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Le frère de l’homme qui a tué 86 personnes vivait, il y a quelques jours encore, à 200 mètres de la promenade où tout s’est passé

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Le frère de l’homme qui a tué 86 personnes vivait, il y a quelques jours encore, à 200 mètres de la promenade où tout s’est passé

Dix ans après le camion lancé sur la foule du 14-Juillet, Nice s'apprête à se recueillir place Masséna, tandis que la ville découvre que le frère du terroriste squattait, jusqu'à son interpellation, un studio proche du lieu du massacre

Ce mardi soir, à 18h15, quarante-trois enfants s'avanceront place Masséna aux côtés de quarante-trois adultes qui, dix ans plus tôt, avaient porté secours aux victimes. Des rameaux d'olivier seront déposés sur des chaises vides, une pour chacun des 86 morts. Emmanuel Macron, accompagné de son épouse, déposera une gerbe avant une minute de silence. Ce sera la deuxième fois depuis 2017 que le président se rend à Nice un 14-Juillet. Dix ans jour pour jour après qu'un camion de dix-neuf tonnes a fauché la foule venue admirer un feu d'artifice, la ville découvre, à quelques jours de cette cérémonie, que le frère de l'homme qui a commis ce massacre vivait, jusqu'à son interpellation le 9 juillet, dans un studio situé à deux cents mètres à peine du lieu du drame.

◆ Vingt minutes qui ont changé Nice à jamais

Il faut revenir au 14 juillet 2016 pour mesurer ce que cette ville porte encore. Ce soir-là, environ 30 000 personnes se pressent sur la promenade des Anglais pour le feu d'artifice de la fête nationale, qui s'achève vers 22h30. Trois jours plus tôt, un homme de 31 ans avait déjà effectué onze repérages sur cette même avenue au volant d'un camion de location, certains en roulant sur le trottoir, sans que cela n'alerte personne.

Vers 22h33, le poids lourd blanc s'engage sur la portion de la promenade laissée libre à la circulation, feux éteints. En quelques centaines de mètres, il atteint près de 90 km/h pour forcer le barrage policier censé protéger la zone piétonne, puis fonce dans la foule sur près de deux kilomètres, tirant à plusieurs reprises au pistolet en direction des forces de l'ordre qui tentent de l'arrêter. Un quart d'heure après le début de sa course, le conducteur est abattu par la police. Le bilan, définitif, s'établira à 86 morts, parmi lesquels plusieurs enfants, et plus de 450 blessés.

L'homme au volant, un Tunisien de 31 ans installé à Nice depuis plusieurs années, avait loué le camion quelques jours plus tôt sous couvert d'une activité professionnelle de livraison. Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, il traversait alors une rupture conjugale douloureuse et présentait, dans les jours précédant l'attaque, des signes de bascule brutale : abandon soudain de ses habitudes de vie, barbe laissée pousser, retrait de la totalité de ses économies bancaires et vente de son véhicule personnel la veille même des faits.

« Un quart d'heure a suffi pour que cette avenue de fête devienne un lieu de deuil pour tout un pays »

◆ Sur les brancards, des familles qui se cherchaient

À l'hôpital Pasteur, le professeur Jean-François Gonzalez, ancien chirurgien militaire passé par l'Afghanistan et le Mali, est alerté par un confrère présent sur la promenade. Il rejoint son service en quelques minutes et met en place, avec ses équipes, un protocole de tri des blessés inspiré de son expérience en zone de guerre : deux minutes et demie, en moyenne, pour évaluer chaque patient et l'orienter selon la gravité de son état.

« Nous avons reçu 187 blessés cette nuit-là au CHU de Nice »

Professeur Jean-François Gonzalez, chirurgien au CHU de Nice

À l'hôpital pédiatrique Lenval, situé au plus près du lieu de l'attaque, les premiers blessés arrivent avant même les secours officiels, transportés par des passants dans leurs propres voitures. L'infirmière cadre Nadège Carletti coordonne les soins toute la nuit. Elle se souvient en particulier d'Un père arrivé avec un nourrisson dans les bras et une fillette par la main, venant d'apprendre qu'il avait perdu son épouse sur la promenade. Quelques instants plus tard, l'équipe soignante devra lui annoncer qu'une autre de ses filles, admise dans ce même hôpital, n'avait pas survécu à ses blessures.

« Le fait de ne pas avoir pu sauver quelqu'un, je me suis trouvée presque inutile »

Nadège Carletti, infirmière cadre à l'hôpital Lenval

Pendant dix-sept jours, une cellule d'urgence médico-psychologique restera mobilisée pour accueillir les rescapés et les familles, recevant au total environ 1 500 personnes. Le moment le plus éprouvant, pour plusieurs des bénévoles mobilisés cette nuit-là, reste celui où il fallait accompagner des proches jusqu'à l'institut médico-légal pour reconnaître les corps de leurs enfants.

D'autres soignants, réquisitionnés en pleine soirée alors qu'ils n'étaient pas de garde, décrivent une nuit vécue presque hors du temps. Un chef de service adjoint des urgences pédiatriques, chez lui lorsque les premiers blessés commencent à affluer spontanément vers son hôpital, rejoint son poste en une vingtaine de minutes et ne le quittera plus jusqu'au lendemain matin. Ce n'est souvent que dans les heures suivantes, une fois l'urgence médicale immédiate retombée, que l'ampleur réelle du drame s'impose pleinement à ceux qui avaient dû, toute la nuit, se concentrer sur des gestes techniques pour ne pas céder à la sidération.

Cette nuit-là a aussi laissé des traces durables chez des habitants qui n'ont pourtant subi aucune blessure physique. Plusieurs d'entre eux racontent aujourd'hui encore des souvenirs fragmentés, des images isolées qui refont surface sans prévenir, dix ans après avoir assisté, impuissants, à la course meurtrière du camion depuis le trottoir ou une terrasse voisine.

◆ Un procès sans l'accusé principal

L'auteur direct de l'attaque n'a jamais pu être jugé, ayant été abattu le soir même par les policiers. L'enquête a néanmoins permis d'identifier plusieurs personnes soupçonnées de lui avoir fourni une arme ou d'avoir eu connaissance de ses intentions. Huit d'entre elles ont comparu en décembre 2022 devant la cour d'assises spéciale de Paris, écopant de peines allant de deux à dix-huit ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste. En juin 2024, la cour d'appel a confirmé la peine de dix-huit ans prononcée contre deux des accusés.

L'organisation État islamique avait revendiqué l'attentat le 16 juillet 2016, deux jours après les faits, une revendication que les enquêteurs ont depuis qualifiée de largement opportuniste plutôt que d'expression d'un commandement direct. Les investigations ont mis en évidence une radicalisation rapide de l'auteur des faits dans les semaines précédant l'attaque, après une période de dépression et de violences conjugales documentée par plusieurs témoins de son entourage.

« C'est bien l'ensemble de la communauté nationale que le terroriste visait »

Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur en 2016

Dès les premières heures, une cellule interministérielle de crise avait été activée à la demande du Premier ministre de l'époque, place Beauvau, siège du ministère de l'Intérieur. Le président François Hollande, arrivé sur place dans la nuit, avait décrété trois jours de deuil national, soulignant que les victimes comptaient des Français comme des ressortissants étrangers, et un nombre important d'enfants parmi les 86 personnes tuées. L'attentat reste, sous la Ve République, le deuxième plus meurtrier commis sur le sol français, derrière la série d'attaques du 13 novembre 2015 en région parisienne.

◆ Dix ans plus tard, un nom refait surface près de la promenade

C'est dans ce climat de recueillement que Nice a appris, la semaine dernière, qu'un frère cadet de l'auteur de l'attentat occupait illégalement un studio situé à deux cents mètres de la promenade des Anglais. Arrivé en France en 2024 depuis la Tunisie, cet homme de 31 ans s'était installé dans ce logement loué au nom de sa sœur, sans jamais régler de loyer, selon la gestionnaire de la résidence, qui affirme avoir alerté la police à plusieurs reprises sans succès pendant plusieurs semaines.

Selon plusieurs témoins cités par la presse régionale, l'homme ne cachait pas son lien de parenté, allant jusqu'à s'en prévaloir directement face à la gestionnaire excédée par les dégradations commises dans l'immeuble.

« Tu sais pas qui c'est mon frère, je suis le frère du terroriste »

Propos rapportés par la gestionnaire de la résidence

Interpellé le 9 juillet pour dégradations et maintien illégal dans les lieux, l'homme portait un couteau au moment de son arrestation. Placé en centre de rétention administrative, il fait désormais l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en vue d'une expulsion vers la Tunisie, où vivent ses parents. Pour plusieurs associations de victimes, la coïncidence de calendrier, à quelques jours seulement de la cérémonie du dixième anniversaire, a ravivé une angoisse que dix années n'avaient pas suffi à apaiser.

« C'est dramatique que dix ans plus tard, on se retrouve à quelques heures de l'hommage »

Une association de victimes de l'attentat

◆ Une tragédie qui a dépassé les frontières françaises

Parmi les 86 personnes tuées ce soir-là, une part importante n'était pas de nationalité française. Nice, ville touristique par excellence en pleine saison estivale, avait attiré ce 14 juillet des familles venues de dizaines de pays différents pour assister aux festivités. Plusieurs victimes avaient elles-mêmes déjà été endeuillées quelques mois plus tôt par les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, perdant un second proche en l'espace d'à peine huit mois, une double peine que peu de familles françaises ont eu, avant elles, à traverser.

Sur le plan matériel, la promenade des Anglais porte aujourd'hui encore les traces indirectes de cette nuit : des blocs de béton et des bornes anti-intrusion ont depuis été installés le long de l'avenue lors des grands rassemblements publics, un dispositif de sécurité devenu la norme dans la plupart des grandes villes françaises lors des événements de masse, directement hérité des leçons tirées de cette attaque au véhicule-bélier alors inédite par son ampleur sur le territoire national.

« Une double peine que peu de familles françaises ont eu, avant elles, à traverser »

◆ Une nation qui se recueille, ce mardi encore

Ce dimanche, avant même la cérémonie officielle, environ 3 000 personnes avaient déjà participé à une marche commémorative entre l'hôpital Lenval et le jardin Albert-Ier, sur cette même promenade où tout s'était joué dix ans plus tôt. L'ancien président François Hollande, chef de l'État au moment des faits, a confié cette semaine que cette période reste, pour lui, la plus douloureuse de ses deux mandats.

Depuis cette nuit de juillet 2016, la fête nationale et le souvenir de l'attentat sont devenus, pour des dizaines de milliers de Niçois et pour l'ensemble du pays, indissociables l'un de l'autre. Le feu d'artifice, la Patrouille de France, les Champs-Élysées à Paris comme la promenade des Anglais à Nice : chaque symbole du 14-Juillet porte désormais, en creux, la mémoire de cette avenue transformée en scène de mort.

Ce soir, une fois la dernière chaise ornée de son rameau d'olivier et le silence rompu par le passage de la Patrouille de France au-dessus de la baie des Anges, il restera à cette ville ce qu'elle porte depuis dix ans sans jamais pouvoir le déposer : le nom de chacun des 86 absents, que rien, pas même une décennie entière, n'aura suffi à effacer du souvenir de ceux qui les ont cherchés cette nuit-là parmi les brancards.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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