Moscou frappe Kyiv à la veille d’un sommet décisif de l’OTAN
Au moins onze morts dans une nouvelle salve de missiles et de drones russes, quelques jours seulement après l'attaque la plus meurtrière de l'année contre la capitale ukrainienne.
La capitale ukrainienne a de nouveau été visée dans la nuit de dimanche à lundi par des frappes russes qui ont fait au moins onze morts et endommagé plusieurs immeubles résidentiels, selon un bilan de l'AFP susceptible de s'alourdir. L'attaque survient à la veille d'un sommet de l'OTAN à Ankara, où le président ukrainien Volodymyr Zelensky doit rencontrer son homologue américain Donald Trump dans l'espoir de relancer des efforts de paix au point mort.
Une nuit de terreur à Kyiv
Selon Tymour Tkatchenko, chef de l'administration militaire de Kyiv, au moins neuf personnes ont été tuées et 46 blessées dans la capitale, tandis qu'une autre est morte et quinze ont été blessées dans la région environnante. Le port d'Odessa, sur la mer Noire, a également été visé, faisant un blessé selon le chef de l'administration municipale, Serhiy Lysak.
L'armée de l'air ukrainienne a fait état, sur Telegram, du tir de 68 missiles et 351 drones dans la nuit. Les unités de défense antiaérienne du pays disent en avoir abattu ou neutralisé 37 et 326 respectivement, un taux d'interception qui laisse passer une part significative des projectiles les plus dangereux.
Un immeuble résidentiel du quartier de Podilskyi s'est partiellement effondré. Dans le quartier de Darnytsia, plusieurs immeubles de plusieurs étages ont été endommagés, avec des personnes coincées sous les décombres selon les autorités locales. « Des lieux où les gens dormaient et menaient leur vie quotidienne », a rappelé Tymour Tkatchenko.
« Des lieux où les gens dormaient et menaient leur vie quotidienne »
- Tymour Tkatchenko, chef de l'administration militaire de Kyiv
Khrystyna Piatetska, une habitante de 20 ans du quartier de Darnytskyi, a raconté avoir été réveillée par une première explosion, suivie d'une seconde qui a fait voler en éclats les fenêtres de son immeuble. Elle a décrit une coupure de courant immédiate et une épaisse fumée envahissant la cage d'escalier.
« Les lumières se sont éteintes, une odeur de brûlé a envahi l'air »
- Khrystyna Piatetska, habitante de Kyiv
Une défense antiaérienne à bout de souffle
Cette nouvelle attaque met en évidence les failles croissantes des défenses aériennes ukrainiennes. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, la totalité des missiles balistiques tirés par la Russie auraient atteint leurs cibles cette nuit, une conséquence directe de la pénurie de missiles intercepteurs Patriot dont souffre Kyiv, le seul système efficace contre ce type de projectile.
Le ministère russe de la Défense a affirmé avoir visé des usines d'armement à Kyiv, notamment des sites de production de drones, de véhicules blindés et de missiles, ainsi que des infrastructures énergétiques. Ces allégations n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante, et les frappes aériennes russes ont, à de nombreuses reprises depuis le début du conflit, touché des zones manifestement civiles.
L'attaque survient quelques jours seulement après un assaut russe qui avait tué 31 personnes à Kyiv le 2 juillet, la frappe la plus meurtrière contre la capitale depuis le début de l'année. Le président Zelensky avait averti dimanche du risque d'une nouvelle attaque de grande ampleur, exhortant les habitants à se mettre à l'abri.
Des analystes de l'Institute for the Study of War avaient souligné, au lendemain de l'attaque du 2 juillet, le recours croissant de la Russie à des drones propulsés par réacteur, plus rapides et donc plus difficiles à intercepter que les modèles précédents. Une innovation technique qui, selon ces mêmes analystes, contribue mécaniquement à l'aggravation du nombre de victimes civiles à chaque nouvelle vague de frappes.
Kyiv frappe aussi en retour
L'armée ukrainienne poursuit de son côté ses propres frappes en territoire russe. Au moins 47 drones ukrainiens ont été abattus dans la nuit au-dessus de la région de Leningrad, selon son gouverneur Alexandre Drozdenko. La ville de Sébastopol, en Crimée annexée, était privée d'électricité lundi après une attaque ukrainienne visant des infrastructures énergétiques aux abords de la ville, selon le gouverneur local installé par Moscou, Mikhaïl Razvojaïev.
Cet échange de frappes à longue portée illustre une dynamique installée depuis plusieurs mois : Kyiv vise en priorité les capacités énergétiques et pétrolières russes, quand Moscou concentre ses tirs sur les zones urbaines et les infrastructures civiles ukrainiennes, plus de quatre ans après le début de l'invasion à grande échelle.
Un sommet de l'OTAN sous forte tension
L'attaque intervient à la veille d'un sommet de l'Alliance atlantique à Ankara, où les pays européens membres de l'OTAN et le Canada doivent s'engager à fournir 70 milliards d'euros d'aide militaire à l'Ukraine, tant en 2026 qu'en 2027, selon des sources diplomatiques. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky doit y rencontrer Donald Trump, dans l'espoir de relancer des efforts de paix au point mort.
Le président américain avait, selon un conseiller du Kremlin, proposé son aide pour trouver une issue au conflit lors d'un entretien téléphonique de 90 minutes avec Vladimir Poutine samedi, dans la perspective de sa participation au sommet. Zelensky a de son côté indiqué s'être également entretenu récemment avec Donald Trump.
Ce contraste entre l'intensification des frappes sur le terrain et la relance affichée des efforts diplomatiques résume l'état d'un conflit entré dans sa cinquième année. Chaque rendez-vous international s'accompagne désormais d'une démonstration de force de part et d'autre, sans qu'aucun cessez-le-feu durable ne se dessine à l'horizon.
Pour les habitants de Kyiv, cette séquence diplomatique reste largement abstraite. Oleksandr Kolomiets, 60 ans, qui vit à proximité de l'immeuble effondré du quartier de Podilskyi, a décrit des fenêtres soufflées jusqu'à l'intérieur de son logement et des fissures traversant son plafond. Sa description, comme celle de dizaines d'autres riverains, illustre l'écart persistant entre les tractations menées à Ankara et la réalité vécue chaque nuit dans les quartiers résidentiels de la capitale ukrainienne.