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Le cadeau empoisonné du ciel : un Air Force One jugé insuffisamment sécurisé

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Le cadeau empoisonné du ciel : un Air Force One jugé insuffisamment sécurisé

L'Air Force One offert par le Qatar à Trump cumule les controverses - éthiques, constitutionnelles et désormais sécuritaires

Il devait incarner la puissance retrouvée de l'Amérique. Dix semaines après son premier vol, le Boeing 747-8 qatari rebaptisé Air Force One se révèle être bien moins qu'annoncé - un appareil de luxe sans les systèmes de défense d'un vrai avion présidentiel, au coeur d'une crise politique et d'une attaque sans précédent contre la presse américaine.

Le moment était soigneusement mis en scène. Le 19 juin 2026, Donald Trump descendait l'escalier d'un Boeing 747-8 flamboyant dans un hangar de la base Andrews, tandis que résonnait « God Bless the USA ». « Cet avion a été transformé en Maison Blanche volante à un niveau de luxe que personne n'a jamais vu », lançait-il devant plusieurs centaines de militaires. Moins de trois semaines plus tard, la réalité rattrapait le spectacle.

Au sommet de l'OTAN à Ankara, début juillet, le scénario a viré au fiasco discret. En s'envolant pour la Turquie avec ce Boeing réaménagé, Trump n'avait pas caché son enthousiasme. Mais une fois sur place, il a subitement renoncé à l'utiliser pour quitter le pays. Le luxueux jet a volé vers le Royaume-Uni sans le président, tandis que lui empruntait l'ancien modèle. Officiellement, pour permettre à des troupes américaines de le visiter. Officieusement, quelque chose ne tournait pas rond.

Un « cadeau » qui cumule les coûts

L'histoire de cet avion commence bien avant la mise en scène du 19 juin. Construit comme jet d'affaires Boeing, l'appareil avait été livré à la flotte qatarie en avril 2012, où il servait à la maison Al-Thani. Après son investiture en janvier 2025, Trump avait poussé Boeing à accélérer le remplacement des VC-25A vieillissants, utilisés depuis 35 ans. Face aux retards accumulés par le constructeur américain, la famille royale du Qatar proposait alors ce qui pourrait bien être le cadeau le plus précieux jamais offert à un gouvernement étranger - un superjumbo mis à la disposition de Trump jusqu'à son départ de la Maison Blanche.

Évalué à plusieurs centaines de millions de dollars, le jet est un cadeau que Trump a dit qu'il serait « stupide » de refuser. Sauf que le « gratuit » s'est vite révélé fort onéreux. L'armée de l'air avait estimé que la mise à niveau coûterait moins de 400 millions de dollars. D'autres experts estiment le chiffre bien plus élevé. Trump a répété que l'avion du Qatar était gratuit, mais plusieurs experts interrogés par NPR s'accordent à dire qu'il coûtera probablement jusqu'à un milliard de dollars pour être équipé aux normes d'Air Force One.
L'armée de l'air a modifié l'appareil dans le Texas depuis septembre, dans un calendrier extrêmement contraint. Elle a indiqué avoir priorisé la mise en service opérationnelle sur l'esthétique, laissant la disposition intérieure « minimalement modifiée ». Résultat : un 1er juillet, Trump s'envolait pour le Dakota du Nord sur ce jet rouge, blanc et bleu doré qu'il présentait comme « peut-être le plus grand avion commercial jamais construit ».

La faille que Trump ne voulait pas voir

C'est le New York Times qui a ouvert la boîte. Dans deux articles publiés le jour même et le lendemain du départ d'Ankara, le quotidien révélait que le nouvel avion offert par la famille royale qatarie n'était pas équipé des mêmes systèmes de défense que ses prédécesseurs. Le journal a également rapporté que le changement d'avion avait été recommandé par le service de sécurité, au moment d'un regain des tensions avec l'Iran, pays frontalier de la Turquie.

Si aucun détail n'est rendu public, l'ancien Air Force One était doté de systèmes sophistiqués - brouilleurs de radars et leurres anti-missiles. Le VC-25B Bridge - désignation officielle du nouvel appareil - est dépourvu de plusieurs de ces caractéristiques, dont des contre-mesures défensives. « Le temps n'a pas permis toutes les modifications habituelles d'Air Force One, donc un certain dosage de sécurité, de communications et de soutien manque », a expliqué l'ancien secrétaire de l'armée de l'air Frank Kendall au NYT. « Franchement, je suis surpris de voir cet avion utilisé hors des États-Unis », a-t-il ajouté.
L'ancien officier John Teichert était encore plus direct : « Peu importe ce que vous ajoutez à un jet qatari, il ne sera jamais construit de zéro pour avoir les capacités défensives d'un Air Force One fait sur mesure. »

Subpoenas contre journalistes - une escalade inédite

Ce qui aurait pu rester une controverse technique est devenu une crise politique majeure. À la suite de ces révélations, le parquet fédéral de New York - dirigé par un proche de Donald Trump - a délivré des convocations aux journalistes auteurs de ces articles, leur demandant de témoigner devant la justice « à propos d'une violation supposée de la loi pénale fédérale ». Avant même la publication du premier article, un agent senior du FBI avait contacté le NYT pour demander que l'article soit retenu pour des raisons de sécurité nationale, sans en préciser la teneur.
Des sénateurs démocrates ont officiellement demandé à l'armée de l'air de s'expliquer sur de « véritables préoccupations en matière de sécurité nationale ». La Maison Blanche, elle, maintient sa ligne. Son directeur de la communication Steven Cheung a déclaré que « le nouvel Air Force One est un aéronef de pointe équipé de protocoles de sécurité de haut niveau qui garantissent la sécurité du président et de son personnel ».

L'angle mort constitutionnel

Au-delà de la sécurité, la question éthique et juridique reste entière. Des élus démocrates et des observateurs indépendants estiment que ce cadeau viole la clause constitutionnelle sur les émoluments étrangers, qui interdit aux responsables gouvernementaux d'accepter des présents de gouvernements étrangers. Des membres démocrates du Congrès ont également soulevé un conflit d'intérêts, le président ayant une influence substantielle sur des dossiers impliquant le Qatar, pays donateur.

L'administration soutient que l'arrangement est légal, le Qatar ayant offert l'avion au gouvernement américain et non à un individu, et le transfert ultérieur étant destiné à une fondation plutôt qu'à Trump lui-même. Selon des sources proches du dossier, la propriété de l'avion doit être transférée à la Fondation de la bibliothèque présidentielle Donald J. Trump avant la fin du mandat.

Ce circuit - un gouvernement étranger offre un avion, l'État américain paie la mise à niveau, puis l'avion est remis à une fondation portant le nom du président sortant - n'a pas de précédent dans l'histoire américaine. Et les questions qu'il soulève ne trouveront sans doute pas de réponse avant que le vol soit terminé.

« Peu importe que vous équipiez un jet qatari, il ne sera jamais construit de zéro pour avoir les capacités défensives d'un Air Force One fait sur mesure. »

John Teichert, ancien officier de l'armée de l'air américaine

Chronologie d'un cadeau encombrant

L’APPELChronologie d'un cadeau encombrantAvril - Le Boeing 747-8 est livré à la flotte royale duQatar (House of Thani).2012Février - Trump visite l'appareil à Palm Beach, l'armée del'air américaine mandate L3Harris pour le modifier à SanAntonio.2025Mai - Les États-Unis acceptent officiellement le donqatari ; coût de mise à niveau estimé à moins de 400millions de dollars.2025juin 2026 - Trump dévoile officiellement le nouvel AirForce One à la base Andrews, livrée rouge-blanc-bleudorée.19er juillet 2026 - Premier vol officiel vers le Dakota duNord.18 juillet 2026 - Au sommet de l'OTAN à Ankara, Trumpquitte la Turquie sur l'ancien modèle ; le NYT révèlel'absence de contre-mesures défensives.7juillet 2026 - L'administration Trump assigne àcomparaître des journalistes du NYT auteurs desrévélations sécuritaires.1112 juillet 2026 · lappelfrance.fr

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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