samedi 18 juillet 2026, 07:20 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
Frappé sans jamais frapper - la facture vertigineuse du silence stratégique du Golfe face à l'Iran Une enfant, dix-neuf hommes, et un pays qui rouvre d'un coup ses tiroirs judiciaires Le Roi du Temps (5-6) Trente-cinq ans après Safed, Benjamin comprend que le Temps n'a jamais choisi son roi Sur la montagne d'Ubasute, ce ne sont plus les fils qui portent leurs mères Comment une vieille légen Un drone au-dessus d'une usine de chars allemande, un Moldave arrêté pour espionnage "Combien d'enfants doivent mourir pour que l'État se réveille, et que la justice ne fasse enfin la une qu'après leur mort ?" 295 bénévoles, presque tous en vacances - l'appel d'urgence de la Banque alimentaire de Franche-Comté À Rennes, le geste désespéré d'un homme récemment expulsé de son logement Pourquoi certains voyageurs sont-ils toujours arrêtés au contrôle, et d'autres jamais ? Volé et filmé agonisant sur un trottoir d'Ajaccio : l'affaire qui n'était pas la rixe qu'on croyait
Actualités

Pourquoi Londres multiplie-t-il les poursuites contre des espions iraniens présumés ?

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Actualités

Pourquoi Londres multiplie-t-il les poursuites contre des espions iraniens présumés ?

Un habitant de Liverpool de trente-neuf ans comparaît ce vendredi devant un tribunal londonien, soupçonné d'avoir assisté les services de renseignement iraniens. Son inculpation intervient quatre jours à peine après que le Royaume-Uni a interdit les Gardiens de la révolution iranienne sur son sol. Récit d'une affaire qui s'inscrit dans une liste qui ne cesse de s'allonger.

Mercredi, dans le quartier de Birmingham, des policiers de l'antiterrorisme interpellent un homme de trente-neuf ans venu de Liverpool. Deux jours plus tard, il se retrouve face à un juge à Londres. Entre les deux, une accusation aux allures de routine tragique dans le Royaume-Uni de cet été 2026, avoir prêté main-forte au renseignement de Téhéran.

◆ Une arrestation, des perquisitions, une inculpation

Vahid Aberi, trente-neuf ans, domicilié à Liverpool, a été interpellé mercredi 15 juillet dans le secteur de Birmingham, dans le cadre d'une enquête menée par les policiers antiterroristes britanniques. Conduit dans un commissariat des West Midlands, il a vu son domicile ainsi qu'une autre adresse à Birmingham perquisitionnés par les enquêteurs. Il a depuis été inculpé pour avoir assisté un service de renseignement étranger, une infraction prévue par l'article 3, paragraphes 1 et 9, de la loi britannique sur la sécurité nationale de 2023. Placé en détention, il doit comparaître ce vendredi devant le tribunal de Westminster.

La cheffe de la police antiterroriste londonienne, la commandante Helen Flanagan, a tenu à rassurer l'opinion publique, aucune menace directe visant une communauté ou un individu en particulier n'a été identifiée dans ce dossier. Elle a néanmoins souligné une tendance de fond qui dépasse largement ce seul cas.

"Nous avons constaté ces dernières années une hausse significative et durable du rythme de nos enquêtes en matière de sécurité nationale."

Helen Flanagan, cheffe de la police antiterroriste de Londres

◆ Un contexte pesant, quatre jours après l'interdiction des Gardiens de la révolution Cette inculpation tombe dans un climat particulièrement tendu entre Londres et Téhéran. Le gouvernement britannique venait, le lundi précédent, d'interdire officiellement le soutien aux Gardiens de la révolution islamique, le corps d'élite iranien directement rattaché au Guide suprême, ainsi qu'à un groupe qui lui est lié. Cette décision s'appuie sur une loi votée en urgence, la loi sur la sécurité nationale face aux menaces d'État de 2026, conçue précisément pour combler les lacunes juridiques qui empêchaient jusqu'ici de poursuivre des entités soutenues par des gouvernements étrangers.

Désormais, exprimer ne serait-ce qu'un avis favorable envers les Gardiens de la révolution expose à une peine pouvant atteindre quatorze ans de prison au Royaume-Uni, tandis que toute participation à un sabotage commandité par l'organisation peut être punie de la réclusion à perpétuité. Deux autres structures tombent sous le coup de la même interdiction, un mouvement islamiste connu sous le nom de Mouvement des compagnons de la droite, et la branche de volontaires du renseignement militaire extérieur russe, le GRU.

"Nous ne laisserons jamais la Grande-Bretagne devenir un terrain de jeu pour des États qui veulent semer la peur, la division et la violence dans nos rues."

Keir Starmer, Premier ministre britannique, annonce de l'interdiction des Gardiens de la révolution La ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood a précisé devant le Parlement que cette interdiction ne vise pas la nation iranienne dans son ensemble, mais bien un appareil sécuritaire dont le rôle, selon la ministre chargée du Home Office Angela Eagle, dépasse largement celui d'une force militaire classique, englobant activités de renseignement, recours à des intermédiaires et projection d'influence au service des objectifs de l'État iranien.

◆ Une vague d'attaques antisémites qui a précipité la décision

Cette interdiction ne sort pas de nulle part. Elle fait directement suite à une série d'attaques visant la communauté juive britannique, survenues depuis le déclenchement du conflit entre les États-Unis et l'Iran au début de l'année. Une dizaine d'incidents ont été recensés à Londres entre mars et avril, dont l'incendie volontaire de quatre ambulances communautaires bénévoles appartenant à une organisation juive, stationnées sur le parking d'une synagogue de Golders Green. Plus de trente personnes ont été interpellées dans le cadre de ces attaques, revendiquées par un groupe se présentant comme lié à l'Iran.

Le patron du renseignement intérieur britannique avait déjà averti, l'an dernier, que ses services avaient dû répondre depuis 2022 à une vingtaine de complots soutenus par Téhéran susceptibles de représenter une menace mortelle pour des citoyens ou résidents britanniques.

◆ Un cas parmi une série qui n'en finit pas de s'allonger

Le dossier Aberi vient allonger une liste déjà longue de poursuites similaires engagées ces derniers mois. En mai dernier, trois ressortissants iraniens, Mostafa Sepahvand, Farhad Javadi Manesh et Shapoor Qalehali Khani Noori, avaient été inculpés pour avoir mené des activités de surveillance et de reconnaissance au profit du renseignement iranien, l'un d'eux étant également soupçonné d'avoir préparé des actes de violence grave sur le sol britannique. Leur procès doit s'ouvrir en septembre devant la Central Criminal Court, plus connue sous le nom d'Old Bailey.

Un mois plus tôt, en mars, deux autres hommes, Nematollah Shahsavani et Alireza Farasati, avaient été inculpés pour avoir mené une surveillance de lieux et de personnes liés à la communauté juive de Londres pour le compte de l'Iran. Ce même mois, huit hommes, dont sept ressortissants iraniens, avaient été interpellés dans deux opérations distinctes, l'une d'elles visant un projet présumé de cibler un lieu précis, sans que les autorités n'en révèlent la nature exacte pour des raisons opérationnelles.

◆ Ce que cette accumulation de dossiers révèle

Pris isolément, chacun de ces dossiers pourrait passer pour un fait divers judiciaire parmi d'autres. Mis bout à bout, ils dessinent le portrait d'un Royaume-Uni qui se perçoit désormais comme une cible privilégiée d'opérations d'influence et de surveillance orchestrées par Téhéran, recourant, selon les autorités britanniques elles-mêmes, à des intermédiaires criminels plutôt qu'à des agents traditionnels du renseignement, une méthode qui complique d'autant la tâche des enquêteurs chargés de démêler le vrai du faux.

Reste, pour la justice britannique, à établir dans les prochains mois si Vahid Aberi rejoindra la liste déjà longue des personnes condamnées pour avoir prêté main-forte à cet appareil, ou si son dossier viendra, comme d'autres avant lui, nourrir un débat plus large sur la manière dont Londres entend désormais faire face à ce que ses propres services qualifient de menace étatique croissante sur le sol britannique.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
Partager :

À lire aussi

100%