samedi 18 juillet 2026, 02:55 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
Frappé sans jamais frapper - la facture vertigineuse du silence stratégique du Golfe face à l'Iran Une enfant, dix-neuf hommes, et un pays qui rouvre d'un coup ses tiroirs judiciaires Le Roi du Temps (5-6) Trente-cinq ans après Safed, Benjamin comprend que le Temps n'a jamais choisi son roi Sur la montagne d'Ubasute, ce ne sont plus les fils qui portent leurs mères Comment une vieille légen Un drone au-dessus d'une usine de chars allemande, un Moldave arrêté pour espionnage "Combien d'enfants doivent mourir pour que l'État se réveille, et que la justice ne fasse enfin la une qu'après leur mort ?" 295 bénévoles, presque tous en vacances - l'appel d'urgence de la Banque alimentaire de Franche-Comté À Rennes, le geste désespéré d'un homme récemment expulsé de son logement Pourquoi certains voyageurs sont-ils toujours arrêtés au contrôle, et d'autres jamais ? Volé et filmé agonisant sur un trottoir d'Ajaccio : l'affaire qui n'était pas la rixe qu'on croyait
Actualités

Frappé sans jamais frapper – la facture vertigineuse du silence stratégique du Golfe face à l’Iran

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Actualités

Frappé sans jamais frapper – la facture vertigineuse du silence stratégique du Golfe face à l’Iran

Après l'Arabie saoudite, le Koweït négocie à son tour un pacte de défense élargi avec le Pakistan - pendant qu'Israël, lui, s'efface discrètement du conflit qu'il a pourtant déclenché.

Un pays frappé sur son propre sol par des drones iraniens négocie, quelques semaines plus tard, pour payer d'autres soldats venus le défendre. Le scénario n'est plus une exception dans le Golfe - il devient la règle.

Le Koweït suit les traces de Ryad

Islamabad et Koweït City négocient actuellement un pacte de défense élargi, selon cinq sources proches du dossier citées par Reuters ce vendredi. Le Koweït y cherche un déploiement à l'image de celui obtenu par l'Arabie saoudite - des milliers de soldats pakistanais, des avions de chasse, des drones et un système de défense aérienne.

En échange, le Pakistan réclamerait une coopération énergétique et des investissements, non un engagement de sang gratuit. Les discussions restent à un stade précoce, compliquées par les tensions croissantes entre Washington et Téhéran.

Le Koweït disposait déjà, depuis 2023, d'un accord plus limité avec Islamabad, centré sur l'entraînement et les exercices conjoints. En mai, un groupe armé lié aux Gardiens de la révolution avait infiltré l'île koweïtienne de Bubiyan, provoquant des affrontements directs avec l'armée koweïtienne.

"Après l'Arabie saoudite, le Koweït cherche à son tour à louer, plutôt qu'à bâtir, sa propre dissuasion face à l'Iran - un pacte de défense payé en investissements plutôt qu'en alliance de sang."

 Une facture qui donne le vertige

Le Pentagone évaluait déjà, en mai, le coût de cette guerre pour les seuls États-Unis à vingt-neuf milliards de dollars - une somme réévaluée à la hausse de quatre milliards en l'espace de deux semaines, largement absorbée par le remplacement de munitions et la réparation d'équipements.

Pour les monarchies du Golfe elles-mêmes, les pertes indirectes - perturbations logistiques, effondrement du commerce, fuite des capitaux - sont évaluées entre trois et cinq milliards de dollars par jour depuis le début de l'escalade.

Le détroit d'Ormuz, par où transitent environ vingt millions de barils quotidiens - un cinquième du pétrole mondial -, reste au cœur du chantage économique. Certains analystes n'excluent plus un baril à deux cents dollars si le conflit s'éternise.

La capacité de raffinage iranienne elle-même, forte de deux millions deux cent mille barils par jour avant-guerre, a déjà été considérablement réduite par les frappes. Reconstruire une seule raffinerie moderne exigerait plus de dix milliards de dollars et cinq à sept années de travaux.

"Vingt-neuf milliards de dollars pour Washington, jusqu'à cinq milliards perdus chaque jour dans le Golfe - la guerre coûte déjà plus cher en quelques mois que bien des dissuasions qu'elle était censée éviter."

 Frappé, mais jamais frappant

Depuis février, les monarchies du Golfe encaissent les représailles iraniennes sans jamais y répondre publiquement par les armes. Ryad, Doha, Koweït City, Manama ont chacune vu leur sol touché à plusieurs reprises, sans qu'aucune n'assume ouvertement de riposte directe contre Téhéran.

Seule exception documentée à ce silence - des frappes aériennes saoudiennes menées fin mars contre des sites iraniens de lancement de missiles, révélées par Reuters mais jamais officiellement reconnues ni par Ryad ni par Téhéran. Une riposte qui existe donc, mais qui reste, précisément, condamnée à ne jamais être assumée publiquement.

Cette retenue affichée n'est pourtant plus tenable politiquement à l'intérieur même de ces capitales. Dans plusieurs d'entre elles, selon les analystes de la Fondation pour la recherche stratégique, la conviction progresse que des années de dialogue avec l'Iran ont échoué, puisque leurs pays se retrouvent malgré tout directement visés.

Le dilemme reste entier - rompre ouvertement avec Téhéran au risque d'une escalade encore plus dure, ou continuer d'encaisser en misant sur des protections extérieures, américaine ou désormais pakistanaise, dont l'efficacité concrète reste, elle, largement à démontrer.

"Ryad, Doha, Koweït City, Manama - toutes frappées, aucune n'a encore assumé publiquement de réponse directe contre Téhéran, misant sur des protecteurs extérieurs plutôt que sur leur propre dissuasion."

 L'absence d'Israël, un paradoxe éclairant

Le détail le plus révélateur de ce nouveau round de guerre, ouvert le 9 juillet, tient pourtant ailleurs. Lors des deux précédentes campagnes contre l'Iran, en juin 2025 puis en février 2026, l'aviation israélienne combattait aux côtés des forces américaines, et Washington s'appuyait largement sur le renseignement et les capacités satellitaires de Tel-Aviv.

Cette fois, l'armée israélienne reste délibérément à l'écart. Les États-Unis n'utilisent même plus l'aéroport de Ben Gourion pour leurs avions ravitailleurs. Selon Haaretz, cette exclusion relève avant tout d'un choix politique assumé par la Maison-Blanche, et non d'une décision militaire israélienne.

Le pays qui avait entraîné la région dans ce conflit dès février 2026 n'apparaît donc plus, aujourd'hui, comme partie prenante directe des combats qui continuent pourtant de frapper ses voisins arabes - une asymétrie qui n'échappe à aucune des capitales du Golfe.

Des responsables militaires israéliens cités début juillet par le Jerusalem Post affirment eux-mêmes ne pas s'attendre, à ce stade, à être entraînés davantage dans les échanges entre Washington et Téhéran - une retenue partagée, fait notable, par l'Iran lui-même, qui n'a pas cherché à rouvrir un front direct contre Israël depuis la reprise des hostilités.

Reste une question que ni Ryad, ni Koweït City, ni Doha ne semblent aujourd'hui en mesure de trancher - combien de pactes de défense, combien de milliards engloutis en pertes indirectes, faudra-t-il encore avant que l'un de ces États choisisse de répondre par lui-même, plutôt que d'attendre, chaque fois, qu'un protecteur extérieur veuille bien s'en charger à sa place ?

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
Partager :

À lire aussi

100%