L’Argentine renverse l’Angleterre en deux minutes et rejoint l’Espagne en finale
Menée jusqu'à la 87e minute, l'Argentine a renversé l'Angleterre en fin de match grâce à un doublé Enzo Fernández-Lautaro Martínez, ce dernier servi par un Messi de nouveau décisif. Une victoire 2-1 obtenue sous très haute tension, après que la vice-présidente argentine eut qualifié les Anglais de « pirates usurpateurs » à la veille du coup d'envoi.
Quatre-vingt-sept minutes durant, l'Angleterre a tenu tête au champion du monde en titre et rêvé tout haut d'une première finale depuis 1966. Il aura suffi de cent quatre-vingts secondes de folie pure, signées Enzo Fernández puis Lautaro Martínez sur un service de Lionel Messi, pour que ce rêve s'effondre en direct au stade d'Atlanta.
◆ Le scénario que personne n'avait vu venir
Tout avait pourtant démarré du bon côté pour les Three Lions. Anthony Gordon ouvre le score à la 55e minute, et Thomas Tuchel referme son équipe pour protéger cet avantage précieux face à une Albiceleste qui multiplie les assauts sans trouver la faille : une tête d'Alexis Mac Allister s'écrase sur le poteau à la 74e minute, Jordan Pickford multiplie les arrêts déterminants dans la foulée. Pendant de longues minutes, l'Angleterre semble sur les rails d'une première finale mondiale depuis son sacre de 1966.
Il aura suffi de cent quatre-vingts secondes de folie pure pour que le rêve anglais d'une première finale depuis 1966 s'effondre en direct.
◆ Deux minutes de folie signées Enzo et Lautaro
Puis tout bascule. À la 87e minute, Enzo Fernández égalise d'une frappe que Pickford, auteur jusque-là d'une prestation solide, ne parvient pas à repousser. Le stade d'Atlanta, largement acquis à la cause argentine, explose. Trois minutes plus tard, en plein temps additionnel, Lionel Messi s'infiltre côté droit, frappe une première fois sur le poteau anglais, récupère lui-même le ballon et sert, d'une passe millimétrée, Lautaro Martínez, seul face au but. L'attaquant de l'Inter ne tremble pas : 2-1, et une Albiceleste qui bascule en quelques secondes du doute à l'euphorie.
Pour Lionel Messi, peut-être présent lors de son tout dernier Mondial, cette passe décisive prend une saveur particulière : elle prolonge d'au moins un match supplémentaire l'aventure américaine du meilleur joueur de l'histoire de la sélection albiceleste, et rapproche un peu plus l'Argentine d'un second sacre mondial consécutif.
◆ Le maillot qui portait Maradona
Un détail, loin d'être anodin aux yeux des observateurs argentins, a accompagné cette remontée : l'équipe de Lionel Scaloni avait choisi de disputer cette demi-finale dans son maillot bleu marine - celui-là même que portait Diego Maradona lors de la victoire argentine 2-0 en quart de finale du Mondial 1986 au Mexique, marquée par le "but du siècle" et la sulfureuse "main de Dieu". Une "cábala", superstition footballistique bien ancrée en Argentine, qui semble avoir porté chance à une sélection disputant, ce mercredi, son sixième affrontement mondial historique face à l'Angleterre.
◆ « Pirates usurpateurs » : quand une vice-présidente rallume les Malouines
Sur le terrain, l'histoire aurait déjà suffi à électriser la rencontre. Hors du terrain, la vice-présidente argentine Victoria Villarruel s'en est chargée bien davantage. Dans un message publié sur X aux alentours de minuit, à la veille du match, elle a qualifié les Anglais de "pirates usurpateurs", reliant explicitement la rencontre à la souveraineté disputée des îles Malouines, à la mémoire de Maradona et à ce qui pourrait être le dernier Mondial de Messi.
« On ne va pas jouer contre de simples pirates usurpateurs. Ce n'est pas un match comme un autre »
- Victoria Villarruel, vice-présidente de l'Argentine
Le message n'a rien d'un dérapage isolé chez la vice-présidente : son propre père, militaire engagé durant la guerre des Malouines de 1982, avait été fait prisonnier par les forces britanniques - un passé qu'elle revendique régulièrement dans le débat public argentin. Sa sortie tranche cependant nettement avec la ligne officielle de la sélection : le sélectionneur Lionel Scaloni avait justement appelé, en conférence de presse, à ne pas mélanger football et Histoire. "C'est un match de football, il n'y a rien d'autre. Les mélanger serait une folie", avait-il tranché.
Cette tension diplomatico-sportive s'est traduite par des mesures de sécurité inhabituelles pour un match de football : la Fédération internationale a interdit l'entrée au stade de tout drapeau ou symbole en lien avec les Malouines, tandis que les autorités américaines ont classé la rencontre "à haut risque" et déployé pas moins de 1 600 policiers autour du stade d'Atlanta. Le gouvernement argentin de Javier Milei a, de son côté, refusé une demande syndicale de suspendre les activités administratives dès midi pour permettre aux fonctionnaires de suivre le match.
◆ Et la France, dans tout ça ?
Pour les supporters français, cette demi-finale à rebondissements a aussi valeur de piqûre de rappel : les Bleus n'y assistent plus qu'en spectateurs, éliminés mardi par l'Espagne sur le score sans appel de 2-0 lors de l'autre demi-finale. C'est donc l'Espagne, tenante du titre européen, qui affrontera l'Argentine dimanche au MetLife Stadium du New Jersey, dans une finale opposant les deux derniers champions du monde en titre - et peut-être, pour Lionel Messi, l'ultime match d'une carrière mondiale entamée voilà près de deux décennies.
Reste, à quatre jours du coup d'envoi de cette finale annoncée comme historique, une certitude partagée des deux côtés de l'Atlantique : entre le talent intact de Messi, la mémoire encore vive de 1986 et une rivalité politique jamais totalement éteinte, l'Argentine et l'Angleterre viennent, une fois de plus, de prouver qu'un simple match de football peut transporter bien plus que quatre-vingt-dix minutes de jeu.