Assia Matoug, démembrée et dispersée : son mari face à ses aveux aux assises de Paris
Au troisième jour d'un procès qui ébranle l'audience, Lakhdar Matoug a décrit lui-même l'innommable - tout en continuant de nier avoir voulu tuer sa femme Depuis le 6 juillet 2026, la cour d'assises de Paris juge Lakhdar Matoug pour le meurtre de son épouse Assia, étranglée en janvier 2023 dans leur appartement de Montreuil, puis démembrée et dispersée dans le parc des Buttes-Chaumont. Ce mercredi 8 juillet, l'accusé a pris la parole. Longtemps. Avec des larmes, des silences et des contradictions qui effrontent la logique plus qu'elles ne la servent.
Par la Rédaction
La mécanique du féminicide fait souffler un vent glacial dans la salle d'audience écrasée de chaleur quand Lakhdar Matoug commence à parler. Le mari à l'air contrit baisse souvent la tête pour répondre aux questions, pleure parfois en évoquant ses trois enfants. Mais les pleurs, ici, ne suffisent pas à combler les abîmes que creusent les questions.
Au troisième jour de son procès pour meurtre, Lakhdar Matoug a répondu aux questions de la cour et a tenu sa ligne de départ : tout en admettant avoir tué son épouse, il nie en avoir eu l'intention. Sa thèse - constante depuis les premiers aveux - tient en quelques mots : il a étranglé celle qu'il disait aimer pour « la faire taire, vu qu'elle criait ». Mais en aucun cas avoir « voulu la tuer », ni même « lui faire du mal ».
Un homme sur son épouse, une femme sans échappatoire
S'il a tenu sa clef de bras autour du cou d'Assia, qu'il a gardé sa main sur son visage, et tout le poids de son mètre quatre-vingt-dix et ses quatre-vingts kilos sur celui de son épouse de vingt kilos de moins, c'est « pour la faire taire ». La présidente de séance lui pose la question frontalement : comprenait-il le déséquilibre physique ? « Je n'ai pas pensé à ça », répond l'accusé debout dans le box.
Lui voulait qu'elle « arrête de crier », des cris provoqués selon lui par une dispute à cause d'argent liquide qu'il avait aperçu dans le sac à main de sa femme. « Si je la lâchais, elle aurait recommencé », a-t-il avancé - avant d'éviter soigneusement de répondre quand on lui demandait pourquoi il n'avait pas laissé sa femme tranquille quand elle hurlait « aïe, tu me fais mal, lâche-moi ! ».
Mais la dureté revient vite sur le visage de Lakhdar Matoug, à la question d'une avocate de savoir s'il surveillait Assia : ses yeux foudroient de colère l'assemblée. Interrogé sur une conversation qu'Assia a eue avec sa tante et sa sœur quelques jours avant le drame, lors de laquelle elle avait confié qu'elle allait « mourir », il semble prêt à exploser de rage. Quelques secondes plus tard, les larmes reviennent. Ce ballet entre effondrement et colère froide traversera toute la journée d'audience.
De l'étranglement à la meuleuse - vingt jours d'horreur minutieuse
Assia morte, il l'a recouverte d'une couette sur le canapé et a expliqué aux enfants que leur mère était malade et se reposait. Il dissimule ensuite le corps dans un « débarras de l'appartement », à quelques mètres des enfants, et profite de nuits sans sommeil « pour aller lui parler ». C'est lors d'une de ces veillées nocturnes qu'il a l'idée de découper le cadavre pour le sortir de l'appartement, celui-ci étant devenu « trop lourd ».
Les enquêteurs ont reconstitué la journée du 2 février 2023 minute par minute grâce aux caméras de vidéosurveillance. On y voit Lakhdar Matoug, polo rouge et tête baissée, déambuler dans les rayons d'un magasin Castorama situé porte de Nation, à Paris. Le ticket de caisse retrouvé par les enquêteurs est glaçant de banalité apparente : cent dix euros d'achats, dont une meuleuse, des bâches en plastique et des gants.
C'est dans la cuisine du domicile conjugal que le corps de la victime aurait été découpé, selon les éléments présentés à la cour. Une partie du corps démembré d'Assia Matoug, alors âgée de 46 ans, avait été découverte mi-février 2023, disséminée dans le parc des Buttes-Chaumont, au nord-est de la capitale, par des employés de la ville. Placé en garde à vue, le suspect avait peu à peu reconnu les faits et permis de retrouver les restes manquants du corps, découverts sur ses indications dans des sacs-poubelle dans une friche industrielle à Bobigny, derrière un muret.
Une thèse de la défense face aux expertises
Le quinquagénaire adopte le rôle du mari éploré quand on lui pose la question des très nombreux bleus retrouvés sur le visage et les membres de sa femme. « Je n'ai jamais levé la main sur Assia, je n'ai pas frappé ma femme », répond-il, affirmant n'avoir « pas d'explications » aux nombreuses ecchymoses constatées sur son corps. Enfin si, une : Assia se serait cognée à une table basse en verre de l'appartement.
Les autopsies ont pourtant révélé de nombreuses ecchymoses et hématomes sur différentes parties du corps. Selon le médecin légiste, ils n'ont pu survenir qu'avant sa mort et sont liés à des chocs et coups portés pour la majorité entre quelques minutes et quelques heures avant le décès.
Pour les experts psychiatres et psychologues, Lakhdar Matoug a beau avoir parlé de « trou noir », il ne souffrait d'aucun trouble psychiatrique et son discernement n'était ni aboli, ni altéré au moment des faits. L'avocate de la sœur de la défunte, Me Pauline Rongier, entend bien s'« attacher à démontrer que l'on se situe bien dans la mécanique d'un féminicide, avec une issue non provoquée par la détresse d'un homme, mais par le fait qu'il ne supportait pas que sa compagne ne lui obéisse pas ».
Avant même l'identification officielle du corps des Buttes-Chaumont, le suspect cherchait déjà sur Google : « Comment réagir en direct à BFMTV ? ». Celui qui répond de meurtre par conjoint encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Les trois enfants du couple ont été placés.
« L'instruction a permis d'établir qu'Assia avait été tuée par étranglement, après avoir subi de nombreuses violences, et avant d'être découpée méthodiquement. La thèse accidentelle avancée par le mis en cause est grotesque. »
Me Pauline Rongier, avocate de la famille d'Assia Matoug
Qui était Assia Matoug ?
Âgée de 46 ans au moment de sa mort, mère de trois enfants (8, 13 et 16 ans à l'époque), Assia Matoug vivait dans un HLM de Montreuil, en Seine-Saint-Denis.
Elle travaillait au sein de l'association Aides. Ses proches décrivent une femme généreuse et pleine de vie, « éteinte depuis plusieurs mois » sous l'effet des difficultés financières et d'un contrôle conjugal croissant.
Plusieurs membres de sa famille témoignent qu'elle leur avait confié, dans les jours précédant sa mort, avoir le sentiment qu'elle allait mourir - étranglée.
Son corps a été retrouvé disséminé aux Buttes-Chaumont le 13 février 2023. Elle est la 22e victime de féminicide répertoriée en France pour l'année 2023.