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Mort d’Ann Widdecombe : l’ultime chapitre d’une figure du conservatisme britannique

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Mort d’Ann Widdecombe : l’ultime chapitre d’une figure du conservatisme britannique

Une enquête pour meurtre a été ouverte après la découverte du corps de l'ancienne ministre à son domicile du Devon - retour sur une figure qui incarnait, jusque dans ses contradictions, un pan entier du conservatisme anglais.

Ann Widdecombe, 78 ans, ancienne ministre conservatrice devenue porte-parole de Reform UK, a été retrouvée morte jeudi à son domicile de Haytor, dans le Devon, le corps portant de graves blessures. Un homme de 26 ans a été arrêté. La police écarte pour l'instant toute piste terroriste ou politique. Au-delà du fait divers, sa disparition referme un chapitre singulier de la vie politique britannique.

L a police du Devon et des Cornouailles a été appelée jeudi vers 11h40 heure locale à une adresse de Haytor, un hameau du Dartmoor, dans le sud-ouest de l'Angleterre. Sur place, les secours ont découvert le corps sans vie d'Ann Widdecombe, 78 ans, présentant de graves blessures, notamment à la tête. Les services de police ont immédiatement traité la mort comme suspecte et ouvert une enquête pour meurtre.

Un homme de 26 ans a depuis été arrêté sur suspicion de meurtre. Selon les informations obtenues par la chaîne ITV, l'affaire n'est pas traitée comme un acte terroriste et rien n'indique à ce stade un mobile politique.

« Notre enquête pour meurtre n'en est qu'à ses débuts mais progresse à un rythme soutenu. »

Ilona Rosson, inspectrice en chef, police du Devon et des Cornouailles L'inspectrice en chef Ilona Rosson, qui dirige l'équipe d'enquête sur les crimes majeurs, a précisé que toutes les ressources nécessaires étaient déployées pour établir les circonstances exactes du décès et identifier le responsable, décrit comme un homme de type caucasien. La ministre britannique de l'Intérieur, Shabana Mahmood, a fait part sur X de sa tristesse profonde, qualifiant les circonstances de la mort d'extrêmement éprouvantes et appelant le public à éviter toute spéculation avant la fin de l'enquête policière.

Une trajectoire de trois décennies au cœur du pouvoir

Née le 4 octobre 1947 à Bath, Ann Widdecombe entre à la Chambre des communes en 1987 comme députée conservatrice de la circonscription de Maidstone, dans le Kent, qu'elle représentera jusqu'en 2010 sous la dénomination élargie de Maidstone and the Weald. Sa carrière ministérielle se déploie sous le gouvernement de John Major - ministre de l'Emploi de 1994 à 1995, puis ministre des Prisons de 1995 à 1997.

C'est à ce poste qu'elle attire l'une des controverses les plus durables de sa carrière, en défendant la pratique consistant à enchaîner des détenues enceintes à leur lit pendant leur transfert vers l'hôpital. Elle se distingue également par un affrontement resté célèbre avec son collègue conservateur Michael Howard, alors ministre de l'Intérieur, qu'elle décrit publiquement comme ayant « quelque chose de la nuit » en lui - une formule restée gravée dans la mémoire politique britannique.

Widdecombe quitte le Parlement en 2010, après vingt-trois ans de mandat. Loin de se retirer de la vie publique, elle entame alors une seconde carrière médiatique. Sa participation à l'émission Strictly Come Dancing en 2010, aux côtés du danseur Anton du Beke, la fait connaître d'un public bien plus large que celui de Westminster - elle y survit jusqu'en demi-finale grâce au vote populaire, malgré des prestations que la critique jugeait chorégraphiquement modestes. Elle enchaîne ensuite les rôles de comédienne dans des pantomimes britanniques, participe à Celebrity Big Brother en 2018, publie plusieurs romans et une autobiographie au titre éloquent, Strictly Ann.

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Née le 4 octobre 1947 à Bath, décédée le 10 juillet 2026 dans le Devon Députée conservatrice de Maidstone puis Maidstone and the Weald, 1987-2010 Ministre de l'Emploi (1994-1995) puis des Prisons (1995-1997) sous John Major Députée européenne pour le Parti du Brexit, circonscription du Sud-Ouest de l'Angleterre, 2019-2020 Porte-parole de Reform UK pour l'immigration et la justice depuis 2023

Chroniqueuse hebdomadaire pour GB News jusqu'à sa mort

De Westminster à Bruxelles, un parcours eurosceptique cohérent

Tout au long de sa carrière, Ann Widdecombe s'affirme comme l'une des voix les plus constantes de l'euroscepticisme britannique. Elle soutient activement la campagne Vote Leave lors du référendum de 2016, avant de rejoindre en 2019 le Parti du Brexit fondé par Nigel Farage, sous les couleurs duquel elle est élue eurodéputée pour le Sud-Ouest de l'Angleterre. Son mandat au Parlement européen s'achève en 2020, avec la sortie effective du Royaume-Uni de l'Union.

En 2023, elle rejoint Reform UK, le parti qui a succédé au Parti du Brexit sous la même houlette de Nigel Farage, et en devient la porte-parole sur les questions d'immigration et de justice. Elle participe encore récemment à la campagne de terrain lors de l'élection partielle de Makerfield, signe d'un engagement militant resté intact jusqu'aux derniers mois de sa vie.

Son positionnement social est, lui, resté d'une remarquable constance conservatrice - opposition à la légalisation de l'avortement, opposition à l'extension des droits des personnes LGBT, appel à la tolérance zéro sur l'usage du cannabis, opposition à l'aide active à mourir. Catholique convertie et pratiquante engagée, elle revendiquait n'avoir jamais éprouvé d'intérêt pour la sexualité et n'a jamais été mariée.

« Elle était une combattante redoutable qui prononçait des discours enflammés en congrès et captivait l'hémicycle des Communes. »

Nadine Dorries, ancienne députée conservatrice

Ce que sa disparition dit du conservatisme britannique

La trajectoire d'Ann Widdecombe résume, à elle seule, une mutation politique qui dépasse sa seule personne. Ministre conservatrice classique dans les années 1990, elle a suivi, dans les deux décennies suivantes, le glissement d'une partie de l'électorat conservateur vers des formations plus radicales sur les questions européennes et migratoires - du Parti du Brexit à Reform UK. Ce parcours illustre la manière dont l'establishment tory historique a nourri, puis en partie perdu au profit de Nigel Farage, une frange significative de ses cadres et de son électorat les plus eurosceptiques.

Les nombreux hommages recueillis vendredi, du député Richard Tice, vice-président de Reform UK, qui salue une oratrice incroyable et une femme d'un courage sans faille, jusqu'à ses anciens collègues conservateurs, témoignent d'une figure qui, par-delà les clivages partisans récents, restait perçue comme une pièce maîtresse de la vie politique britannique des quarante dernières années.

La mort violente d'une personnalité de cette notoriété, dans un cadre aussi retiré que le Dartmoor, ouvre nécessairement une période d'incertitude. La police britannique a pris soin de tempérer, dès les premières heures, toute lecture politique de l'affaire, en excluant explicitement l'hypothèse terroriste et en insistant sur le caractère apparemment isolé du passage à l'acte. Cette prudence institutionnelle n'empêche pas l'émotion suscitée par la découverte de la dépouille d'une femme qui avait fait, de sa notoriété médiatique tardive, une seconde carrière presque aussi marquante que la première.

L'enquête pour meurtre se poursuit. Les autorités britanniques ont indiqué qu'elle progressait rapidement, sans toutefois livrer, à ce stade, d'éléments supplémentaires sur les circonstances précises du décès ni sur le mobile de l'homme interpellé.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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