Il a quitté le hall de son hôtel sans téléphone, on l’a retrouvé sur des rochers le lendemain
La mort d'un retraité breton au Monténégro fait l'objet, depuis le 20 juillet, d'une information judiciaire à Rennes - sa famille dénonce un abandon face aux autorités locales.
Un homme sort du hall de son hôtel un soir de fin mai, sans emporter son téléphone. Sa femme ne le reverra plus vivant. Le lendemain, des pompiers remontent son corps depuis des rochers, en contrebas d'une falaise du littoral monténégrin.
Des vacances organisées qui tournent au drame
Charles Guinel, soixante-quatre ans, breton, séjournait fin mai à Petrovac, station balnéaire de la côte monténégrine, dans le cadre d'un voyage organisé avec son épouse. Le couple avait choisi cette petite ville touristique nichée entre Budva et Bar, sur la mer Adriatique.
Les jours précédant sa disparition, les deux Bretons avaient été perturbés par d'importantes nuisances provenant d'une chambre voisine de leur hôtel - un détail que l'épouse de Charles Guinel a tenu à rapporter par la suite.
Le jour de sa disparition, son épouse l'aperçoit une dernière fois dans le hall de l'établissement. Il part sans son téléphone portable. Son corps est retrouvé le lendemain sur des rochers, entre Petrovac et le hameau voisin de Perazića Dol, à une dizaine de minutes de marche de l'hôtel.
Selon les pompiers de la Protection civile de Budva, la commune dont dépend administrativement Petrovac, ce sont eux qui ont procédé au dégagement du corps depuis les rochers, sous le contrôle de la police et du parquet monténégrins présents sur place.
"Une chambre d'hôtel quittée sans téléphone un soir de mai, un corps repêché sur des rochers le lendemain - entre les deux, la famille de Charles Guinel affirme n'avoir reçu aucune réponse claire des autorités locales."
Petrovac est une petite station balnéaire d'à peine plus d'un millier d'habitants, prisée pour son calme relatif comparé aux localités plus animées de Budva ou Sutomore, sur cette même côte adriatique du Monténégro.
Une enquête française qui prend le relais
Interrogé par l'AFP, le procureur de la République de Rennes, Frédéric Teillet, confirme avoir d'abord ouvert une enquête en recherche des causes de la mort, avec plusieurs actes sollicités dans le cadre de la coopération policière internationale avec le Monténégro.
Le 20 juillet, ce même procureur franchit une étape supplémentaire en ouvrant une information judiciaire et en saisissant un juge d'instruction - toujours, précise-t-il, sur le même fondement procédural de recherche des causes de la mort, sans qualification pénale arrêtée à ce stade.
Maître Thierry Fillion, avocat de la famille, résume l'absence totale de certitude qui entoure ce dossier. Accident, suicide, intervention d'un tiers ou meurtre - rien, selon lui, ne peut aujourd'hui être écarté en l'état des éléments recueillis.
"Accident, suicide, tiers impliqué ou meurtre - l'avocat de la famille énumère les quatre hypothèses encore ouvertes, sans qu'aucune ne puisse à ce jour être exclue ni confirmée."
Une famille qui dit se sentir abandonnée
Dans une lettre adressée directement au président Emmanuel Macron, les proches de Charles Guinel décrivent un sentiment d'abandon total face à cette tragédie survenue à des milliers de kilomètres de leur Bretagne natale.
Ils affirment que des témoins potentiels n'ont jamais été auditionnés par les autorités monténégrines et ont depuis quitté le pays - une occasion de recueillir des éléments qui, selon eux, s'est déjà refermée avant même l'ouverture de l'information judiciaire française.
Deux mois après les faits, c'est donc au tribunal de Rennes, loin des rochers de Petrovac où tout s'est joué, que repose désormais l'espoir de cette famille de connaître un jour la vérité sur la mort de Charles Guinel.