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Marine Le Pen, condamnée et candidate

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Marine Le Pen, condamnée et candidate

La cour d'appel de Paris a réduit sa peine d'inéligibilité, ouvrant la voie à une quatrième candidature à l'Élysée - au prix d'un pourvoi en cassation risqué Le 7 juillet 2026 restera une date charnière dans l'histoire de la Ve République. Devant la cour d'appel de Paris, trois magistrates ont rendu un arrêt de 341 pages qui, en réduisant la peine d'inéligibilité de Marine Le Pen, ont simultanément refermé quatre années de suspense judiciaire et rouvert, dans le même souffle, la course à l'Élysée pour la figure tutélaire du Rassemblement national.

Souriante, détendue mais ostensiblement marquée par la chaleur de ce mardi de juillet, Marine Le Pen faisait face à son destin dans la 1re chambre civile de la cour d'appel de Paris, sur l'île de la Cité, en sa qualité de patronne des députés du premier parti de France et candidate naturelle à la présidentielle du printemps 2027.

Elle était arrivée peu avant 13h15 au palais de justice. Vêtue d'une veste rose pâle, d'un haut blanc et d'un pantalon noir, elle avait glissé « ça va, ça va » à un interlocuteur qui lui demandait comment elle allait à son entrée dans la salle. Dans une ambiance électrique, devant une foule de journalistes qui faisaient la queue depuis 6 heures du matin entre les colonnes de l'ancestral Palais de justice, la lecture du délibéré a débuté à 13h30.

Le verdict : coupable, mais éligible La cour d'appel de Paris a confirmé, ce mardi 7 juillet, la culpabilité de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires des eurodéputés du Front national, devenu Rassemblement national. Elle a été reconnue coupable de détournements de fonds publics européens et de complicité de détournements de fonds publics.

La députée du Pas-de-Calais a été condamnée à 100 000 euros d'amende, trois ans de prison dont deux ans avec sursis et un an ferme aménageable avec bracelet électronique. Sa peine d'inéligibilité est fixée à 45 mois dont 30 mois assortis du sursis - la peine ferme de 15 mois, déjà purgée depuis le verdict de première instance du 31 mars 2025, est donc considérée comme éteinte.

En première instance, le tribunal l'avait condamnée à quatre ans de prison dont deux ferme, 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire immédiate. La réduction est donc substantielle, même si la culpabilité, elle, est confirmée sans ambiguïté.

Les motivations des juges : probité réparée, liberté de l'électeur préservée

Si la cour a souligné « la gravité des détournements de fonds » reprochés, elle a en même temps adapté « la sanction », considérant que la peine d'inéligibilité déjà purgée avait « d'ores et déjà réparé l'atteinte à la probité ».
La cour d'appel a également tenu compte, dans l'appréciation de la durée de la peine d'inéligibilité, « de l'ancienneté des faits, de l'absence d'enrichissement personnel et de l'absence de réitération de tout comportement infractionnel depuis lors ». Concernant la peine de prison, les magistrates ont pris en compte « le fait que Marine Le Pen n'a tiré aucun enrichissement personnel de ces infractions commises au bénéfice du parti qu'elle présidait » et « l'atteinte désormais ancienne à la probité ».

Le RN, son ancienne présidente et onze autres personnes avaient été jugés pour avoir payé entre 2004 et 2016 des salariés du parti avec l'argent du Parlement européen - les fonds détournés s'élèvent à plus de 4,4 millions d'euros entre le 1er juillet 2004 et le 15 février 2016. L'ancienne présidente est accusée d'avoir prolongé un système mis en place par son père, Jean-Marie Le Pen, fondateur du FN, décédé l'année dernière.

La sortie du tribunal, et le silence calculé

La décision annoncée, Marine Le Pen a quitté le palais de justice sans un mot pour les médias regroupés devant la salle d'audience. Son avocat Rodolphe Bosselut a en revanche livré une courte déclaration, se disant « partiellement » satisfait du verdict. « C'est un bon début », a-t-il lancé. « Nous notons une inflexion considérable sur les peines, et notamment sur la peine d'inéligibilité. D'autant que cela a été accompagné de mentions par la présidente sur la liberté pour les électeurs d'avoir un candidat. »

La patronne des députés RN s'est ensuite rendue au siège du parti pour se concerter avec les cadres, avant son intervention au journal de 20 heures de TF1. Elle s'y est entretenue longuement avec Jordan Bardella. Le silence de l'après-midi était délibéré - une mise en scène maîtrisée avant l'annonce capitale.

Le 20 heures de TF1 : la candidature, le pourvoi, le défi

« Ce soir, je suis candidate à l'élection présidentielle et je ne changerai pas d'avis. » Quelques heures après sa condamnation en appel, Marine Le Pen a annoncé sur le plateau du journal de 20 heures de TF1 qu'elle porterait les couleurs de son parti en 2027.
La clef de ce basculement tient à une subtilité juridique que la dirigeante du RN a immédiatement saisie. « Comme j'ai la possibilité de faire un pourvoi en cassation, ce qui n'était pas obligatoirement le cas des autres hypothèses, et que le pourvoi en cassation suspend les effets de l'arrêt, je ferai donc campagne sans bracelet électronique », a-t-elle expliqué sur TF1.
Elle assure n'avoir « pas hésité » avant de s'engager sur cette voie et continue de clamer son innocence : « Deux juridictions peuvent connaître une erreur. » « J'ai les mains propres et je ferai un pourvoi en cassation pour le démontrer », a-t-elle insisté. « Il n'y a plus de scénario qui ferait que je ne pourrai pas me présenter. »
« Ce soir, je suis candidate à l'élection présidentielle et je ne changerai pas d'avis. »

MARINE LE PEN, TF1, 7 JUILLET 2026

Le pari risqué de la cassation

Le pari de Marine Le Pen n'en demeure pas moins risqué. Rien n'exclut en effet que la Cour de cassation rende son jugement dans quelques mois, en pleine campagne présidentielle. La Cour de cassation, plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français, ne se prononce pas sur le fond de l'affaire mais sur la bonne application du droit : elle peut casser totalement ou partiellement la décision de la cour d'appel et renvoyer l'affaire pour être rejugée, ou rejeter le pourvoi - rendant alors la peine prononcée définitivement exécutoire.

La candidate du parti à la flamme a refusé d'envisager le scénario où la Cour de cassation ne l'innocenterait pas. « Nous verrons et les Français en seront juges. C'est drôle de considérer les Français comme incapables de prendre une décision », a-t-elle déclaré, sans dévier de sa trajectoire vers une quatrième candidature.

La classe politique en ordre dispersé

Les réactions politiques ont fusé dès la sortie de l'audience, révélant les fractures profondes que l'affaire cristallise.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a vivement réagi en rappelant qu'« au bout de dix ans d'instruction », il ne s'agit « ni d'une affaire bâclée, ni d'un procès politique », soulignant que la cheffe de file du RN a été « condamnée à deux reprises, en première instance puis en appel ».
La France insoumise a estimé que la décision place désormais Marine Le Pen face à ses propres déclarations. « Il lui appartient désormais de se déjuger ou non et au Rassemblement national de choisir entre faire campagne un verre de champagne à la main ou un bracelet électronique à la cheville », a écrit le parti.
L'ancien premier ministre Édouard Philippe, candidat déclaré à la présidentielle, a estimé que Marine Le Pen devra « expliquer » son choix de se porter candidate. Le secrétaire général des Républicains, Othman Nasrou, l'a lui accusée de « prendre la démocratie en otage » et de « fragiliser les institutions ».
Du côté de la défense, l'avocat du Parlement européen, Patrick Maisonneuve, a déclaré en sortant du verdict : « Nous sommes satisfaits parce que nous disons depuis des années qu'une organisation avait été mise en place pour détourner l'argent du Parlement européen. »

La favorite des sondages, coûte que coûte

La dimension politique de cette journée dépasse de loin le strict cadre judiciaire. Après ses échecs au second tour en 2017 et 2022 contre Emmanuel Macron, Marine Le Pen a le vent en poupe pour le scrutin de 2027 - les sondages la donnent en tête du premier tour, prévu le 18 avril. Fin mai, un institut l'annonçait même gagnante au second tour, quel que soit l'adversaire.

Elle a ajouté qu'elle formerait un « ticket gagnant » avec son dauphin Jordan Bardella, président du Rassemblement national, qui sera son premier ministre en cas de victoire l'année prochaine.
Marc Lazar, professeur émérite à Sciences Po, note que « accepter la décision en appel aurait été admettre de facto sa culpabilité » - ce qui explique la cohérence interne d'une stratégie que certains jugent téméraire. Une chose est certaine : pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, une candidate condamnée à deux reprises pour détournement de fonds publics s'apprête à briguer la magistrature suprême. Et les sondages, pour l'heure, ne semblent pas lui en tenir rigueur.

LES CHIFFRES CLÉS DE L'AFFAIRE

◆ Fonds détournés : plus de 4,4 millions d'euros entre 2004 et 2016 ◆ Peine en appel : 3 ans de prison (dont 1 an ferme sous bracelet), 100 000 euros d'amende, 45 mois d'inéligibilité dont 15 mois ferme déjà purgés ◆ Peine en première instance (31 mars 2025) : 4 ans de prison dont 2 ferme, 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire immédiate ◆ Autres condamnés : 11 personnes et le RN en tant que parti ◆ Durée de l'instruction : plus de 10 ans ◆ Arrêt de la cour d'appel : 341 pages

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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