtant, depuis cinq mois, en points de pourcentage sur la facture de chaque foyer français.