Incendie géant dans les Pyrénées-Orientales : la progression fulgurante du feu inquiète les
26 communes évacuées, deux blessés en urgence absolue : l'incendie des Pyrénées-Orientales impose une étape sans public, une première dans l'histoire récente de la Grande Boucle.
Un incendie de forêt a désormais parcouru 4 500 hectares dans les Pyrénées-Orientales, a annoncé la préfecture dans la nuit. Les habitants de 26 communes ont été invités à évacuer. La troisième étape du Tour de France, qui devait s'achever ce lundi aux Angles, se déroule finalement sans public ni caravane publicitaire sur sa partie française, une décision rarissime dans l'histoire de l'épreuve.
Un feu qui a doublé de taille en une nuit
L'incendie, parti samedi en début de soirée dans un massif difficile d'accès à Trévillach, avait déjà parcouru environ 1 650 hectares dimanche. Dans la nuit de dimanche à lundi, la préfecture des Pyrénées-Orientales a fait état sur X d'une progression spectaculaire du sinistre, désormais estimé à 4 500 hectares.
« La situation reste évolutive. Les conditions météorologiques restent défavorables et nécessitent la poursuite d'une mobilisation importante des secours », a précisé la préfecture, ajoutant que les habitants de 26 communes ont été invités à évacuer. Les moyens de lutte sont concentrés sur les secteurs d'Ille-sur-Têt, Rodès et Bouleternère, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Perpignan.
Le préfet Pierre Regnault de la Mothe a fait état, lors d'une conférence de presse en fin de journée dimanche, d'un objectif manqué : empêcher le feu de franchir au sud la route départementale 66 pour éviter sa propagation dans le massif des Aspres. « Ce que nous redoutions a fini par se produire », a-t-il reconnu.
« Ce que nous redoutions a fini par se produire »
- Pierre Regnault de la Mothe, préfet des Pyrénées-Orientales
Un feu comparé à celui de 1976
Le préfet a comparé ce sinistre à l'incendie de 1976, année d'une canicule mémorable, qui avait ravagé environ 7 000 hectares dans le même secteur. Deux personnes, un sapeur-pompier et un habitant, ont été blessées en urgence absolue depuis le début de l'épisode, selon la préfecture.
À l'Ille-sur-Têt, les habitants évacués ont d'abord été orientés vers une salle municipale, avant un transfert vers un gymnase de Perpignan. « Le feu est passé à 300 mètres des maisons. On a été surpris par la vitesse de propagation, c'était impressionnant, limite la panique », a raconté à la presse Patrice, habitant de Trévillach, cité par l'AFP.
Ce nouvel incendie survient quelques jours seulement après un autre feu dans le même département, qui avait forcé jeudi l'évacuation de 3 000 personnes à Canet-en-Roussillon et Sainte-Marie-la-Mer, avant d'être fixé par les pompiers vendredi. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, s'était dit vendredi « très inquiet » que la saison des feux ait commencé en France avec un mois d'avance.
« La saison des feux a commencé avec un mois d'avance »
Une étape du Tour sans précédent
Sur le plan sportif, la décision est tombée dimanche en fin d'après-midi : la troisième étape du Tour de France, longue de 195,9 kilomètres entre Granollers, en Espagne, et la station des Angles, aura bien lieu ce lundi, mais dans des conditions inédites. Sur le territoire français, la caravane publicitaire ne circulera pas et le dispositif sera limité au passage des seuls coureurs et des véhicules indispensables à l'organisation.
« Le public est invité à ne pas se rendre aux abords du parcours ni sur le site de l'arrivée. C'est-à-dire que, et je regrette de devoir l'annoncer, ce sera, en France en tout cas, une étape du Tour de France sans public », a expliqué le préfet lors de sa conférence de presse, en accord avec le directeur du Tour Christian Prudhomme.
Cette première étape de montagne du Tour 2026 devait marquer le premier grand rendez-vous entre les favoris du classement général. Jonas Vingegaard, maillot jaune, s'élance avec six secondes d'avance sur Tadej Pogacar et 15 secondes sur Remco Evenepoel. La montée finale vers Les Angles, à 1 803 mètres d'altitude, s'annonçait comme le premier vrai test de la course. Coureurs, équipes et organisation ont dû composer en un temps record avec cette contrainte sécuritaire majeure.
Une décision de cette ampleur reste exceptionnelle dans l'histoire récente de la Grande Boucle. Les Angles avaient déjà accueilli une arrivée du Tour à plusieurs reprises depuis 1996, dans une ambiance de fête populaire, avec cette année des hôtels de la station complets dès le mois d'avril pour les nuits entourant l'étape. Cette fois, les organisateurs ont dû renoncer à toute animation le long du parcours, une première pour ASO sur une arrivée aussi attendue.
Sur le terrain sportif, l'étape s'annonçait propice aux baroudeurs, avec un profil de moyenne montagne avant la véritable bataille pyrénéenne attendue mercredi. Le col de Toses, en première catégorie, devait déterminer l'attribution du maillot à pois, quand la montée finale, plus courte mais pentue, laissait présager un final ouvert entre les équipes de puncheurs-grimpeurs.
Sur le seul feu de Trévillach, 700 pompiers ont été mobilisés, appuyés par des moyens aériens de la Sécurité civile, dont des Canadair CL-415, engagés en continu au-dessus du col des Auzines. Le plan départemental de protection de la forêt méditerranéenne a été activé, un dispositif qui coordonne les renforts venus de plusieurs régions face à l'ampleur du sinistre.
Météo-France a classé, lundi comme dimanche, les sept départements du grand Sud en risque « très élevé » de feux de forêt, avant une rétrogradation en risque « élevé » attendue mardi pour une cinquantaine d'autres départements. Cette dégradation intervient quelques jours seulement après un épisode de canicule déjà qualifié d'historique par les autorités sanitaires.
Le Sud de la France sous tension
Le département, comme six autres (Ardèche, Aude, Drôme, Gard, Vaucluse et Hérault), est repassé en vigilance orange canicule, avec des températures pouvant atteindre 40 degrés par endroits et un taux d'humidité très bas. Des rafales de vent jusqu'à 50 km/h sont attendues, entretenant le risque de propagation.
D'autres foyers mobilisent les secours ailleurs dans le Sud : un feu de 540 hectares près d'un circuit de karting à Lédenon, dans le Gard, a été fixé dimanche soir après avoir contraint à la fermeture partielle de l'autoroute A9. Dans la Drôme, plus de 300 pompiers luttent depuis trois jours contre un incendie de 540 hectares dans une zone escarpée et difficilement accessible.
De l'autre côté de la frontière, un incendie près de la Costa Brava espagnole a brûlé plus de 2 000 hectares avant d'être stabilisé dimanche, tandis qu'un important feu de forêt ravage depuis trois jours le nord du Portugal, avec au moins 13 000 hectares détruits. Selon les pompiers français, 90 % des départs de feu restent d'origine humaine, un phénomène amplifié par la multiplication des vagues de chaleur et de sécheresse liées au changement climatique.
Le Tour de France doit désormais enchaîner, mardi, avec une étape de transition vers Foix, avant la grande journée pyrénéenne prévue mercredi. Les autorités locales, elles, devront composer avec un risque incendie qui reste élevé sur l'ensemble du pourtour méditerranéen, dans un mois de juillet qui s'annonce déjà, selon le ministre de l'Intérieur, en avance sur une saison des feux redoutée.