L’Union européenne sanctionne AliExpress d’une amende historique de 550 millions d’euros
Jouets dangereux, contrefaçons, modération défaillante - la plus lourde sanction jamais infligée au titre du DSA
Cinq cent cinquante millions d'euros. Le chiffre tombe lundi comme un couperet sur les serveurs d'AliExpress. Jamais la Commission européenne n'avait infligé une amende aussi élevée au nom du règlement sur les services numériques, le fameux DSA entré en vigueur en 2022.
Deux ans d'enquête pour un record
Tout commence en mars 2024, quand Bruxelles ouvre une procédure formelle contre la filiale d'Alibaba pour évaluer si elle respecte ses obligations de surveillance des produits vendus sur sa plateforme. En juin 2025, la Commission notifie ses griefs préliminaires. Lundi, la sanction tombe, définitive et sans appel possible avant contestation devant la justice.
Le montant dépasse de loin les précédentes sanctions prononcées au titre du même règlement, deux cent millions d'euros infligés à Temu fin mai pour des manquements similaires, et cent vingt millions d'euros pour X, le réseau social d'Elon Musk, fin 2025 pour défaut de transparence.
Jouets dangereux et contrefaçons en libre circulation
Le dossier de la Commission est accablant. Le système censé détecter les produits interdits à la vente ne fonctionnait tout simplement pas au moment où l'enquête a démarré. Des contrefaçons, mais aussi des jouets et des cosmétiques dangereux, restaient en vente sur la plateforme pendant de longues semaines, a détaillé Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission chargée du Numérique.
Les sanctions appliquées aux vendeurs pris en défaut, elle aussi jugées inefficaces, laissaient leurs boutiques actives bien après les signalements. Des équipes de modération sous-dimensionnées permettaient en outre aux vendeurs malintentionnés de contourner facilement les contrôles de conformité.
Une amende volontairement mesurée
AliExpress aurait pu écoper d'une amende plafonnée à six pour cent de son chiffre d'affaires mondial annuel. La Commission a choisi de retenir la nouveauté du règlement comme circonstance atténuante dans le calcul de la pénalité finale.
« C'est très dangereux pour les consommateurs, injuste pour les entreprises qui respectent nos règles. »
— Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne chargée du Numérique La plateforme conteste fermement la décision. Nous ne sommes pas d'accord avec cette décision et cette amende disproportionnée, qui ne reflète pas correctement notre dispositif déjà en place ni les améliorations significatives que nous avons apportées, a réagi l'entreprise par courriel, ajoutant examiner toutes les options disponibles.
AliExpress, Temu, Shein, le trio dans le viseur de Bruxelles
AliExpress revendiquait cent quatre-vingt-treize millions d'utilisateurs européens l'an dernier, contre cent cinquante-six millions pour Shein et cent trente millions pour Temu. Un Européen sur cinq déclare aujourd'hui acheter au moins une fois par mois sur l'une de ces trois plateformes chinoises, selon Henna Virkkunen.
Shein fait actuellement l'objet d'une enquête distincte de la Commission. L'exécutif européen se défend de cibler les plateformes en raison de leur origine chinoise, rappelant mener des investigations similaires contre des services basés aux États-Unis comme en Europe. Cette nouvelle sanction s'inscrit toutefois dans un mouvement plus large de Bruxelles pour protéger son marché face à une concurrence chinoise jugée déloyale, matérialisé notamment par une taxe minimale de trois euros sur les petits colis importés dans l'Union.
Ce que Bruxelles exige désormais
AliExpress dispose jusqu'au 20 octobre 2026 pour soumettre un plan d'action détaillant les mesures correctives destinées à remédier au manquement constaté. Le Comité européen des services numériques disposera ensuite d'un mois pour rendre son avis, avant que la Commission n'adopte sa décision finale et fixe un délai de mise en conformité. Tout manquement à cette décision pourrait entraîner des astreintes périodiques supplémentaires.