295 bénévoles, presque tous en vacances – l’appel d’urgence de la Banque alimentaire de Franche-Comté
Derrière les 92 associations qu'elle approvisionne dans le Doubs, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort, l'entrepôt de Chalezeule ne peut pas, lui, prendre de congé
Des palettes de lait, des cartons de haricots en conserve, des packs de jus de fruits empilés jusqu'au plafond. Dans l'entrepôt de Chalezeule, près de Besançon, la marchandise ne manque pas cet été.
Ce sont les bras pour la trier, la peser et la répartir qui commencent, eux, à faire défaut - un paradoxe silencieux qui se joue chaque année, entre juillet et août, loin des regards.
Une précarité qui ne connaît pas de vacances
La Banque alimentaire de Franche-Comté vient de lancer un appel aux bénévoles pour tenir les deux mois d'été. Sur ses deux cent quatre-vingt-quinze volontaires réguliers, la grande majorité est partie en congé - un vide qui tombe au pire moment pour une association dont la mission, elle, ne prend jamais de pause.
« On arrive dans une période un peu critique », résume Gérard Massena, président de l'association. Il estime qu'une trentaine de bénévoles supplémentaires suffirait à combler le manque et à garantir la continuité de l'approvisionnement des quatre-vingt-douze associations partenaires du réseau, réparties sur le Doubs, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort.
"Deux cent quatre-vingt-quinze bénévoles au total, une trentaine qui manque à l'appel cet été - un vide minime sur le papier, mais suffisant pour fragiliser toute une chaîne de solidarité locale."
Dans l'entrepôt de Chalezeule
Sur place, les produits sont réceptionnés, filmés, puis stockés en hauteur en attendant leur tri. Ce jour-là, la récolte du matin vient de s'achever, et il ne reste plus que quelques bénévoles pour finir de ranger les dernières palettes.
Henri Renaud fait partie de ceux-là. Bénévole depuis deux ans, il a peu à peu augmenté son engagement au fil des mois. « Avant, je venais un jour par semaine, et ça fait quelque temps qu'on vient deux jours par semaine », explique-t-il.
« Pour l'instant, ça ne me dérange pas trop parce que j'ai des activités à côté », précise-t-il aussitôt, conscient que cette disponibilité ne va pas de soi pour tout le monde.
Mais ce qui l'interroge, c'est la difficulté à fidéliser les nouveaux venus. « J'en ai vu passer, des bénévoles, et ils ne restent pas. Je ne sais pas pourquoi. Qu'est-ce qu'ils attendent ? »
"« J'en ai vu passer, des bénévoles, et ils ne restent pas » - le témoignage d'Henri Renaud résume, à lui seul, le défi silencieux que doit relever chaque année l'association."
Pourquoi l'été vide les rangs
La grande majorité des bénévoles de la Banque alimentaire sont des retraités, disponibles en semaine mais tout aussi désireux, l'été venu, de profiter de leurs propres vacances ou de leur famille. Le vivier ne se renouvelle, lui, que trop lentement.
Henri Renaud y voit une piste simple - les étudiants, plus libres l'été et souvent en recherche d'engagement concret, pourraient selon lui combler naturellement ce manque, à condition qu'on les informe que la porte leur est grande ouverte.
"Des retraités qui partent en vacances au moment même où les besoins ne faiblissent pas - le profil unique des bénévoles est aussi, chaque été, la principale fragilité de l'association."
Une mission qui dépasse le seul été
Fondée il y a trente-cinq ans, la Banque alimentaire de Franche-Comté collecte chaque année environ deux mille cinq cents tonnes de denrées, représentant près de neuf millions d'euros, via des tournées quotidiennes auprès de cent vingt partenaires - dont soixante-quinze grandes et moyennes surfaces de la région.
Quatre salariés épaulent les bénévoles, que l'association surnomme affectueusement ses « Gilets orange ». L'ensemble s'inscrit dans le premier réseau d'aide alimentaire de France, fort de soixante-dix-neuf banques alimentaires locales, qui vient en aide chaque année à plus de deux millions de personnes en situation de précarité à travers le pays.
Cet été, à Chalezeule comme ailleurs, ce sont ces chiffres nationaux qui se jouent très concrètement à l'échelle d'un entrepôt régional, d'une poignée de palettes, et de bras qui manquent encore à l'appel.
Comment donner un peu de son temps
Rejoindre les rangs des « Gilets orange » ne demande ni expérience préalable ni engagement à long terme imposé. Un accueil personnalisé permet d'évaluer les disponibilités de chacun avant une brève période d'intégration sur le terrain.
L'association se laisse contacter directement au 03 81 51 80 44, ou via la plateforme nationale JeVeuxAider.gouv.fr - pour quelques heures ponctuelles comme pour un engagement plus régulier.