Un cinéma vidé en pleine soirée, une arme chargée dans un coffre : ce que Sarcelles a vécu samedi soir près de sa grande synagogue
Trois cents personnes évacuées, deux heures d'attente sans certitude, puis la découverte d'un fusil d'assaut et d'un pistolet chargés dans une voiture stationnée non loin d'un lieu de culte juif. Le parquet antiterroriste a ouvert une enquête dimanche - sans qu'aucun suspect ne soit identifié à ce stade.
Il est environ 21h30, samedi soir, quand un signalement fait basculer un quartier entier de Sarcelles dans l'incertitude. Une voiture, repérée par le renseignement intérieur, stationne rue Henry-Dunant. Ce qu'elle contient, personne ne le sait encore - mais la crainte suffit à vider en quelques minutes un cinéma, des commerces, des restaurants.
Une voiture qui n'aurait jamais dû être là
Le véhicule est signalé par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui redoute qu'il puisse contenir des explosifs et servir contre la communauté juive de cette ville du Val-d'Oise, surnommée de longue date "la petite Jérusalem" en raison de l'importance de sa population juive et du nombre de synagogues qu'elle compte. Le véhicule se trouve non loin - mais pas immédiatement à proximité, précisera plus tard le ministère de l'Intérieur - de la grande synagogue de la ville.
Un périmètre de sécurité est immédiatement établi. Autour de la voiture suspecte, un cinéma, plusieurs commerces et restaurants d'un quartier passant sont évacués en urgence. Au total, ce sont environ 300 personnes qui se retrouvent dehors, samedi soir, sans savoir exactement ce qui a motivé cette précipitation - seulement que les forces de l'ordre ne prennent, cette fois, aucun risque.
Personne ne savait encore ce que contenait la voiture - mais la seule crainte a suffi à vider tout un quartier en quelques minutes.
Deux heures sans certitude
Des équipes de démineurs sont dépêchées sur place. Pendant près de deux heures, elles examinent méthodiquement le véhicule, pendant que les habitants évacués patientent derrière le périmètre de sécurité, entre inquiétude et incompréhension. L'opération se conclut sur un premier soulagement : aucun explosif n'est retrouvé dans la voiture.
Mais ce soulagement reste partiel. En fouillant le coffre du véhicule, les équipes découvrent autre chose : un fusil d'assaut et une arme de poing, tous deux chargés. Une découverte suffisamment sérieuse pour que le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, évoque publiquement, dès le lendemain, "une arme de guerre".
Une arme de guerre, mais pas encore de coupable
Interrogé dimanche sur BFMTV, Laurent Nuñez confirme les grandes lignes de cette nuit sans pour autant en dévoiler la portée exacte. "Nous ne connaissons pas encore les motifs", reconnaît-il, avant d'ajouter que "les personnes ne sont pas encore identifiées" à ce stade de l'enquête. Contrairement à des informations initialement rapportées, aucun suspect n'a été interpellé, précise de son côté une source judiciaire.
« On a été extrêmement réactifs »
Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur
Le ministre salue en revanche la rapidité de la détection, qualifiant de "remarquable" le travail des services de renseignement à l'origine du signalement initial. Une réactivité qui n'empêche cependant pas la prudence : "rien ne permet de qualifier cette affaire de terroriste" pour l'instant, précise-t-il, tout en assurant qu'une enquête judiciaire complète déterminera la suite.
Cette prudence officielle n'a pas empêché le parquet national antiterroriste (Pnat) de se saisir formellement du dossier dès dimanche. L'enquête a été ouverte des chefs d'"association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes d'atteintes aux personnes", ainsi que de "transport, détention, acquisition d'armes de catégorie A et B en relation avec une entreprise terroriste". Les investigations ont été confiées à la DGSI, désignée "service coordonnateur", épaulée par la sous-direction antiterroriste (Sdat), la direction nationale de la police judiciaire et la direction interdépartementale de la police nationale du Val-d'Oise.
La communauté juive, entre vigilance et retenue
À Sarcelles, où l'inquiétude aurait pu facilement se transformer en panique généralisée compte tenu du contexte, les responsables communautaires ont choisi une parole mesurée. Moïse Kahloun, président de la communauté juive de la ville, a tenu à rappeler, dans la journée de dimanche, les limites de ce que l'on sait réellement à ce stade.
« À ce stade de l'enquête, rien ne permet d'affirmer que la communauté juive était visée »
Moïse Kahloun, président de la communauté juive de Sarcelles
Sur les réseaux sociaux, avant même l'annonce officielle de la saisine du parquet antiterroriste, le responsable communautaire avait également tenu à préciser un point souvent perdu dans l'émotion du moment : l'évacuation concernait avant tout le cinéma du quartier, situé à plus d'un kilomètre du lieu exact où la voiture a été découverte - une distance qui, sans minimiser la gravité de la découverte elle-même, invite à ne pas surinterpréter la proximité géographique avec la synagogue.
Reste, au lendemain de cette soirée à hauts risques, une question que ni le ministre de l'Intérieur ni le parquet antiterroriste ne peuvent encore trancher : qui a laissé cette voiture, avec ce chargement, dans les rues d'une ville où vit l'une des communautés juives les plus importantes de France - et dans quel but ? Tant qu'aucune réponse n'émergera, Sarcelles devra composer avec cette part d'inconnu, quelque part entre la réactivité saluée de ses services de renseignement et l'absence, ce dimanche encore, du moindre nom à mettre sur cette nuit de tension.