jeudi 09 juillet 2026, 00:56 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
Picardie sonne l'alarme : les parents se rebellent contre une fermeture de classe jugée incompréhensible Face au Paraguay, la France triomphe par ses valeurs contre le racisme et la haine France sous cloche de verre - la canicule mange le territoire département par département Planoise - une voiture récente part en flammes sur un parking, des policiers entrent dans les immeubles Baptiste Gerfaud Valentin, 22 ans, tué par la montagne qu'il défendait Morte pour ne jamais parler : la suspecte de l'attentat de Monaco exécutée en Ukraine, un officier du renseignement aux aveux Listeria : Grand Frais rappelle sept références de saumon et de truite fumés dans toute la France Marine Le Pen, condamnée et candidate Détroit d'Ormuz - la paix impossible La Poste à Besançon : cinq jours de résistance rue Gambetta
Économie

76 % des Français savent que le système va craquer, et personne ne veut payer la facture

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Actualités

76 % des Français savent que le système va craquer, et personne ne veut payer la facture

Un sondage Ifop publié hier à peine révèle une contradiction française d'une clarté rare : les trois quarts de la population admettent que le système de retraite ne tiendra pas sans réforme. Mais quand on leur demande qui doit en supporter le coût, chaque groupe désigne un autre. Les jeunes acceptent de baisser les pensions. Les retraités préfèrent hausser les cotisations. Personne ne veut travailler plus longtemps. Et pendant ce temps, 14 millions de retraités attendent depuis 16 mois une revalorisation de leur pension complémentaire.

On sait que ça va craquer. On ne sait pas qui paiera

Le sondage Ifop pour le club Landoy, publié ce 22 juin, dresse un tableau d'une clarté presque comique. Réalisé entre le 7 et le 13 avril 2026 auprès de 2 059 personnes représentatives de la population française, il pose la question que les politiques évitent soigneusement.

Résultat brut : 76 % des sondés estiment que le système de retraite actuel ne pourra pas être maintenu sans nouvelle réforme. Les trois quarts des Français savent. Ce n'est pas une révélation. C'est ce qui vient après qui est intéressant.

72 % n'ont pas confiance dans la capacité du système à leur garantir une pension suffisante. Ce chiffre monte à 87 % chez les 18-34 ans, et reste à 71 % chez les 50-64 ans, ceux qui approchent pourtant de la sortie de la vie active. Autrement dit : même ceux qui vont bientôt toucher leur retraite ne croient pas vraiment que ça tiendra.
76 % des Français savent que le système va craquer. 72 % n'ont pas confiance en leur pension future. Et pourtant, chaque groupe refuse de payer la part qui lui revient. (Ifop pour le club Landoy, 22 juin 2026, 2 059 personnes)

Quand on passe aux solutions, la cohérence s'effondre. 51 % souhaitent un retour à un âge légal inférieur à 64 ans. Mais personne ne s'accorde sur les leviers pour financer cela. Trois options sont testées : hausse des cotisations, recul de l'âge, baisse des pensions. Aucune ne fait consensus.

Les clivages d'âge sont brutaux. Les plus de 65 ans, c'est-à-dire les retraités actuels, sont la seule catégorie à préférer majoritairement la hausse des cotisations et le recul de l'âge de départ. En revanche, ils rejettent massivement la baisse des pensions : seulement 5 % l'acceptent. Traduction sans filtre : ils veulent que les actifs cotisent plus et travaillent plus longtemps pour que leurs propres pensions ne baissent pas. À l'inverse, les 18-24 ans sont les plus favorables à la baisse des pensions, à 29 %. Ils sont déjà résignés à ne pas recevoir ce que leurs parents ont reçu.

LE DÉTAIL QUI CHANGE TOUT

Si l'âge augmente quand même, que veulent-ils

Le sondage pose une question hypothétique : si malgré tout l'âge légal était une nouvelle fois augmenté, comment souhaiteriez-vous travailler jusqu'à cet âge ? Les réponses sont claires. Environ deux tiers des sondés souhaitent des aménagements : retraite progressive, temps partiel, télétravail. Seulement 20 % déclarent vouloir continuer à travailler sans aménagement.

Ce chiffre dit quelque chose d'important que le débat politique passe systématiquement sous silence. La résistance française à la réforme des retraites n'est pas uniquement une résistance à travailler plus longtemps. C'est aussi une résistance à travailler de la même façon jusqu'au dernier jour. Les Français accepteraient davantage un recul de l'âge s'il s'accompagnait d'une transition en douceur, avec des modalités différentes pour les dernières années. C'est une piste que ni la réforme de 2023 ni les propositions actuelles n'ont vraiment explorée.

CE QUI A CHANGÉ DEPUIS JANVIER

La suspension concrète en chiffres

Depuis le 1er septembre 2026, l'âge légal de départ en retraite est officiellement figé à 62 ans pour les générations 1964 à 1968, dans une fourchette variant entre 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois selon l'année de naissance exacte. L'âge légal à 64 ans, qui devait s'appliquer aux personnes nées en 1968, ne concernera finalement que celles nées à partir de 1969. Cette suspension court jusqu'en 2028, après quoi le calendrier de la réforme reprend automatiquement, sauf nouvelle loi.

Le décret carrières longues, nécessaire à l'application de la suspension, a été publié au Journal officiel en mai 2026. L'instruction des dossiers a pu commencer. Concrètement, les personnes ayant commencé à travailler avant 16, 18, 20 ou 21 ans peuvent toujours partir de façon anticipée sous conditions de trimestres cotisés. Grande nouveauté : les trimestres liés à la naissance, l'adoption ou l'éducation d'enfants sont désormais intégrés dans le calcul pour les départs à partir de septembre 2026, dans la limite de deux trimestres pour la carrière longue et quatre au total.

À moins d'une nouvelle loi, le relèvement progressif de l'âge de départ reprendra dès le 1er janvier 2027. La suspension de 2026 est une parenthèse, pas une abrogation.

Les pensions de base ont été revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026. Ce chiffre mérite d'être mis en perspective : l'inflation 2025 ayant atteint des niveaux plus élevés, la revalorisation est en réalité une légère perte de pouvoir d'achat réel pour beaucoup de retraités. Le barème de la CSG n'ayant pas été indexé sur l'inflation, certains pensionnés ont mécaniquement basculé dans une tranche d'imposition supérieure, enregistrant une baisse de leur pension nette malgré un montant brut stable.

L'AGIRC-ARRCO

14 millions de retraités sans revalorisation depuis 16 mois

Le dossier le plus silencieux et le plus concret de la semaine concerne les 14 millions de retraités du secteur privé qui bénéficient d'une pension complémentaire Agirc-Arrco. Depuis le 1er novembre 2024, la valeur du point Agirc-Arrco est bloquée à 1,4386 euro. Aucune revalorisation. Le gel dure maintenant depuis 16 mois, un record sur trente ans selon plusieurs sites spécialisés.

La raison de ce blocage est politique au sens strict du terme. En octobre 2025, lors du conseil d'administration de l'Agirc-Arrco, le patronat et les syndicats n'ont pas trouvé d'accord. En janvier 2026, les syndicats ont posé leurs conditions : toute discussion sur les pensions devait s'accompagner d'avancées sur l'emploi des jeunes et l'assurance chômage. Le patronat a refusé. Les négociations ont été renvoyées à l'automne 2026.

En juin 2026, l'INSEE a fourni son pronostic d'inflation annuelle pour l'année : 2 %. C'est désormais la base de négociation pour la revalorisation Agirc-Arrco attendue à l'automne. La fourchette ira de 1,2 % à 2 %. Trois scénarios restent sur la table : une revalorisation modérée, un rattrapage partiel des 16 mois de gel, ou un nouvel échec débouchant sur une action en justice. Pour les 14 millions de concernés, chaque mois de gel représente une perte de pouvoir d'achat réelle, d'autant que le recalcul de la CSG a déjà fait baisser leur pension nette.

CE QUE DIT LE SONDAGE SUR L'AVENIR

Un pays qui attend 2027

Le sondage Ifop révèle une réalité que les chiffres de la suspension ne montrent pas : les Français ne font pas confiance à la trajectoire actuelle. Suspendre la réforme ne les rassure pas. 76 % savent qu'une réforme sera nécessaire. La question est de savoir laquelle, et surtout quand.

La présidentielle de 2027 est désormais l'horizon de tous les calculs. Les candidats potentiels de gauche promettent d'abroger définitivement la réforme de 2023 et de revenir à 60 ou 62 ans. Les candidats de droite promettent de la relancer, voire de l'accélérer. Aucun camp ne dit clairement qui paiera la différence.

Le sondage Ifop ferme le débat sur ce point avec une sécheresse froide : personne ne veut payer. Pas les jeunes, qui n'ont pas confiance dans les pensions qu'ils recevront. Pas les actifs, qui n'acceptent pas de travailler deux ans de plus sans aménagement. Pas les retraités, dont 95 % refusent que leurs pensions baissent. Et pourtant, l'argent doit venir de quelque part.

LES CHIFFRES DE LA SEMAINE - RETRAITES

Sondage Ifop / Club Landoy (7-13 avril, 2 059 personnes) : 76 % pensent qu'une nouvelle réforme est inévitable. 72 % n'ont pas confiance dans leur pension future.

51 % souhaitent un retour à un âge légal inférieur à 64 ans. Mais aucun consensus sur le financement.

Les plus de 65 ans : seule catégorie à accepter la hausse des cotisations et le recul de l'âge. 95 % refusent la baisse des pensions.

Si l'âge augmentait à nouveau : 2/3 souhaitent des aménagements (temps partiel, retraite progressive). 20 % seulement acceptent de continuer sans aménagement.

Suspension de la réforme : âge légal figé à 62 ans pour les générations 1964-1968. Reprend en 2027 sauf nouvelle loi.

Agirc-Arrco : 16 mois sans revalorisation du point de retraite. 14 millions de retraités du privé concernés. Base de négociation automne : entre 1,2 % et 2 %.

Pensions de base : revalorisées de 0,9 % en janvier 2026. Inflation 2025 plus élevée : perte de pouvoir d'achat réel pour beaucoup.

76 % des Français savent que le système va craquer. C'est peut-être le consensus le plus honnête qu'un sondage sur les retraites ait jamais produit en France. Le désaccord ne porte pas sur le diagnostic. Il porte sur qui va tenir la note. Et sur ce point, deux mille personnes interrogées en avril 2026 ont répondu avec une cohérence parfaite : pas moi.

C'est exactement là qu'est le problème. Et il n'y a pas de sondage pour le résoudre.

L'Appel
Partager :

À lire aussi

100%