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L’Europe brûle : troisième canicule de l’été, forêts en cendres du Portugal à l’Allemagne

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L’Europe brûle : troisième canicule de l’été, forêts en cendres du Portugal à l’Allemagne

Une troisième vague de chaleur frappe ce dimanche le Portugal et l'Espagne, où le thermomètre dépasse déjà les 40 degrés. Elle succède à un épisode de juin que Météo-France qualifie de plus sévère jamais enregistré dans le pays. D'un bout à l'autre du continent, les forêts brûlent, les fleuves s'assèchent, et les bilans humains s'alourdissent.

Une canicule qui rivalise avec 2003

L'épisode qui a frappé l'Europe à partir de la mi-juin restera dans les annales. Une masse d'air chaud venue d'Afrique du Nord est entrée par la péninsule ibérique avant de stationner sur la France, puis l'Angleterre, avant de traverser lentement le continent.

Selon Météo-France, cet épisode dépasse en intensité la canicule d'août 2003 et lui est équivalent en durée. Le 24 juin, 58 départements français - un sur deux - et 16 villes italiennes étaient placés en vigilance rouge. Le lendemain, ce sont 72 départements français, soit les trois quarts du territoire.

"L'Europe se réchauffe plus rapidement que tout autre continent, et nous le payons au prix de vies humaines. La chaleur est un tueur silencieux, mais ce n'est pas une fatalité."

Dr Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l'OMS pour l'Europe

Le bilan humain, pays par pays

Les premières estimations de surmortalité, pour la seule semaine du 22 juin, donnent la mesure du choc. En France, Santé publique France recense 2 025 morts cette semaine-là, soit une hausse de 30 % par rapport à la normale, en majorité des personnes âgées vivant à domicile.

En Belgique, les autorités sanitaires comptent 1 222 morts entre le 18 et le 29 juin, une hausse de 39 %. En Espagne, l'Institut de santé Carlos III recense 1 028 décès attribuables à la chaleur pour le seul mois de juin - le total le plus élevé pour ce mois depuis au moins 2015.

Santé publique France évoque, pour l'ensemble de l'épisode, au moins un millier de morts directement ou indirectement liées aux fortes chaleurs sur le territoire national.

La vague de chaleur a vite été comparée à celle d'août 2003, qui avait marqué une génération d'Européens et fait des dizaines de milliers de morts sur le continent. Cette fois, une masse de 320 millions de personnes avait été exposée à des températures comparables en 2003 - un chiffre que plusieurs climatologues jugent d'ores et déjà dépassé pour l'épisode de juin 2026.

Les campagnes et le Portugal également frappés

La sécheresse qui accompagne cette succession de canicules a également frappé de plein fouet le secteur agricole français. Plusieurs régions - Alsace, Aquitaine, Auvergne, Limousin, Midi-Pyrénées - se rapprochaient dès le 25 juin de leur niveau de sécheresse des sols le plus sec jamais observé.

Face à cette situation, la ministre de l'Agriculture a annoncé une série de mesures d'urgence pour accompagner les exploitations touchées, dont le report temporaire des contrôles administratifs dans les départements placés en vigilance rouge.

Au Portugal, où la troisième canicule vient de débuter, les autorités locales font état d'incendies encore actifs dans plusieurs régions, alors même que le pays affrontait déjà des températures dépassant les 40 degrés durant l'épisode précédent.

Alors que la deuxième canicule s'achevait le 2 juillet, une troisième s'est formée le jour même au Portugal et en Espagne. Les températures y dépassent aujourd'hui les 40 degrés, selon les services météorologiques des deux pays.

En France, cette nouvelle vague de chaleur s'accompagne d'une flambée d'incendies. Un feu parti samedi soir à Trévillach, dans les Pyrénées-Orientales, a parcouru plus de 1 350 hectares près du mont Canigou, mobilisant 700 sapeurs-pompiers. Sept départements français - Pyrénées-Orientales, Drôme, Aude, Hérault, Gard, Bouches-du-Rhône et Vaucluse - sont actuellement classés en risque très élevé d'incendie, le niveau maximal de la carte météo des forêts.

"Je suis très inquiet que la saison des feux ait commencé dans le pays avec un mois d'avance."

Les forêts en flammes, d'un bout à l'autre du continent

La France n'est pas seule touchée. Dans le Gard, un incendie qualifié de "très violent" par les pompiers a déjà brûlé plus de 100 hectares dans la forêt de Lédenon, contraignant les habitants de trois communes à se confiner chez eux.

En Espagne, un feu déclenché vendredi près de la Costa Brava a détruit plus de 2 000 hectares avant d'être stabilisé - les pompiers s'attendaient toutefois, ce dimanche, à "une journée compliquée" en raison de la nouvelle vague de chaleur.

Plus tôt dans la saison, dès le 23 juin, deux incendies s'étaient déclarés à Boussès et à Durance, dans le Lot-et-Garonne, ravageant 88 puis 6 hectares. Dans le Maine-et-Loire, région jusqu'alors épargnée, une centaine d'hectares sont partis en fumée. En Allemagne, un feu s'est déclenché le 28 juin à Gohrischheide, dans une forêt où subsistent des munitions de la Seconde Guerre mondiale - une contamination qui complique considérablement l'intervention des pompiers.

L'ONG Canopée observe que la saison à risque ne se limite plus à juillet et août. Elle s'étend désormais de mai à octobre, avec des feux de plus en plus hors normes sur des territoires historiquement épargnés.

Glaciers suisses et fleuve italien à sec

La chaleur ne se contente pas d'allumer des incendies. En Suisse, elle a accéléré la fonte des glaciers au point que la totalité de la neige accumulée durant l'hiver 2025-2026 avait entièrement disparu dès le 29 juin - la deuxième fonte la plus rapide enregistrée depuis 2022.

En Italie, le fleuve Pô a atteint un niveau historiquement bas pour la saison. Le 22 juin, son débit est passé sous la barre des 300 mètres cubes par seconde, contre une moyenne de 1 500 m³/s habituellement observée en juin, selon l'Aipo, l'agence interrégionale de surveillance du fleuve.

Une empreinte climatique déjà mesurée par les scientifiques

Une équipe du CNRS a estimé, dès le 23 juin, que les températures observées en Europe auraient été inférieures de 2 à 4 degrés sans le réchauffement climatique d'origine humaine.

"La probabilité d'une canicule comme celle de juin 2026 aurait été quasi nulle durant un mois de juin il y a cinquante ans."

World Weather Attribution, groupe international de climatologues

En France, la moitié des vagues de chaleur recensées sur les quatre-vingts dernières années sont survenues depuis 2010 seulement - un basculement statistique qui, selon les climatologues, illustre l'accélération du phénomène plutôt qu'une simple variabilité naturelle.

200 000 morts en quatre ans : une hécatombe silencieuse Au-delà de l'épisode de cet été, l'Organisation mondiale de la santé a publié début juin un bilan de plus long terme, tout aussi alarmant : plus de 200 000 personnes sont mortes des suites de vagues de chaleur en Europe entre 2022 et 2026.

La majorité de ces décès prématurés sont survenus en Italie, suivie de l'Espagne, de l'Allemagne et de la Grèce - cette dernière enregistrant le plus grand nombre de décès liés à la chaleur rapporté à sa population. L'institut national allemand de santé publique, le Robert Koch Institut, a dénombré à lui seul 2 500 décès liés à la chaleur en Allemagne l'an dernier.

L'OMS estime que la majorité de ces morts auraient pu être évitées grâce à des mesures de protection adaptées - alertes précoces, logements mieux isolés, accompagnement renforcé des personnes âgées isolées. Un continent qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, mais qui reste, selon l'agence onusienne, largement sous-préparé face à un risque devenu structurel plutôt qu'exceptionnel.

Le système européen d'information sur les incendies de forêt, EFFIS, mis en place par la Commission européenne, suivait dimanche en temps réel plusieurs foyers actifs simultanément entre la France, l'Espagne et l'Italie - une simultanéité rarement observée à une date aussi précoce de l'été.

Pour les climatologues cités par l'OMS, cette succession rapprochée de trois vagues de chaleur en moins de deux mois n'a plus rien d'exceptionnel : elle est en passe de devenir la norme estivale d'un continent qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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