Un mégot à Bart a coupé une route pour onze jours et plus
Quatre hectares brûlés le 11 juillet ont suffi à fragiliser tout un coteau. Onze jours plus tard, la RD663 reste fermée, et les travaux de sécurisation ne font que commencer.
Quatre hectares. C'est la surface de forêt qu'un mégot de cigarette, jeté par un automobiliste selon le parquet de Montbéliard, a suffi à réduire en cendres le samedi 11 juillet, au pied du Fort du Mont-Bart. Onze jours plus tard, la route qui longe ce coteau reste toujours fermée à la circulation - et le pire, pour les riverains, n'est peut-être pas encore derrière eux.
Un samedi après-midi ordinaire, jusqu'à 14 heures
Il est environ 14 heures, ce samedi 11 juillet, lorsque les premières flammes sont signalées à l'entrée de la commune de Bavans, en contrebas du Fort du Mont-Bart, en bordure de la départementale 663. Les sapeurs-pompiers du Doubs qualifient l'incident de «feu d'espace naturel» - une appellation presque banale pour un sinistre qui va pourtant paralyser un axe routier entier pendant près de deux semaines.
Sur place, dès les premières heures, se retrouvent les maires des deux communes concernées - Éric Lamy pour Bart, Sophie Radreau pour Bavans -, des agents de l'Office national des forêts, le sous-préfet et la gendarmerie nationale. À 17 heures, le feu est en passe d'être fixé. Mais les pompiers resteront finalement mobilisés sur zone jusqu'au dimanche soir, 19 heures, pour surveiller toute reprise éventuelle.
Un feu d'espace naturel, presque banal sur le papier - jusqu'à ce que le coteau tout entier se révèle instable.
Bart et Bavans, deux communes voisines de l'agglomération du Pays de Montbéliard qui totalisent à elles deux plus de 5 500 habitants, sont séparées par ce même coteau boisé qui surplombe la RD663 - un axe emprunté quotidiennement par les habitants des deux villages pour rejoindre le reste de l'agglomération. C'est précisément cette proximité entre l'espace naturel touché et une route de desserte locale très fréquentée qui transforme un feu de forêt somme toute limité en une crise de mobilité durable pour tout un bassin de vie.
Un mégot, une enquête, un appel à témoins
Selon le parquet de Montbéliard, l'incendie pourrait avoir été provoqué par un mégot jeté depuis un véhicule en circulation. Une enquête a été ouverte pour destruction du bien d'autrui par moyen dangereux, confiée à la brigade territoriale autonome de gendarmerie de Bavans.
Les gendarmes recherchent activement des témoins susceptibles d'avoir circulé sur la D663 entre Bart et Bavans le jour des faits, entre 13h30 et 14 heures - avec une attention particulière portée aux automobilistes équipés d'une caméra embarquée, dont les enregistrements pourraient permettre d'identifier l'auteur involontaire du sinistre. Toute personne disposant d'informations est invitée à composer le 17.
Une fermeture qui n'en finit pas de se prolonger
Dès le dimanche 12 juillet, alors que le feu est officiellement maîtrisé, la route reste coupée. La maire de Bavans évoque déjà, auprès des médias locaux, une inquiétude qui ne la quittera plus des jours durant : le risque d'effondrement de rochers sur la chaussée. Le réseau de transport EvolitY doit dévier sa ligne A dans la foulée.
Le lundi 13 juillet à 8 heures, un premier arrêté municipal officialise ce que le bon sens avait déjà imposé : interdiction totale de circulation sur la RD663, dans les deux sens, entre l'intersection avec la RD463A et l'entrée de Bavans. Cette mesure, initialement prévue jusqu'au mercredi 15 juillet 9 heures, doit permettre aux pompiers de poursuivre leurs opérations de surveillance et de reconnaissance en toute sécurité.
Mais le mercredi arrive, et la route ne rouvre pas. Un nouvel arrêté prolonge l'interdiction d'accès, de circulation et de stationnement sur l'ensemble du secteur jusqu'au lundi 20 juillet, 9 heures. La raison tient en un mot que la commune répète alors avec insistance : subsistance.
Trois arrêtés municipaux successifs en moins de deux semaines, chacun reculant l'échéance d'une réouverture que tout le monde, élus comme riverains, espérait plus rapide : cette accumulation de prolongations dessine, en creux, l'ampleur d'un diagnostic de sécurité qui s'est révélé, au fil des jours, plus préoccupant que prévu initialement.
Ce que les géologues ont fini par confirmer
Le 18 juillet, la Ville de Bart lève une partie du voile sur les raisons de cette prudence prolongée. Les conclusions des géologues mandatés par le Département du Doubs sont sans appel : les conditions de sécurité ne permettent toujours pas d'envisager une réouverture. Deux dangers distincts pèsent sur cet axe.
Le premier concerne la chute de pierres et de bois mort : les services de secours ont eux-mêmes constaté la présence de blocs rocheux tombés directement sur la chaussée, preuve que le risque n'a rien de théorique. Le second est plus insidieux : en cas de fortes pluies, les suies laissées par l'incendie pourraient se mêler à l'eau de ruissellement et rendre la route particulièrement glissante pour les automobilistes - un risque que seul un nouvel épisode pluvieux permettrait de mesurer réellement.
Des blocs rocheux tombés directement sur la chaussée : la preuve, presque brutale, que le danger n'avait rien d'une précaution excessive.
Ce mardi, la fermeture confirmée sur 300 mètres
Selon les informations les plus récentes communiquées par le Département du Doubs, la RD663 demeure fermée à la circulation sur un linéaire de 300 mètres, jusqu'à Bavans. La justification officielle reste identique à celle avancée depuis onze jours : le risque de chute de pierres et de matériaux sur la chaussée, «située au pied du coteau touché par les flammes».
Des déviations sont d'ores et déjà en place, à la fois pour les véhicules légers et pour les poids lourds. Seuls les piétons et les cyclistes conservent un accès au secteur, via la piste cyclable existante - un itinéraire jugé suffisamment éloigné de la zone à risque pour rester praticable sans danger.
Deux chantiers, l'un après l'autre
La sortie de crise s'annonce elle-même longue et technique. La première étape consistera en une «purge» complète du coteau : retrait des souches calcinées, des arbres fragilisés par le feu et des pierres devenues instables. Le Département précise que cette opération délicate nécessitera l'intervention d'une entreprise spécialisée, les conditions de travail sur un terrain aussi accidenté et fragilisé étant jugées «particulièrement difficiles».
Ce n'est qu'une fois cette purge achevée que pourra commencer la seconde phase : la mise en place d'équipements destinés à sécuriser durablement la chaussée face aux chutes de pierres, un chantier pris en charge par le Département du Doubs au titre de la sécurisation des routes départementales. La nature exacte et le dimensionnement de cet ouvrage restent, à ce stade, à l'étude - sa réalisation concrète n'interviendra que dans un second temps, sans calendrier précis communiqué pour l'instant.
Onze jours après un mégot jeté par une vitre de voiture, ni les automobilistes contraints à un détour quotidien, ni les deux mairies mobilisées depuis le premier jour ne peuvent encore dire quand ce coteau du Mont-Bart cessera de menacer la route qu'il surplombe.