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Un bébé sur 250, un rang qui recule chaque année : pourquoi la France a quitté le podium européen de la mortalité infantile

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Un bébé sur 250, un rang qui recule chaque année : pourquoi la France a quitté le podium européen de la mortalité infantile

En trente ans, le pays est passé du trio de tête à la 23e place sur 27 en Europe. Fermetures de maternités, prématurité, précarité : la cause profonde de cette dérive reste, elle, activement contestée jusque dans la communauté médicale.

Dans le Lot, un nourrisson est né dans la maison familiale il y a quelques mois. Sa mère n'a pas eu le temps de rejoindre la maternité la plus proche. Ce genre d'histoire, un député l'a racontée à l'Assemblée nationale pour expliquer un chiffre qui ne cesse de grimper depuis 2011 : un bébé sur 250 ne soufflera jamais sa première bougie en France.

 Un podium perdu en une génération

En 2024, 2 700 enfants de moins d'un an sont morts en France, soit 4,1 décès pour 1 000 naissances vivantes, contre 3,5 en 2011, selon l'Insee. L'écart paraît modeste. Le classement, lui, ne l'est pas : la France, qui figurait parmi les trois meilleurs élèves d'Europe au début des années 1990, occupe aujourd'hui la 23e place sur 27 selon l'Institut national d'études démographiques, en repli constant depuis trente ans.

La France a mis trente ans à glisser du podium européen vers sa deuxième moitié de tableau - sans qu'aucune catastrophe isolée n'explique la chute.

Cette hausse s'explique presque entièrement par la mortalité néonatale, celle qui frappe entre le premier et le vingt-septième jour de vie, passée de 1,5 à 2,0 pour 1 000 en une décennie. Les naissances multiples concentrent un risque cinq fois supérieur à la moyenne, et c'est justement sur cette catégorie que la dégradation a été la plus nette. La pauvreté, à elle seule, multiplie par cinq à sept le risque durant les trois premières années de l'enfant, et la Seine-Saint-Denis, département métropolitain le plus pauvre, affiche logiquement le taux le plus élevé de l'Hexagone.

 Le procès des maternités fermées

Le coupable le plus souvent désigné est la carte hospitalière. En cinquante ans, la France a perdu 40 à 45 % de ses maternités par rapport à 1995, et leur nombre total est passé de 1 369 en 1975 à environ 460 aujourd'hui. Près de 900 000 femmes en âge de procréer résident désormais à plus d'une demi-heure d'une maternité, et la part de celles vivant à plus de quarante-cinq minutes a bondi de 40 % depuis 2000, selon les chiffres présentés au Parlement par le député corse Paul-André Colombani (Liot).

Pour illustrer son propos, l'élu a raconté le cas de la maternité de Porto-Vecchio, dont la fermeture envisagée aurait contraint les femmes de la région à rouler plus de deux heures jusqu'à Bastia - trois fois le seuil de sécurité retenu. En remplacement, les autorités avaient proposé un centre de périnatalité et un hôtel maternel sur le modèle de Cahors. Très peu de femmes l'utilisent, sans hélicoptère ni renfort prévu pour la maternité de Bastia, censée pourtant absorber 250 naissances supplémentaires.

« Il n'est pas acceptable d'éloigner encore plus les femmes de leurs lieux d'accouchement »

- Paul-André Colombani, député (LIOT), rapporteur du texte

Cette conviction s'appuie sur une étude de 2014 menée en Bourgogne, reprise dans l'ouvrage-enquête "4,1, le scandale des accouchements en France" des journalistes Sébastien Leurquin et Anthony Cortes : au-delà de quarante-cinq minutes de trajet, le taux de mortalité périnatale y passait de 0,64 % à 1,07 %, presque un doublement. C'est ce chiffre, précisément, que la Société française de néonatologie a choisi de contester quelques semaines plus tard dans une synthèse scientifique, jugeant le poids réel de la distance domicile-maternité "négligeable" - en s'appuyant sur des données françaises de 2001 à 2008, une période où la mortalité infantile reculait pourtant.

Face à ces conclusions contradictoires, le débat parlementaire lui-même a viré au dilemme. En commission des Affaires sociales, le moratoire proposé par Colombani a d'abord été supprimé début mai, remplacé par une simple obligation d'évaluation préalable. Le député Renaissance Jean-François Rousset avait plaidé qu'une maternité pratiquant peu d'accouchements pouvait offrir moins de sécurité, faute de gestes obstétricaux suffisamment répétés par les équipes. Une semaine plus tard, en séance publique, les députés ont pourtant rétabli l'article par une série d'amendements identiques, avec un avis de sagesse du gouvernement : 97 voix pour, 4 contre, 23 abstentions.

 Ce que la loi promet - et ce qu'elle ne tranche pas

Le texte finalement adopté le 15 mai 2025 gèle pour trois ans toute fermeture de maternité, sauf danger avéré pour la sécurité des patients, tout en excluant volontairement toute "sanctuarisation systématique", selon les mots mêmes de son rapporteur. Il crée également un registre national des naissances, réclamé de longue date par les professionnels et recommandé par la Cour des comptes, ainsi qu'une formation renforcée aux gestes d'urgence périnatals dans les petites structures maintenues en activité.

Transmis au Sénat, le texte y a été examiné le 11 juin 2026, plus d'un an après son adoption à l'Assemblée. La ministre de la Santé Catherine Vautrin avait de son côté annoncé fin mars la mise en œuvre anticipée du registre des naissances, sans attendre l'issue complète du parcours parlementaire du texte.

On sait compter les morts grâce à l'Insee, mais on ne sait pas encore les relier à une histoire médicale précise.

Ce que révèle, en creux, cette bataille à la fois législative et scientifique, c'est l'absence d'un consensus que l'urgence des chiffres laisserait pourtant espérer. Fermer une maternité peut tuer par l'éloignement qu'elle crée, comme le redoute Paul-André Colombani. La maintenir ouverte sans volume d'activité suffisant peut tuer par la fragilité qu'elle expose, comme le redoute Jean-François Rousset. Entre ces deux risques, chacun documenté, aucun définitivement prouvé, la France cherche encore sa réponse - pendant que dans le Lot, en Corse ou ailleurs, des familles continuent de compter les minutes qui les séparent de la maternité la plus proche.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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