Volé et filmé agonisant sur un trottoir d’Ajaccio : l’affaire qui n’était pas la rixe qu’on croyait
Un homme d'une trentaine d'années, laissé pour mort début juillet cours Napoléon, est décédé le 8 juillet. Le parquet d'Ajaccio a annoncé jeudi une tout autre lecture des faits : la victime avait elle-même appelé la police, et deux mineures sont désormais mises en cause pour l'avoir volée et filmée.
Une heure du matin, cours Napoléon, dans la nuit du 3 au 4 juillet. Un homme s'écroule, laissé pour mort. Deux semaines plus tard, l'enquête raconte une tout autre histoire que celle d'une simple bagarre nocturne.
◆ Ce qu'on croyait savoir
La version initiale, transmise dans les premiers jours de l'enquête, tenait en quelques lignes : deux adolescentes se seraient senties harcelées par un inconnu en pleine nuit. L'une d'elles aurait joint par téléphone un camarade, arrivé sur les lieux avec deux autres jeunes gens pour lui prêter main-forte.
Dans la confrontation qui aurait suivi, un coup aurait touché l'homme, aujourd'hui décédé, le plongeant immédiatement dans un coma dont il ne se réveillera jamais. Un dix-huit ans a été rapidement mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans ce dossier.
◆ Un homme mort, une requalification annoncée
Le 8 juillet, le parquet d'Ajaccio confirme le décès de la victime, restée dans le coma depuis la nuit des faits. Du côté de la défense, on anticipe alors un allègement des poursuites vers des coups mortels non intentionnels plutôt qu'un homicide volontaire caractérisé.
Cette requalification attendue, pourtant, n'a toujours pas eu lieu à ce jour. La suite de l'enquête allait bientôt rendre ce scénario bien plus incertain qu'il n'y paraissait.
◆ Le rebondissement : ce n'était pas une rixe Mercredi 15 juillet, trois nouvelles personnes sont interpellées, dont deux adolescentes mineures. Le parquet choisit alors de communiquer publiquement, afin d'éviter que des informations partielles ne circulent de façon incontrôlée.
« Il ne s'agissait pas d'une rixe préalable »
- Nicolas Septe, procureur de la République d'Ajaccio
Le récit s'inverse alors totalement. D'après les nouveaux éléments, c'est l'homme lui-même, avant d'être frappé, qui avait composé le numéro de la police - pour signaler la présence des deux adolescentes et demander qu'on vienne les récupérer, après une dispute purement verbale entre eux.
L'homme aujourd'hui mort n'était donc plus celui qui aurait "importuné" les jeunes filles dans la version d'origine, mais peut-être, à l'inverse, celui qui cherchait de l'aide face à elles.
◆ Volé, filmé, laissé pour mort
Jeudi 16 juillet, les deux adolescentes sont formellement mises en examen. Trois chefs distincts leur sont notifiés : le vol en réunion sur une personne vulnérable, la non-assistance à une personne en danger, et la diffusion d'images liées à des violences.
Derrière ce vocabulaire juridique se cache une scène glaçante : une fois l'homme au sol et sans connaissance, les deux jeunes filles l'auraient dépouillé, filmé, puis laissé sans lui porter le moindre secours. Toutes deux repartent sous contrôle judiciaire, sans détention.
Une fois l'homme au sol et sans connaissance, il aurait été dépouillé, filmé, et abandonné sans secours.
Quant à la troisième personne interpellée mercredi, une majeure, elle ressort libre du commissariat, sans passage devant un juge d'instruction, précise le parquet.
◆ Une accusation qui change tout
Un homme supplémentaire, dont l'identité et l'âge exacts n'ont pas filtré, a lui aussi été mis en examen - pour complicité d'assassinat commis en bande organisée, ainsi que pour participation à une association de malfaiteurs préparant un crime. Il est, comme les autres, placé sous contrôle judiciaire.
En droit pénal français, le mot "assassinat" ne désigne jamais un meurtre ordinaire : il implique une préméditation. Retenir cette qualification transformerait entièrement la lecture de l'affaire, faisant basculer un différend nocturne présumé spontané vers l'hypothèse d'un guet-apens organisé à l'avance.
Le parquet d'Ajaccio n'a, pour l'heure, arrêté ni la qualification définitive des faits, ni la part de responsabilité de chacun des mis en cause. L'instruction se poursuit.