Un champ oublié du Tarn a fini par rendre le corps que cherchait la famille de Delphine Jubillar depuis 2020
Cinq ans après sa disparition, les ossements exhumés près d'Albi sont formellement identifiés - et rouvrent, pour Cédric Jubillar, un autre chapitre judiciaire.
Deux fémurs. Un champ jamais fouillé, à onze kilomètres de la maison qu'elle habitait. Il aura fallu cinq ans, sept mois et des aveux tardifs pour que le silence cède.
Un champ que personne n'avait songé à fouiller
Jeudi 16 juillet, sous un ciel lourd de plein été, un large périmètre est bouclé sur un terrain agricole à cheval entre les communes de Villeneuve-sur-Vère et de Mailhoc, dans le Tarn. Des centaines de gendarmes convergent vers cette parcelle, jusque-là restée à l'écart de toutes les recherches menées depuis 2020.
Les indications viennent d'un homme qui, cinq ans durant, avait juré n'avoir rien à voir avec la disparition de son épouse : Cédric Jubillar. Les premiers ossements, dont deux fémurs, sont repérés en quelques minutes, selon une source proche de l'enquête. La terre a été creusée sans outils, à faible profondeur.
Le corps reposait à onze kilomètres du domicile conjugal, sur une parcelle que cinq années de battues, de fouilles et de signalements n'avaient jamais désignée.
Les restes sont acheminés vers le laboratoire de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, à Pontoise. Ce dimanche soir, une source proche du dossier, confirmant des informations de BFMTV, indique que les analyses établissent qu'il s'agit bien du squelette de Delphine Jubillar, née Aussaguel, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020.
Cinq années de silence, puis un aveu
Delphine Jubillar, infirmière de 33 ans et mère de deux enfants, quitte le domicile familial de Cagnac-les-Mines dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 et ne réapparaît jamais. Son téléphone, retrouvé au domicile, n'a plus jamais servi depuis cette nuit-là.
Placé en garde à vue à plusieurs reprises, Cédric Jubillar est mis en examen pour homicide volontaire sur conjoint en juin 2021 et écroué. Il clame son innocence pendant toute l'instruction, puis durant les quatre semaines de son procès.
Pendant cinq ans, l'infirmière reste introuvable. Sans corps, sans scène de crime, sans aveu, l'enquête s'appuie sur un faisceau d'indices. Cédric Jubillar est jugé à l'automne 2025 devant la cour d'assises du Tarn et condamné à trente ans de réclusion criminelle pour le meurtre de la mère de ses deux enfants. Son procès en appel devait s'ouvrir en septembre, à Toulouse.
Début juillet, le peintre-plaquiste opère un revirement total. Il écrit d'abord à son nouvel avocat, Me Pierre Debuisson, puis renouvelle ses aveux oralement. Le 15 juillet, devant la présidente de la cour d'assises de la Haute-Garonne, il confirme être à l'origine de la mort de son épouse.
spontanée, précise, étoffée
- Me Pierre Debuisson, avocat de Cédric Jubillar
Selon son conseil, la déclaration dure environ une heure et demie. Cédric Jubillar y évoque un climat conjugal qu'il décrit comme délétère, ainsi que des regrets envers ses enfants et la famille de Delphine. Dès le lendemain matin, il guide lui-même les enquêteurs jusqu'au champ de Mailhoc.
La zone se trouve à une dizaine de kilomètres d'Albi, non loin de Cagnac-les-Mines. Pendant cinq ans, les battues citoyennes, les signalements et les recherches par hélicoptère avaient couvert des dizaines de kilomètres carrés de campagne tarnaise sans jamais s'arrêter sur cette parcelle précise.
Une identité rendue, une responsabilité encore à trancher
Pour les proches de Delphine, la nouvelle referme une plaie ouverte depuis près de six ans sans effacer les questions qui subsistent sur les circonstances exactes de sa mort. Me Mourad Battikh, avocat de l'oncle et de la tante de la victime, a réagi dès dimanche.
clôt le débat sur le sort de Delphine
- Me Mourad Battikh, avocat des parties civiles
L'avocat insiste : l'identification ne dispense pas d'un examen complet de la responsabilité pénale devant la cour d'assises d'appel. Les avocats de Cédric Jubillar évoquent de leur côté une dispute conjugale qui aurait mal tourné, une version que seule l'instruction pourra confronter aux constatations médico-légales.
La découverte relance aussi une autre question, distincte du procès pénal : celle de la manière dont l'enquête initiale, menée dès décembre 2020, n'a pas permis de localiser ce champ plus tôt, alors qu'il se trouvait à quelques kilomètres seulement du domicile familial.
Après la disparition des tissus et des organes en cinq ans d'enterrement, les experts espèrent notamment retrouver le larynx, dont l'état pourrait indiquer si Delphine Jubillar a été étranglée ou étouffée. Ce travail scientifique doit encore se poursuivre dans les prochaines semaines.
Dans le Tarn, la sidération d'un village
À Mailhoc, l'annonce des fouilles a d'abord suscité l'incrédulité. Le champ visé borde des chemins que les habitants empruntent depuis toujours, à quelques kilomètres seulement de Cagnac-les-Mines, où vivait le couple.
On est passé à côté des centaines de fois
- un habitant de Mailhoc, cité par franceinfo
Depuis l'ouverture de l'enquête en 2021, l'affaire a débordé le seul cadre judiciaire : émissions spéciales, podcasts, documentaire diffusé l'an dernier, groupes de discussion animés par des enquêteurs autoproclamés. Cette exposition permanente a nourri autant l'espoir d'un dénouement que la défiance envers une enquête longtemps privée de corps, d'aveu et de scène de crime.
Delphine Jubillar avait deux enfants, âgés de six ans et de dix-huit mois au moment de sa disparition ; ils ont grandi dans l'attente de savoir ce qui était arrivé à leur mère. Cette attente-là s'achève. Celle d'un procès en appel, en septembre, commence.
Le mystère qui portait le nom d'un village tarnais depuis 2020 s'éteint. La justice, elle, n'a pas fini d'instruire cette affaire - elle repart, cette fois, sur un socle enfin certain.