jeudi 23 juillet 2026, 02:39 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
Actualités

Arabie saoudite : « La bombe qu’on refuse de surveiller parce qu’elle appartient à un ami »

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Actualités

Arabie saoudite : « La bombe qu’on refuse de surveiller parce qu’elle appartient à un ami »

Washington vient d'ouvrir à Riyad la porte de l'enrichissement d'uranium. Un prince héritier qui a lui-même promis la bombe, une guerre au Yémen jamais refermée : voici ce que cette porte risque de laisser entrer.

«Nous suivrons aussitôt que possible.» Cette phrase n'a rien d'une hypothèse d'analyste anxieux. Elle a été prononcée en 2018, sur une chaîne américaine, par l'actuel homme fort de Riyad en personne. Mohammed ben Salmane y promettait que son pays développerait l'arme nucléaire «dès que possible» si l'Iran y parvenait le premier. Sept ans plus tard, Washington vient précisément d'ouvrir à ce même homme la porte technique qui permettrait, un jour, de tenir cette promesse.

 Ce que Washington vient d'accepter

L'accord approuvé cette semaine par l'administration Trump prévoit, sur trente ans, la possibilité que des entreprises américaines construisent en Arabie saoudite une installation d'enrichissement d'uranium - sous réserve qu'une étude conjointe en confirme la pertinence. Selon CNN, ce texte ne comporte pas le «standard-or» des garanties de non-prolifération habituellement exigées dans ce type d'accord : un protocole plus permissif que celui, par exemple, imposé aux Émirats arabes unis en 2009.
Ce précédent émirati mérite qu'on s'y attarde, car il donne la mesure exacte de ce que Washington vient d'accepter de lâcher. En 2009, Abou Dabi avait accepté, dans le cadre de son propre accord de coopération nucléaire civile avec les États-Unis, de renoncer explicitement et par écrit à tout enrichissement ou retraitement de combustible sur son sol - la définition même du «gold standard» évoqué depuis par tous les spécialistes de la non-prolifération. L'accord saoudien, lui, ouvre au contraire une porte que les Émirats avaient eux-mêmes refermée volontairement, quinze ans plus tôt, pour rassurer la communauté internationale.

Officiellement, il ne s'agit que d'un programme civil, destiné à répondre aux besoins énergétiques croissants du royaume - centres de données pour l'intelligence artificielle en tête. Mais la technologie d'enrichissement ne connaît pas de frontière étanche entre l'usage civil et l'usage militaire : au-delà d'un certain seuil de pureté, le même procédé qui alimente une centrale peut, techniquement, amorcer une bombe.

 Une chronologie qu'il faut lire heure par heure

Ce dossier ne surgit pas de nulle part cette semaine : il couve depuis plus de huit mois, et sa relance cette semaine s'est jouée à un rythme resserré qui mérite d'être détaillé. Tout part du 18 et 19 novembre 2025, lorsque le secrétaire américain à l'Énergie Chris Wright et le prince Abdulaziz bin Salman signent, à l'occasion d'une visite du prince héritier à la Maison Blanche, une «déclaration conjointe» qui pose les bases juridiques du partenariat - dans le même temps qu'est conclue une vente d'avions de combat F-35 à Riyad.
Pendant plusieurs mois, selon CNN, l'administration laisse le dossier «en sommeil», redoutant qu'une annonce publique ne complique davantage la gestion de la guerre contre l'Iran et ne s'expose à un refus du Congrès. Puis tout s'accélère : mardi 21 juillet 2026, le gouvernement américain donne son feu vert interne à l'accord, selon Business Standard. Le New York Times et le Wall Street Journal révèlent les premiers, mardi soir, qu'une signature et une annonce officielles sont prévues dès le lendemain. Mercredi 22 juillet à 7h44, heure de la côte Est américaine, CNN confirme que Donald Trump a personnellement approuvé le texte. À 13h33, CBS News précise qu'une signature est attendue «dans l'après-midi». Dix minutes plus tard à peine, à 13h43, le Washington Post affirme que l'accord est «déjà conclu».

Neuf heures à peine séparent la première confirmation télévisée et l'annonce d'un accord déjà signé : une vitesse d'exécution qui tranche avec les huit mois d'hésitation qui l'ont précédée.

 La promesse que Riyad n'a jamais retirée

C'est là que la déclaration de 2018 prend tout son poids. Interrogé par CBS, Mohammed ben Salmane avait été d'une clarté rare pour un dirigeant de cette envergure : «L'Arabie saoudite ne souhaite acquérir aucune arme nucléaire, mais sans aucun doute, si l'Iran développait une bombe nucléaire, nous suivrions aussitôt que possible.» Il avait, dans la même interview, comparé le guide suprême iranien à Hitler.

Sans aucun doute, si l'Iran développait une bombe nucléaire, nous suivrions aussitôt que possible

-Mohammed ben Salmane, interview à CBS, 2018

Cette déclaration n'a, à ce jour, jamais été démentie ni nuancée par Riyad. Elle signifie qu'un accord donnant à l'Arabie saoudite les compétences techniques de l'enrichissement ne se contente pas d'ouvrir une possibilité théorique lointaine : il arme, potentiellement, une intention déjà formulée publiquement par son plus haut dirigeant.

 Un royaume qui n'a jamais cessé de faire la guerre au Yémen

La question posée n'est pas seulement celle des intentions déclarées : c'est aussi celle du comportement régional réel de Riyad depuis une décennie. Depuis 2015, l'Arabie saoudite dirige une coalition militaire engagée dans la guerre civile yéménite contre les rebelles houthis, soutenus par Téhéran - un conflit qui a provoqué l'une des pires crises humanitaires de la décennie et qu'une trêve fragile, entrée en vigueur en 2022, n'était jamais parvenue à refermer complètement.

Cette trêve vient d'ailleurs de craquer à nouveau sous nos yeux. Ce mois de juillet 2026, en pleine flambée de la guerre entre l'Iran et les États-Unis, Riyad a frappé l'aéroport de Sanaa pour empêcher l'atterrissage d'un avion, selon les Houthis - provoquant en retour des tirs de missiles balistiques et de drones sur l'aéroport d'Abha, la pire attaque houthie contre le royaume depuis plusieurs années. Le tout, alors même que la région brûlait déjà sur trois autres fronts distincts.

Une trêve qui tenait depuis 2022 a craqué en quelques jours, dès que l'attention du monde s'est tournée ailleurs - vers l'Iran, pas vers le Yémen.

Cette guerre yéménite, faut-il le rappeler, n'a rien d'un conflit périphérique et sans conséquences. Elle est régulièrement citée par les organisations humanitaires internationales comme l'une des crises les plus meurtrières et les plus prolongées de la décennie écoulée, avec des centaines de milliers de morts directs et indirects - un bilan largement imputable, selon ces mêmes organisations, à la campagne aérienne menée sous commandement saoudien depuis 2015. C'est ce même acteur régional qui s'apprête aujourd'hui à recevoir, de la première puissance nucléaire mondiale, les clés techniques d'une technologie sans commune mesure avec l'arsenal conventionnel déjà déployé au Yémen.

 Une nuance nécessaire : Riyad a aussi frappé Téhéran Il faut ici corriger une idée reçue, y compris répandue dans une partie du débat public : l'Arabie saoudite ne s'est pas contentée d'encaisser les tirs de missiles iraniens sans jamais répliquer contre l'Iran lui-même. Selon les informations disponibles, l'aviation royale saoudienne a mené, discrètement, des frappes contre des sites de lancement de drones et de missiles en territoire iranien, ainsi que contre des milices soutenues par Téhéran en Irak.

Mais cette nuance ne rassure pas : elle inquiète davantage. Elle révèle un royaume capable d'engager des opérations militaires offensives contre un État tiers sans les rendre publiques ni les soumettre à un débat quelconque - une culture du secret et de l'unilatéralisme qui, appliquée à un programme nucléaire, est précisément ce que redoutent les experts en non-prolifération : l'impossibilité de vérifier, depuis l'extérieur, ce qu'un pays fait réellement de sa technologie.

Les échanges directs entre l'Iran et l'Arabie saoudite depuis février 2026 ont déjà fait des victimes des deux côtés : des tirs de missiles et de drones iraniens ont visé à plusieurs reprises le territoire saoudien, ciblant notamment des raffineries pétrolières et l'aéroport de Riyad, faisant des morts et des blessés parmi les civils, tandis qu'une frappe iranienne contre une base américaine en sol saoudien a coûté la vie à un militaire américain. Des explosions ont même été signalées dans l'est de la capitale saoudienne elle-même. Ce niveau d'engagement militaire direct, sur fond de rivalité déjà scellée par les propos de 2018, forme un cocktail que peu de précédents historiques permettent de rassurer entièrement.

 Un déséquilibre révélateur : qui assume, qui se cache Un contraste mérite d'être souligné, car il éclaire différemment la nature du risque. Lorsque l'Iran frappe l'Arabie saoudite, Téhéran l'assume ouvertement, brandit ses tirs comme une démonstration de force et les revendique sans détour. Lorsque l'Arabie saoudite frappe à son tour, la règle est inverse : le silence, le déni, ou pire, l'attribution du geste à un tiers plus faible qu'elle-même.

L'épisode du 13 juillet 2026 en offre une illustration presque caricaturale. Ce jour-là, une frappe détruit la piste de l'aéroport de Sanaa pour empêcher l'atterrissage d'un avion iranien transportant une délégation houthie. Le gouvernement yéménite internationalement reconnu revendique aussitôt l'opération. Mais selon une analyse de la Foundation for Defense of Democracies, relayée par plusieurs médias dont Al Jazeera et The Jerusalem Post, les capacités militaires de ce gouvernement sont trop limitées pour avoir matériellement exécuté une telle frappe : elle aurait, selon toute vraisemblance, été menée par l'aviation saoudienne elle-même, agissant au nom et à la demande des autorités yéménites officielles pour ne jamais avoir à endosser publiquement le geste.

Les capacités militaires limitées du gouvernement yéménite laissent penser que l'Arabie saoudite a probablement mené la frappe elle-même, à la demande de ce gouvernement

- Foundation for Defense of Democracies

Ce choix de se dissimuler derrière un partenaire militairement marginal, plutôt que d'assumer frontalement une frappe contre un aéroport contrôlé par des rebelles adossés à Téhéran, peut se lire de deux façons. On peut y voir une prudence diplomatique classique, destinée à éviter une escalade formelle. Mais on peut tout aussi légitimement y lire l'aveu d'une appréhension : celle d'un royaume qui préfère ne jamais apparaître en confrontation ouverte et nommée avec l'Iran, y compris lorsqu'il en a matériellement les moyens - un réflexe d'esquive difficile à concilier avec l'image de puissance nucléaire émergente que cet accord s'apprête à lui offrir.

Le même schéma prévaut pour les frappes secrètes évoquées plus haut contre des sites iraniens : menées, non revendiquées, jamais officiellement confirmées par Riyad. Un pays qui n'assume pas ouvertement l'usage de sa force conventionnelle contre son rival déclaré inspire, à raison, moins confiance dans sa capacité à gérer avec transparence une technologie autrement plus dangereuse - et c'est précisément cette opacité chronique, plus que la seule intention nucléaire affichée en 2018, qui devrait peser dans l'évaluation du risque que représente cet accord.

 Ce que disent déjà les voix critiques à Washington

Ces inquiétudes ne sont pas nées avec l'annonce de cette semaine. Le sénateur démocrate Edward Markey, figure historique du mouvement américain contre la prolifération nucléaire, alerte depuis des mois sur ce dossier. Dans un communiqué publié dès février 2026, avant même la finalisation du texte, il qualifiait déjà la démarche de l'administration Trump de «capitulation face aux Saoudiens sur la non-prolifération nucléaire», évoquant le risque de transformer le Moyen-Orient en «Far West nucléaire» et de déclencher une course aux armements dans une région déjà instable.

Cela risque de transformer le Moyen-Orient en un Far West nucléaire et de créer une dévastatrice nouvelle course aux armements dans la région

- sénateur Edward Markey

Selon le Washington Post, l'accord a également suscité «l'alarme» chez plusieurs experts en non-prolifération, tandis que des responsables israéliens et des élus américains des deux partis ont fait part de leurs réserves - une convergence rare entre des voix qui, sur la plupart des autres dossiers du Moyen-Orient, s'opposent frontalement.

 Le vrai problème : une décision qu'on ne pourra pas annuler C'est peut-être ici que se loge l'argument le plus solide contre cet accord, au-delà des intentions ou du comportement de tel ou tel dirigeant : la prolifération nucléaire ne se rembobine pas. Une fois qu'un pays maîtrise la chaîne complète de l'enrichissement - même sous contrôle américain initial, même strictement civil sur le papier -, le savoir-faire technique et les infrastructures ne peuvent plus être repris. Contrairement à une sanction économique ou à un accord commercial, un programme nucléaire ne se résilie pas d'un trait de plume si son partenaire change de posture régionale.

Or l'histoire récente de la région montre justement combien les postures peuvent changer vite. Le royaume qui négocie aujourd'hui ce statut d'exception nucléaire est le même qui frappait Sanaa il y a deux semaines, qui menait dans le même temps des opérations secrètes contre l'Iran, et dont le dirigeant a lui-même publiquement lié, en 2018, l'acquisition de la bombe à celle de son grand rival régional. Accorder aujourd'hui les clés techniques de l'enrichissement, c'est parier qu'aucune de ces lignes de tension - Yémen, Iran, ambitions nucléaires déclarées - ne débordera jamais au point de rendre cette technologie irréversible entre des mains qu'on ne contrôlera plus.

Ce que répondent les défenseurs de l'accord

Cette lecture critique n'épuise cependant pas le débat, et l'honnêteté impose d'en présenter l'autre versant. Les partisans de l'accord, à Washington comme à Riyad, avancent trois arguments distincts. D'abord, un argument de contrôle : en construisant elle-même l'installation et en gardant la main sur la technologie sensible, selon les termes rapportés par CNN, l'Amérique s'assurerait un droit de regard qu'elle n'aurait pas si l'Arabie saoudite se tournait vers la Russie, la Chine ou le Pakistan - des partenaires eux aussi candidats à ce marché, et bien moins regardants sur les garanties de non-prolifération.

Ensuite, un argument stratégique : ancrer durablement Riyad dans l'orbite technologique et diplomatique américaine, au moment précis où la guerre entre l'Iran et les États-Unis redessine les alliances régionales, aurait selon Washington une valeur dissuasive propre - un royaume dépendant de la maintenance et du savoir-faire américains aurait, en théorie, davantage à perdre en s'écartant des règles fixées. Enfin, un argument économique, non négligeable dans le calcul de l'administration Trump : un contrat évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars pour l'industrie nucléaire américaine, à un moment où celle-ci cherche justement à retrouver un rôle de premier plan face à ses concurrents russes et chinois sur ce marché mondial.

Une fois signé et officiellement annoncé, le texte doit encore être transmis au Congrès américain pour examen - une étape que plusieurs élus, démocrates comme républicains, ont déjà annoncé vouloir utiliser pour tenter d'y introduire des garanties supplémentaires, sans certitude de succès face à une majorité présidentielle déterminée à faire aboutir ce dossier avant la fin de l'année.

Reste que ces arguments répondent à une logique de contrôle et de rivalité entre grandes puissances - pas à la question, plus simple et plus dérangeante, que pose ce dossier : que se passe-t-il le jour où le contrôle, justement, échappe à ceux qui croyaient encore l'exercer ?

 Le verdict : sécuriser un allié n'est pas contenir un ennemi Posons ici la question directement, sans se réfugier derrière une citation : l'Occident peut-il réellement considérer l'Arabie saoudite comme un partenaire nucléaire sûr - ou lui ouvre-t-il, par confiance mal placée, la voie vers un problème d'une ampleur comparable à celui que pose déjà l'Iran ? Notre réponse, au terme de ce dossier, est non : ce n'est pas sécurisé, et le danger n'est même pas celui qu'on croit.

Le danger n'est pas que Riyad devienne, demain, un second Iran dans ses intentions déclarées. Le danger est plus insidieux : c'est que l'architecture entière de surveillance internationale du nucléaire a été construite, depuis des décennies, pour contenir des adversaires - inspections de l'AIEA renforcées, sanctions économiques, coalitions diplomatiques, services de renseignement mobilisés en continu. Cette architecture existe pour l'Iran précisément parce que l'Iran est un rival déclaré. Elle n'existe pas, ou à peine, pour l'Arabie saoudite - précisément parce qu'elle est une alliée. Un pays qu'on surveille comme un ennemi reste, paradoxalement, plus contrôlable qu'un pays qu'on choisit de ne pas surveiller parce qu'on le considère comme un ami.

C'est ici que notre analyse rejoint, mais dépasse, l'intuition de départ : la question n'est pas de savoir si le prince héritier est plus ou moins «raisonnable» que les dirigeants iraniens. C'est de constater que le statut d'allié dispense justement Riyad du seul mécanisme qui, historiquement, a permis de limiter les ambitions nucléaires les plus dangereuses - la pression collective et continue d'adversaires organisés. Un accord bilatéral américano-saoudien, négocié dans la discrétion pendant huit mois puis signé en quelques heures, ne recrée à aucun moment cette pression. Il la remplace par une confiance - celle précisément que l'épisode de l'aéroport de Sanaa, la guerre du Yémen jamais refermée et la phrase de 2018 rendent difficile à accorder les yeux fermés.

Le raisonnement se referme alors de lui-même. Si le comportement documenté de l'Arabie saoudite - dissimulation de ses propres frappes, guerre yéménite rouverte sans préavis, intention nucléaire déjà formulée publiquement - ne suffit pas à justifier, a minima, les mêmes garanties strictes imposées aux Émirats arabes unis en 2009, alors ce n'est plus un accord de non-prolifération que Washington vient de signer. C'est un pari sur la docilité future d'un partenaire dont le seul point commun avec l'Iran, pour l'instant, est justement de n'avoir jamais eu à répondre de ses actes devant personne.

◆ Un allié qui applaudit, un autre qu'on n'a pas consulté

Un dernier angle mort mérite d'être signalé, largement souligné par la presse allemande dès l'annonce du deal. Israël, partenaire le plus proche des États-Unis dans la confrontation avec l'Iran et voisin direct de l'Arabie saoudite, n'a - du moins officiellement - pas été associé à la négociation de cet accord. Or, comme le résume la presse germanophone au lendemain de l'annonce, l'Arabie saoudite reste avant tout, dans cette équation régionale, «l'ennemi juré des ayatollahs» : un royaume rival de l'Iran, donc en apparence aligné sur les intérêts israéliens dans ce conflit, mais qui accède malgré tout à une technologie sensible sans que Jérusalem n'ait eu, semble-t-il, de droit de regard formel sur les termes exacts du texte.

Cette mise à l'écart, réelle ou seulement protocolaire, ne manquera pas d'alimenter un paradoxe déjà relevé plus haut par les responsables israéliens eux-mêmes cités par CNN : Israël partage avec Riyad une hostilité déclarée envers Téhéran, au point de voir dans ce rapprochement nucléaire américano-saoudien une bonne nouvelle tactique dans la guerre en cours contre l'Iran - tout en redoutant, sur le temps long, l'émergence d'une seconde puissance nucléaire régionale qu'elle ne contrôlerait pas davantage que celle qu'elle combat aujourd'hui. Se réjouir aujourd'hui d'un allié de circonstance et redouter demain le même allié devenu nucléaire : c'est exactement le dilemme que la presse allemande a résumé en quelques lignes, et qu'aucun communiqué officiel, côté américain ou saoudien, n'a pour l'heure cherché à dissiper.

Par Khalid Al Shibani • L'Appel · L'Appel
Partager :
100%