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La Poste à Besançon : cinq jours de résistance rue Gambetta

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La Poste à Besançon : cinq jours de résistance rue Gambetta

Les facteurs de l'îlot Proudhon ont arraché un accord à la direction après une semaine de débrayages quotidiens contre une réorganisation jugée ingérable

Du 23 au 30 juin 2026, cinq des six factrices et facteurs du centre de distribution Proudhon, au coeur de Besançon, ont cessé le travail une heure par jour. Derrière cette grève minimaliste en apparence se cachait une réalité brutale : des effectifs divisés par deux en quelques années, des tournées surchargées, et un service postal qui se délite pour des milliers d'habitants et de commerçants bisontins.

Après cinq jours de débrayages quotidiens de 59 minutes, le mouvement engagé depuis le mardi 23 juin au centre de distribution de Proudhon a été suspendu le mardi 30 juin 2026. C'est une victoire partielle - et surveillée.

La direction a reçu les grévistes à 13 h 45, une rencontre qui a permis d'aboutir à un accord sur plusieurs revendications. Selon Julien Juif, co-secrétaire du syndicat Sud PTT, la direction a accepté plusieurs demandes formulées par les agents.

Parmi les mesures annoncées figurent la création d'une tournée de renfort, le remplacement des agents à temps partiel à compter du 10 juillet, ainsi que la mise en place de renforts pour la distribution de la publicité non adressée pendant les périodes de forte diffusion, notamment pour les publications des collectivités locales.

Dix-sept facteurs hier, sept et demi aujourd'hui

Derrière l'accord, les chiffres racontent une autre histoire. Le représentant syndical souligne la diminution importante des effectifs sur l'îlot Proudhon : « Avant, il y avait 17 factrices et facteurs à l'îlot Proudhon. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 7,5 pour couvrir la Boucle, avec en plus la charge des imprimés publicitaires. »

Le conflit trouve son origine dans la réorganisation mise en oeuvre le 19 mai 2026 sur l'ensemble de la plaque de Besançon et du Haut-Doubs. Cette réorganisation s'est accompagnée de suppressions de postes, d'une augmentation de la charge de travail et de l'intégration de la distribution de la publicité dans les tournées.

« Jusqu'au mois de mai, les imprimés publicitaires étaient distribués par une filiale, Mediaposte. Cette activité a été fermée, ce qui a entraîné la suppression de 8 000 à 10 000 emplois, et toute cette charge a été redonnée aux factrices et facteurs. Depuis le 19 mai, ils ont désormais cette charge supplémentaire sur leur vélo, qui est devenu un cargo tricycle. Avant, ils distribuaient uniquement le courrier. Aujourd'hui, ils assurent le courrier, les recommandés, les colis et les imprimés publicitaires, qui sont très difficiles et très lourds à distribuer. »
Cette baisse drastique de la main-d'oeuvre s'inscrit dans un plan de réorganisation du travail plus large de La Poste, en date du 19 mai 2026. Une vingtaine d'emplois auraient disparu à l'échelle du Doubs. « Ce ne sont pas des suppressions de postes, simplement des contrats qui ne sont pas renouvelés », précise Julien Juif.
« Les collègues demandaient simplement une rencontre avec la direction et des moyens supplémentaires pour pouvoir effectuer correctement leur travail »

Julien Juif, co-secrétaire SUD PTT

Un service dégradé pour les usagers et les commerçants

Les conséquences de cette compression d'effectifs ne se lisent pas seulement dans les fiches de paie. Les grévistes estiment que la situation a eu des répercussions sur la distribution du courrier et des colis ainsi que sur la qualité du service rendu. « Les conséquences sont la non-distribution du courrier, des colis et une qualité de service qui se détériore pour les usagers et les commerçants du centre-ville », rappelle Julien Juif.
« Il y a de plus en plus de courrier non distribué. Certains facteurs ramènent du reste, même en faisant des heures supplémentaires », ajoute le syndicaliste, qui raconte avoir croisé des collègues en pleurs lors de ses récentes tournées.

Avec la canicule, la tournée des facteurs, en vélo comme en voiture, est encore plus pénible. Davantage de colis leur tombaient sur les bras dès le 24 juin, avec le début des soldes d'été.

Pour justifier sa réforme, La Poste indique adapter « en continu son organisation face à des évolutions structurelles des usages », invoquant la baisse durable des volumes de courrier. La direction rappelle que les ajustements engagés à Besançon Proudhon sont avant tout « la réponse à des remontées formulées par les équipes de terrain dans le cadre de la mise en place de la nouvelle organisation ».
Mais la direction précise qu'« aucune négociation préalable avec l'organisation syndicale SUD PTT n'a conduit à ces décisions » et que « la rencontre organisée mardi 30 juin est intervenue à la demande de l'organisation syndicale après la levée du préavis ». Une formulation qui contredit la lecture syndicale d'une victoire obtenue par le rapport de force.
Selon Julien Juif, « le rapport de force a permis d'obtenir des réponses sur des revendications portées depuis près d'un mois ». Le syndicat souligne qu'un débrayage collectif d'une heure est juridiquement distinct d'une grève perlée, cette dernière étant interdite.

Si les facteurs se disent satisfaits des engagements pris par la direction, le conflit n'est pas définitivement clos. SUD PTT prévient que le mouvement pourra reprendre si les mesures promises ne sont pas effectivement mises en oeuvre dans les prochaines semaines.

Le centre Proudhon est pour l'instant le seul à débrayer. Julien Juif espère que d'autres suivront : « Saône, Baume-les-Dames, plus personne n'y arrive. » La rue Gambetta n'était peut-être qu'un avant-goût.

Les chiffres d'un démantèlement silencieux

17 facteurs autrefois à l'îlot Proudhon, 7,5 aujourd'hui pour couvrir la même zone - la Boucle de Besançon.

Une vingtaine de contrats non renouvelés dans le Doubs ; 15 confirmés par La Poste sur les sites de Proudhon et Clémenceau (4 à Proudhon).

La Poste Bourgogne-Franche-Comté compterait 600 intérimaires et ne compterait plus que 10 à 15 % de fonctionnaires dans ses effectifs.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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