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Une chaussure encore lacée, un an de silence : le mystère non résolu d’Elvio Delicata continue de hanter les bois de la Ciociaria

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Une chaussure encore lacée, un an de silence : le mystère non résolu d’Elvio Delicata continue de hanter les bois de la Ciociaria

Dans le centre de l'Italie, un homme a disparu il y a tout juste un an. Son corps, retrouvé démembré dans une forêt que même certains habitants ignoraient, n'a toujours pas de nom officiel : les résultats ADN, attendus en deux mois, se font attendre depuis près de huit.

Une chaussure de sport, encore lacée à un pied, au milieu des feuilles mortes. Autour, rien que des ronces, un silence épais, et l'odeur froide d'un sous-bois que personne, jusque-là, n'avait de raison de traverser. C'est ce détail, plus que tout autre, qui a permis à une famille de reconnaître - sans en avoir encore la certitude scientifique - les restes d'un homme disparu depuis un an jour pour jour, ce 2 juillet, dans les bois de la Ciociaria, au centre de l'Italie.

 Une heure précise, puis plus rien

Atina est une de ces communes italiennes où tout le monde connaît tout le monde, nichée dans les collines de la province de Frosinone. Elvio Delicata, 60 ans, y vivait avec sa mère âgée et passait le plus clair de son temps seul, ou attablé avec deux ou trois amis au bar du village. Le 1er juillet de l'an dernier, il retire sa pension à la poste d'Atina, rentre chez lui, puis ressort dans l'après-midi. Une caméra du village le filme encore en train de marcher, seul, à une heure du matin. Un jeune homme confirmera l'avoir croisé peu après. Il est alors un peu avant deux heures, dans la nuit du 1er au 2 juillet. Après cet instant précisément daté, plus aucune trace.

Il n'avait pas son téléphone sur lui : l'appareil, retrouvé chez lui, n'avait plus été allumé depuis plus d'un an. Quatre jours après sa disparition, un signalement sur la voie rapide Sora-Cassino, près de Fontechiari, fait brièvement espérer une piste sérieuse. Il s'avérera qu'il s'agissait d'un autre homme. Le maire d'Atina, Piero Volante, se souviendra l'avoir croisé et lui avoir parlé deux jours avant sa disparition. La police entendra à plusieurs reprises ses proches et ses amis : Elvio Delicata n'avait, disent tous les témoignages, "aucune fréquentation particulière" - une vie partagée entre sa maison et le bar du village, "sans zones d'ombre".

 Ce que les sangliers ont laissé derrière eux

Fin août, un promeneur accompagné de son chien s'enfonce dans un sous-bois épais à Broccostella, à la frontière avec Sora - à trente kilomètres d'Atina, dans une zone accessible presque exclusivement aux habitués des lieux, cueilleurs de champignons ou agriculteurs. Ce qu'il découvre, dimanche soir, le long d'un sentier forestier, va relancer l'affaire sans jamais vraiment la refermer : des ossements humains épars, un pied encore chaussé, des vêtements abandonnés non loin - un tee-shirt vert, un bermuda en jean, une chaussure de sport de marque Saucony, du même modèle que celui retrouvé au domicile de Delicata.

Police, carabiniers, commissariat de Sora, pompiers et parquet de Cassino convergent sur place. Sur un point, les enquêteurs italiens ne laissent planer aucun doute : ce sont des sangliers, nombreux dans ces collines, qui ont dispersé les restes après la mort, compliquant d'autant la lecture de la scène. Le reste - accident, malaise en pleine marche, geste volontaire, ou intervention d'un tiers - demeure, un an plus tard, une question ouverte. Le parquet de Cassino a formellement ouvert un dossier pour homicide, sans qu'aucune piste ne soit officiellement privilégiée.

Une chaussure encore lacée à un pied : le genre de détail qu'on n'oublie jamais, et qui ne suffit toujours pas, un an après, à porter un nom sur un acte de décès.

 Une forêt qui n'en est pas à son premier drame

Ce bois à cheval entre le Sorano et la Valcomino, les habitants de la région l'ont surnommé eux-mêmes : le "bosco maledetto", la forêt maudite - un "triangle de la mort" où deux autres affaires macabres ont, par le passé, ensanglanté les mêmes collines. En 2005, le corps d'Adriana Tamburrini, 19 ans, originaire de Sora, y avait été retrouvé : la jeune femme, enceinte, avait été tuée par son petit ami. En 2014, celui de Gilberta Palleschi, enseignante et ambassadrice de l'Unicef, disparue pendant son jogging et retrouvée plus d'un mois plus tard au fond d'un ravin, assassinée par un maçon de la région.

Que les restes présumés d'Elvio Delicata aient refait surface dans ce même périmètre n'a, en toute rigueur, aucune valeur de preuve : rien ne relie ces affaires entre elles, sinon la géographie et le hasard d'un sous-bois difficile d'accès. Mais à Atina comme à Broccostella, la coïncidence a suffi à raviver, dans les conversations, le souvenir de ce que cette forêt avait déjà donné à voir deux fois avant lui.

 Des soupçons que la famille ne veut pas taire

L'avocat de la famille, Stefano De Luca, a publiquement mis en doute la thèse de l'accident isolé. Selon lui, les premiers restes découverts par le promeneur se trouvaient dissimulés dans la végétation - des "signes clairs de dissimulation", a-t-il déclaré à la presse locale. Il souligne également la disparition des effets personnels qu'Elvio Delicata portait probablement sur lui ce soir-là : papiers d'identité, briquet, objets du quotidien, dont aucune trace n'a été retrouvée sur les lieux.

Pour la famille, il paraît tout simplement impossible qu'un homme de 60 ans, sans passé de grand marcheur, ait pu rallier seul, de nuit, un point aussi reculé - et tout aussi improbable qu'il n'ait cherché aucun secours s'il s'était retrouvé en difficulté en chemin. Ce sont ces doutes, plus que toute autre chose, qui maintiennent ouverte l'hypothèse d'une intervention extérieure, sans qu'aucun suspect n'ait à ce jour été identifié ni mis en cause.

 Un procureur qui n'attend plus de certitude

Fin novembre, un dossier scellé quitte les collines de Ciociaria pour un laboratoire de la police scientifique à Rome, avec pour mission d'établir, par comparaison ADN - notamment à partir d'une brosse à dents prélevée au domicile familial -, si ces restes sont bien ceux d'Elvio Delicata. Délai annoncé aux proches : environ deux mois, une échéance fixée à fin janvier. Nous sommes début juillet. Le procureur de Cassino, Carlo Fucci, a lui-même reconnu publiquement que les opérations sont "complexes", et surtout qu'il sera "quasiment impossible" d'établir avec certitude la cause du décès au vu de l'état des restes - une franchise rare, qui en dit long sur ce que cette affaire promet, ou plutôt ne promet pas, à la famille.

Sans confirmation ADN, pas d'acte de décès définitif, pas d'obsèques, pas de deuil officiellement autorisé. Elvio Delicata reste, sur le papier, une personne disparue. "Un destin que notre père, notre frère, ne mérite pas", ont dit ses proches à la presse italienne dès les premières semaines de recherches infructueuses - une phrase qui, un an plus tard, résonne toujours aussi juste, et toujours aussi vaine face à un dossier que même la science hésite à refermer.

 Un endroit que personne, à Atina, ne connaissait

Reste une question à laquelle ni la police scientifique ni personne, à Atina, n'a pour l'instant de réponse : comment, et pourquoi, un homme que rien ne prédisposait aux longues marches en forêt, encore moins aux sentiers isolés, a-t-il fini dans un recoin si reculé que certains riverains de la zone en ignoraient jusqu'à l'existence avant cette macabre découverte ? A-t-il marché seul jusque-là, dans la nuit du 2 juillet, sans que personne ne le voie ni ne l'entende ? Ou son corps y a-t-il été porté, déposé, abandonné par quelqu'un d'autre ?

Un an après sa disparition, l'histoire d'Elvio Delicata tient tout entière dans cet écart vertigineux : entre une chaussure retrouvée et un nom qui ne peut toujours pas être officiellement confirmé, entre une forêt que personne à Atina ne savait exister et une famille qui attend, depuis bientôt huit mois de plus que prévu, la seule réponse qui lui permettrait enfin de pleurer les siens en connaissance de cause.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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