mercredi 08 juillet 2026, 21:53 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
France sous cloche de verre - la canicule mange le territoire département par département Planoise - une voiture récente part en flammes sur un parking, des policiers entrent dans les immeubles Baptiste Gerfaud Valentin, 22 ans, tué par la montagne qu'il défendait Morte pour ne jamais parler : la suspecte de l'attentat de Monaco exécutée en Ukraine, un officier du renseignement aux aveux Listeria : Grand Frais rappelle sept références de saumon et de truite fumés dans toute la France Marine Le Pen, condamnée et candidate Détroit d'Ormuz - la paix impossible La Poste à Besançon : cinq jours de résistance rue Gambetta Le double visage de Seven FK - comment un vice-président a fait tomber son propre masque Moscou frappe Kyiv à la veille d'un sommet décisif de l'OTAN
Actualités

Aveux tardifs : l’affaire criminelle parmi les plus marquantes de France rebondit, Cédric Jubillar reconnaît avoir tué son épouse

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Actualités

Aveux tardifs : l’affaire criminelle parmi les plus marquantes de France rebondit, Cédric Jubillar reconnaît avoir tué son épouse

Un courrier manuscrit remis à son avocat met fin à six années de dénégations, dans une affaire déjà minée par les défections en série de la défense.

Cédric Jubillar, condamné en 2025 à trente ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son épouse Delphine, a fini par reconnaître les faits. Dans un courrier manuscrit remis à son avocat, il met fin à six années de dénégations, deux mois avant l'ouverture de son procès en appel à Toulouse. L'aveu survient au terme d'une semaine déjà marquée par le départ retentissant de l'un de ses défenseurs.

Un courrier qui change tout

L'information a été révélée ce lundi 6 juillet par La Dépêche du Midi, puis confirmée à franceinfo et à l'AFP par l'un des avocats de Cédric Jubillar, Me Pierre Debuisson. Selon l'avocat, le peintre-plaquiste de 38 ans lui a remis « un écrit détaillé en formulant des aveux de culpabilité ».
Contacté par France Télévisions, Me Debuisson a précisé que son client « était à bout de cette situation et avait besoin de parler ». Une conférence de presse a été organisée ce lundi à 13 heures dans son cabinet à Toulouse pour officialiser ce basculement, motivé selon l'avocat par les aveux qui lui ont été faits et par la volonté du Tarnais de reconnaître sa culpabilité dans la disparition de son épouse.
Selon des propos de l'avocat rapportés par La Dépêche du Midi, Cédric Jubillar aurait reconnu sa participation « avec soulagement », après des années passées à se sentir maltraité par les enquêteurs et harcelé par la pression médiatique. Sa démarche viserait aussi, selon son conseil, à donner enfin une sépulture à la mère de ses deux enfants.

Du côté de la défense des enfants du couple, l'annonce a également été accueillie avec un certain apaisement. Contactée par l'AFP, Me Malika Chmani, qui les représente, a dit le soulagement de ses jeunes clients, tout en rappelant que la véritable étape attendue reste la révélation du lieu où repose Delphine.

« On est soulagés, soulagés pour les enfants »

- Me Malika Chmani, avocate des enfants du couple, à l'AFP

Selon l'avocat, la démarche s'est construite « de manière progressive » au fil des dernières semaines. Une première évocation aurait eu lieu au parloir, avant que Cédric Jubillar ne couche ses aveux par écrit, dans une lettre remise directement à son conseil plutôt qu'à la justice.

Une défense qui se fissure depuis des mois

Ce retournement ne surgit pas de nulle part. Le 30 juin, une semaine à peine avant l'aveu, l'avocat lillois Franck Berton, habitué des grands procès de l'affaire d'Outreau aux attentats du 13 novembre 2015, avait annoncé se retirer de l'équipe de défense à moins de trois mois de l'ouverture des débats. « Je confirme que je renonce à le défendre », avait-il déclaré au quotidien régional Midi Libre, sans vouloir en expliquer les raisons.

Selon Me Debuisson, ce départ tenait moins à un désaccord qu'à une inquiétude logistique : Cédric Jubillar redoutait l'absence de son avocat pendant les quatre semaines d'audience prévues à l'automne et préférait ne pas prendre ce risque. Franck Berton avait rejoint la défense en avril, après un premier changement de conseil en janvier, lorsque le condamné s'était séparé des avocates toulousaines qui l'avaient représenté en première instance.

C'est donc une équipe entièrement renouvelée, emmenée par Pierre Debuisson et son père Guy Debuisson, figure du barreau toulousain, qui doit désormais porter la défense de Cédric Jubillar. Une équipe qui aura, en l'espace de quelques jours à peine, vu son client passer d'un silence total à un aveu écrit.

Depuis son incarcération en juin 2021, Cédric Jubillar est détenu à l'isolement, pour des raisons de sécurité, au centre de détention de Seysses, près de Toulouse. Il y demeure toujours malgré une demande de sortie de l'isolement et de transfert, restée sans réponse favorable, selon l'AFP. C'est dans ce contexte que son avocat situe le basculement des dernières semaines, entre pression médiatique continue et fatigue psychologique accumulée depuis cinq ans.

Un silence total, puis un aveu écrit en quelques jours

La promesse d'une localisation du corps

Le courrier ne détaille pas encore l'ensemble des circonstances de la mort de Delphine Jubillar. Mais l'homme se dit prêt à livrer aux enquêteurs toutes les précisions nécessaires, notamment sur l'endroit où repose le corps de son épouse, disparue depuis près de six ans et jamais retrouvée malgré des recherches considérables, selon les informations recueillies par franceinfo.

Selon des éléments diffusés par BFMTV et relayés par plusieurs médias, Cédric Jubillar aurait par ailleurs confirmé que la Peugeot 207 bleue, pièce centrale de son procès en 2025, avait bien servi à transporter le corps de son épouse dans la nuit du drame. Une dispute aurait éclaté entre les deux époux ce soir-là, dégénérant rapidement, avec des insultes échangées, selon les propos de l'avocat rapportés par BFMTV.

Ce véhicule avait déjà cristallisé une grande partie des débats du premier procès, sans que l'accusation ne parvienne alors à en tirer une preuve définitive de transport d'un corps. Si les indications données par Cédric Jubillar se confirment, elles pourraient orienter de nouvelles recherches, cinq ans après des fouilles qui avaient déjà mobilisé gendarmes, drones et chiens spécialisés autour de Cagnac-les-Mines, sans succès.

Pour Pauline Rongier, avocate d'une proche de Delphine Jubillar, ce geste peut permettre à la famille d'entamer enfin son deuil. Interrogée sur franceinfo, elle estime que ces aveux ouvriraient la possibilité d'un recueillement sur la dépouille de la victime, un tournant qu'elle juge décisif pour les proches.

Le corps de son épouse, jamais retrouvé malgré cinq ans de recherches Aveux sincères ou calcul judiciaire ?

Toutes les voix ne saluent pas ce basculement avec le même enthousiasme. Sur franceinfo, Pauline Rongier invite à la prudence. Elle rappelle que la condamnation de Cédric Jubillar était déjà acquise en première instance, et qu'elle l'était tout autant en appel.

« la situation était sans issue pour Cédric Jubillar »

- Pauline Rongier, avocate, sur franceinfo

Pour l'avocate, cette reconnaissance tardive pourrait ainsi correspondre à une stratégie plus réaliste qu'une plaidoirie d'innocence, visant à obtenir une peine réduite en appel plutôt qu'à un repentir sincère. Elle relève également une forme de minimisation dans les rares détails livrés par Cédric Jubillar, qui évoquerait une dispute et des torts partagés, sans jamais formuler explicitement qu'il aurait tué son épouse.

Le corps, si jamais il est retrouvé après tant d'années, ne permettra sans doute pas de vérifier le mode opératoire que Cédric Jubillar dit avoir employé, souligne encore l'avocate. Le temps écoulé, selon elle, joue paradoxalement en faveur de l'accusé au moment même où il choisit de parler.

Le temps écoulé joue paradoxalement en faveur de l'accusé

Entre soulagement et exigence de vérité

Du côté de la partie civile, la prudence domine également. Me Mourad Battikh, qui défend plusieurs proches de Delphine Jubillar ainsi que le compagnon de cette dernière au moment des faits, a tenu à replacer l'annonce dans son contexte.

« Ce n'est pas un jour de victoire. C'est un jour de vérité. »

- Me Mourad Battikh, avocat de la famille de Delphine Jubillar, à franceinfo L'avocat demande que la démarche de Cédric Jubillar aille jusqu'à son terme, avec le récit complet des circonstances du meurtre et la localisation exacte du corps de Delphine. La famille, dit-il, a besoin d'une vérité entière, pas seulement d'un aveu de principe.

Cinq ans sans corps ni scène de crime

Tout commence dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Delphine Jubillar, infirmière âgée de 33 ans et mère de deux enfants, disparaît sans laisser de trace du domicile familial. Au petit matin, c'est son mari qui alerte la gendarmerie. Le procureur d'Albi ouvre une enquête pour disparition suspecte, avant que le parquet de Toulouse n'ouvre à son tour, quelques jours plus tard, une information judiciaire.

Le couple, alors en instance de divorce, traversait une séparation conflictuelle. Delphine s'apprêtait à refaire sa vie avec un nouveau compagnon. Leur fils, âgé de sept ans à l'époque, racontera plus tard aux enquêteurs avoir entendu ses parents se disputer violemment ce soir-là.

En juin 2021, six mois après les faits, Cédric Jubillar, sa mère et son beau-père sont placés en garde à vue. Le mari est mis en examen pour meurtre sur conjoint et incarcéré, il ne sortira plus de détention depuis. Malgré des fouilles massives, des recherches par drones et l'utilisation de moyens techniques considérables déployés en 2021 et 2022 autour de Cagnac-les-Mines, ni corps ni scène de crime ne seront jamais localisés.

L'enquête explore aussi, un temps, d'autres pistes qui seront finalement écartées : celle d'un confident de Delphine résidant près de Montauban, disculpé par son alibi, et celle de l'épouse de cet homme, un temps soupçonnée avant que les éléments retenus contre elle ne s'avèrent, selon l'enquête, sans fondement. Ce confident affirmera avoir échangé avec Delphine jusqu'à la veille de sa disparition, et projeter avec elle un déménagement commun.

Une reconstitution est organisée en décembre 2022 à Cagnac-les-Mines pour tenter de dissiper les zones d'ombre persistantes du dossier. Plusieurs demandes de constitution de partie civile sont déposées dans la foulée, dont celle de la propre mère de Cédric Jubillar. Certaines seront acceptées par la justice, d'autres rejetées, comme celle formulée par des amies proches de Delphine, une décision contestée en appel par leur avocat.

La procédure connaît elle-même plusieurs rebondissements : la défense conteste la mise en accusation de Cédric Jubillar devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Toulouse, qui ordonne un supplément d'information au tournant de 2024, avant de confirmer son renvoi devant la cour d'assises. Un dossier que la presse régionale et nationale n'a cessé de suivre, faisant de cette affaire l'une des plus médiatisées de ces dernières années.

Cinq ans d'une enquête sans corps ni scène de crime

Une affaire qui dépasse le seul Tarn

L'affaire Jubillar s'inscrit dans un phénomène que la justice française peine toujours à endiguer. Pour la seule année 2025, la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice a recensé 113 homicides conjugaux, dont 96 commis par des hommes au préjudice de leur compagne ou ex-compagne, selon des chiffres transmis à l'Assemblée nationale.

C'est précisément dans ce registre que la rédaction société de franceinfo a classé sa couverture des aveux de Cédric Jubillar, aux côtés des autres affaires de violences conjugales suivies par ses journalistes. Un rappel que, derrière chaque dossier hors norme largement médiatisé, se dessine une réalité bien plus large et bien moins documentée par la presse nationale.

La condamnation, puis le vertige de l'appel

En octobre 2025, au terme de quatre semaines de débats devant la cour d'assises du Tarn à Albi, Cédric Jubillar est reconnu coupable et condamné à trente ans de réclusion criminelle. Défendu par les avocates toulousaines qui l'assistaient alors, il a toujours clamé son innocence pendant l'instruction et le procès, avant de faire appel de sa condamnation.

La plaidoirie de son avocate de l'époque avait marqué les observateurs du procès, saluée par plusieurs commentateurs judiciaires comme l'une des révélations de cette audience hors norme, malgré l'issue défavorable pour son client. Ce premier procès restera comme l'un des plus suivis de ces dernières années, entre battues citoyennes, rassemblements de soutien à la famille et déferlement médiatique quasi continu depuis 2020.

Trois mois après le verdict, en janvier 2026, il change une première fois de défense pour confier son sort à Me Pierre Debuisson, puis à son père Guy Debuisson. Franck Berton rejoint brièvement l'équipe en avril, avant de s'en retirer fin juin. Son procès en appel doit s'ouvrir le 21 septembre devant la cour d'assises d'appel de Toulouse, pour quatre semaines d'audience.

Ces aveux, survenant deux mois avant l'ouverture des débats, pourraient rebattre les cartes de ce second procès. La justice pourrait ouvrir un nouveau supplément d'information avant même le début de l'audience, selon les informations de La Dépêche du Midi, un scénario qui redessinerait entièrement l'équation judiciaire de l'affaire.

Une fois la justice saisie par l'avocat, la présidente de la cour d'assises d'appel de la Haute-Garonne pourrait ordonner un supplément d'information, débouchant sur une audition de Cédric Jubillar dans les prochaines semaines, selon une source proche du dossier citée par l'AFP. S'il précise la localisation du corps, des investigations pourront alors être relancées sur le terrain.

En droit français, un aveu formulé après une condamnation ne suffit toutefois pas, à lui seul, à clore un dossier. La cour d'assises d'appel devra examiner l'ensemble des éléments, y compris cette reconnaissance tardive, avant de statuer à nouveau sur la culpabilité et sur la peine. Cédric Jubillar avait d'ailleurs été mis en examen dès 2021 sur la base d'un faisceau d'indices concordants, sans que les gendarmes ne disposent alors de preuve matérielle irréfutable ni de corps.

Cinq ans après une disparition qui a bouleversé la France entière, une famille attend toujours une réponse complète. L'aveu de Cédric Jubillar en offre, pour la première fois, l'esquisse. Reste à savoir s'il ira, comme le réclame la partie civile, jusqu'à son terme.

D'ici là, les enquêteurs devront décider s'il convient de relancer des recherches ciblées sur la base des indications, encore imprécises, livrées par Cédric Jubillar. Une nouvelle étape judiciaire s'ouvre, dans un dossier qui, depuis cinq ans, n'a cessé de déjouer les pronostics.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
Partager :

À lire aussi

100%