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Coups de feu au cœur de la fête : à Toronto, un règlement de comptes fait deux morts au milieu de 13 000 fêtards du festival latino

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Coups de feu au cœur de la fête : à Toronto, un règlement de comptes fait deux morts au milieu de 13 000 fêtards du festival latino

Coups de feu au cœur de la fête : à Toronto, un règlement de comptes fait deux morts au milieu de 13 000 fêtards du festival latino Des détonations prises d'abord pour des feux d'artifice, une foule qui se disperse en courant, un métro qui s'arrête : récit d'une soirée de célébration transformée en scène de panique Des feux d'artifice, a d'abord cru un festivalier. C'était des coups de feu.

 Samedi soir, vers 20h12, en plein cœur du festival Salsa on St. Clair, l'une des plus grandes célébrations de la culture latine au Canada, une fusillade a éclaté au milieu de 13 000 personnes venues danser, manger et écouter de la musique en famille. Bilan provisoire communiqué par la police de Toronto : deux hommes tués et six autres blessés par balles.

 Vingt secondes de musique, puis le chaos

Un instant, la rue St. Clair Ouest résonne encore des percussions et des cuivres de la scène principale. L'instant d'après, les premiers témoins décrivent une bousculade générale : la foule reflue d'un coup vers les kiosques de nourriture, les enfants sont hissés sur les épaules de leurs parents, la musique s'arrête net. Ethan Phillip, un Torontois de 18 ans présent sur place, raconte avoir entendu huit ou neuf détonations avant de se réfugier derrière un kiosque à limonade.

Mark Reed, un autre témoin, décrit à la presse locale une scène de désordre total, avec des milliers de personnes courant dans toutes les directions au son des cris. La police de Toronto reçoit son premier appel à 20h12 précises. Les secours affluent en quelques minutes, tandis que le métro suspend ses arrêts à la station St. Clair-Ouest, invoquant un « incident de sécurité ».
« Plein de monde qui crie, qui court et qui trébuche un peu partout »

- Mark Reed, témoin présent au festival

 « Tireur actif » puis démenti : ce que sait la police
Dans les minutes suivant l'alerte, la police évoque un possible « tireur actif » activement recherché dans le secteur, avant de revenir sur cette hypothèse en fin de soirée. Le directeur adjoint du Toronto Police Service, Frank Barredo, a précisé lors d'un point presse nocturne que la situation ne correspondait pas à un tireur isolé ouvrant le feu sur la foule au hasard, mais à un échange de tirs ciblé entre individus déterminés.
« Un échange de coups de feu entre deux individus qui se visaient »

 Frank Barredo, directeur adjoint de la police de Toronto

Deux armes à feu ont été retrouvées sur les lieux, répartis en trois scènes de crime distinctes selon le responsable policier, qui n'a pas exclu qu'un nombre plus élevé de personnes ait pu être impliqué dans l'échange de tirs que les deux individus initialement évoqués. Aucune arrestation n'avait été effectuée samedi soir, et les enquêteurs ignoraient encore si l'un des tireurs présumés comptait parmi les morts ou les blessés.

La cause précise du déclenchement des tirs restait, selon le directeur adjoint Barredo, difficile à établir avec certitude à ce stade de l'enquête. Le vice-maire de Toronto, Mike Colle, a de son côté évoqué sans détour une forme de « violence de gang » pour qualifier l'incident, une lecture que la police n'a ni confirmée ni exclue publiquement.

 Vingt-deux ans de fête familiale interrompus

Le festival Salsa on St. Clair célèbre depuis vingt-deux ans la musique, la danse, la gastronomie et l'art latino-américains sur cette avenue du quartier de Hillcrest Village, dans le centre-nord de Toronto. Présenté par ses organisateurs comme le plus grand rassemblement de ce type au pays, il attire chaque année des familles entières, enfants et grands-parents compris, sur deux jours de festivités estivales.

Jason Ferda, l'un des participants interrogé par l'AFP sur place, a d'abord cru à un tir de feux d'artifice avant de comprendre la réalité de la situation et de fuir les lieux sans attendre. Ce réflexe de sidération, partagé par de nombreux témoins, illustre le décalage brutal entre l'ambiance festive du début de soirée et la panique qui a suivi les premiers coups de feu.

« Ça m'a quand même un peu secoué »

- Ethan Phillip, 18 ans, présent au festival

 Une classe politique unanime, une question qui persiste

Les réactions politiques n'ont pas tardé. Le premier ministre canadien Mark Carney s'est dit « horrifié » par la fusillade, remerciant sur les réseaux sociaux les policiers et premiers intervenants dont la réaction rapide aurait, selon lui, permis d'éviter une tragédie encore plus grave. Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, s'est également dit choqué par la nouvelle.
« Acte de violence irresponsable, en plein milieu d'un festival »

- Olivia Chow, mairesse de Toronto

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, s'est dit pour sa part dévasté par « la violence insensée » de cette soirée, exigeant que le ou les responsables soient rapidement identifiés.
« La personne responsable doit être arrêtée et traduite en justice »

- Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

 Le Canada, pays aux armes rares mais à l'année sombre

La violence armée reste statistiquement bien plus rare au Canada que chez son voisin américain, un contraste que le pays doit en partie à un encadrement légal des armes à feu nettement plus strict, renforcé après la tuerie de Nova Scotia en 2020, la plus meurtrière de l'histoire du pays avec 22 morts, qui avait débouché sur une interdiction des armes de type assaut.

L'année 2026 n'en est pas moins déjà marquée par une série noire. En février, une jeune femme de Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, avait tué sa mère et son demi-frère avant de se rendre dans son ancien établissement scolaire et d'y abattre cinq enfants âgés de 12 et 13 ans ainsi qu'une éducatrice. Fin juin, une fusillade dans le quartier montréalais de Côte-des-Neiges avait coûté la vie à un policier, la première mort en service d'un agent montréalais en vingt ans, ainsi qu'à un résidant, avant que l'assaillant ne soit abattu par les forces de l'ordre.

Toronto elle-même n'est pas étrangère aux drames de masse : en avril 2018, un homme de 25 ans avait délibérément foncé avec une camionnette sur des piétons du centre-ville, tuant dix personnes et en blessant quinze autres, après avoir publié un message à caractère misogyne sur les réseaux sociaux quelques minutes avant les faits. L'attaque à la voiture-bélier qui avait visé, en 2025, le festival philippin Lapu Lapu de Vancouver, faisant onze morts et une trentaine de blessés, avait ravivé les craintes autour de la sécurité des grands rassemblements publics au pays.

 Une enquête qui commence, une question qui demeure

Au lendemain de la fusillade, aucun suspect n'était formellement identifié ni interpellé, et la police de Toronto poursuivait l'exploitation des nombreuses images de vidéosurveillance et témoignages recueillis sur les trois scènes de crime. Reste une question que les autorités canadiennes, confrontées à une troisième fusillade de masse en sept mois, ne peuvent plus éluder : comment continuer à garantir la sécurité de rassemblements familiaux de plusieurs milliers de personnes, quand la violence semble de plus en plus capable de s'y inviter sans prévenir ?

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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