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Quarante maires démissionnent chaque mois en France, et la guerre de la drogue n’y est pas pour rien

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Quarante maires démissionnent chaque mois en France, et la guerre de la drogue n’y est pas pour rien

L'exfiltration nocturne du maire d'Alès révèle, chiffres à l'appui, une escalade mesurable du narcotrafic contre les institutions locales - et deux stratégies bien distinctes pour y parvenir

Une voiture suspecte garée devant un pavillon, en pleine nuit. Des policiers du Raid qui font sortir un homme de chez lui en urgence. Ce n'est pas une scène de film - c'est ce qui est arrivé, dans la nuit du 20 au 21 juillet, au maire d'une sous-préfecture du Gard.

◆ Une nuit d'exfiltration à Alès

Christophe Rivenq, maire d'Alès, avait reçu le 16 juillet une enveloppe contenant deux balles de calibre neuf millimètres, signée « DZ Mafia » - découverte par son épouse dans la boîte aux lettres familiale, aux côtés de tags menaçants sur le mur de sa clôture.

L'élu avait d'abord refusé toute protection rapprochée, se contentant d'un simple bouton d'alerte. Le 20 juillet au soir, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez ordonne finalement des mesures renforcées. Quelques heures plus tard, un véhicule suspect stationné près de son domicile déclenche l'exfiltration d'urgence par le Raid.

Le procureur d'Alès, Abdelkrim Grini, situe l'origine du ciblage sans détour - Rivenq a multiplié les prises de position aux côtés de la police et du parquet contre l'installation de la DZ Mafia dans sa commune, où plusieurs dizaines de kilos de résine de cannabis ont été saisis ces derniers mois.

"Un bouton d'alerte refusé, puis une exfiltration nocturne par le Raid en l'espace de quelques jours à peine - la trajectoire de Christophe Rivenq résume, à elle seule, la rapidité avec laquelle une menace peut désormais s'aggraver."

 Une escalade qui se lit dans les chiffres

L'Association des maires de France recensait environ mille cinq cents agressions d'élus municipaux en 2022. Ce chiffre a grimpé à deux mille cinq cent un procédures en 2024, avant de se stabiliser à deux mille quatre cent soixante-dix-huit en 2025 - une quasi-explosion en l'espace de deux ans, selon les données du Centre d'analyse et de lutte contre les atteintes aux élus.

Plus révélateur encore que le volume brut, la concentration du phénomène change de nature. La part des atteintes visant spécifiquement un membre d'un exécutif local - maire ou adjoint - est passée de soixante-dix-sept pour cent en 2023 à quatre-vingt-quatre pour cent en 2025. Les maires seuls représentent aujourd'hui soixante-cinq pour cent des victimes.

Les attaques par voie numérique progressent elles aussi, de vingt-quatre à vingt-sept pour cent des cas en un an seulement - preuve que l'intimidation ne se limite plus aux seules lettres glissées dans une boîte aux lettres.

"De mille cinq cents à près de deux mille cinq cents agressions d'élus en deux ans, une concentration croissante sur les seuls exécutifs locaux - les chiffres eux-mêmes documentent un déplacement délibéré de la cible, des simples administrés vers ceux qui décident."

 Deux stratégies, une même emprise

Le narcotrafic ne procède pas d'une seule manière. À Alès comme à Échirolles, où la maire Amandine Demore a vu son véhicule incendié en pleine nuit par des individus cagoulés, la stratégie relève de l'intimidation pure - faire reculer un élu déjà engagé contre les trafiquants.

Un rapport sénatorial de mai 2024 documente une seconde approche, plus discrète - la tentative de corruption directe. Un maire, resté anonyme, y raconte avoir été approché après son élection par des individus cherchant à obtenir des marchés publics ou une influence sur les nominations locales. Il affirme avoir refusé.

Ces deux logiques, coercition d'un côté, cooptation de l'autre, ne visent pas les mêmes élus - la première frappe ceux qui résistent ouvertement, la seconde cible ceux que l'on espère encore convaincre. Ensemble, elles dessinent une stratégie d'emprise bien plus complète qu'une simple vague de violence spontanée.

Le cas d'Alès n'est pas isolé dans cette logique de coercition. En 2023, le frère cadet d'Amine Kessaci avait été exécuté en pleine rue à Marseille. En 2022, une juge d'instruction de Carpentras avait dû quitter sa ville après des intimidations répétées. Trois profils différents - un maire, un militant, une magistrate - visés par le même refus de céder.

Face à cette montée en puissance, le Parlement a fini par légiférer - une loi votée le 13 juin 2025 vise explicitement à sortir la France de ce que ses promoteurs appellent le « piège du narcotrafic », dans la foulée d'un rapport sénatorial qui alertait déjà sur le risque de corruption des exécutifs locaux.
"Intimider ceux qui résistent, corrompre ceux qu'on espère convaincre - le narcotrafic ne s'attaque pas aux maires d'une seule façon, mais construit une emprise à double entrée sur les institutions locales."

 Les petites communes, premières victimes silencieuses

L'Association des maires de France a comptabilisé près de deux mille deux cents démissions de maires entre juillet 2020 et juin 2025 - soit environ quarante départs chaque mois. Ce sont les communes de moins de cinq cents habitants qui concentrent la majorité de ces abandons de mandat.

Cette géographie n'a rien d'un hasard statistique. C'est précisément dans les plus petites communes que la présence de l'État - commissariat, tribunal, services déconcentrés - se fait la plus ténue, laissant un vide institutionnel que quelques menaces bien ciblées suffisent à exploiter.

Amine Kessaci, adjoint au maire de Marseille et lui-même sous protection policière depuis des années pour son engagement contre le narcotrafic, a résumé la situation après l'exfiltration de Rivenq en une formule sans détour - il s'agit, selon lui, d'une authentique guerre livrée à la démocratie elle-même.

Ni l'Association des maires de France ni le ministère de l'Intérieur ne disposent pourtant, à ce jour, de statistiques isolant précisément la part des menaces directement imputables au narcotrafic parmi l'ensemble des agressions d'élus. Ce vide statistique, à lui seul, en dit long - l'État parvient à mesurer l'ampleur générale du phénomène, mais peine encore à cartographier avec précision son adversaire le plus organisé.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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