Au cœur des négociations secrètes : comment Washington a tenté de sauver les négociateurs iraniens d’un assassinat
Un avion escorté par des chasseurs pakistanais. Un atterrissage d'urgence sous la menace israélienne. Une phrase glaciale prononcée à Tel-Aviv par un émissaire américain. Voici comment Washington a tenté, en secret, de sauver ses propres pourparlers de paix.
Deux hommes. Deux noms que le grand public ignorait il y a encore quelques mois. Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien. Selon le New York Times, confirmé indépendamment par le Washington Post et CNN, ces deux négociateurs auraient figuré, au printemps 2026, sur la liste des cibles qu'Israël envisageait d'éliminer - en pleine négociation de paix avec les États-Unis.
Un aveu rarissime, venu de Téhéran elle-même
Ce qui rend cette affaire exceptionnelle n'est pas seulement son contenu. C'est sa confirmation. Le 2 et 3 juillet, Abbas Araghchi a lui-même validé publiquement les informations de la presse américaine.
Un ministre des Affaires étrangères confirmant, en pleine négociation avec l'ennemi d'hier, qu'il a échappé à une tentative d'assassinat planifiée par un partenaire de son interlocuteur. Ce genre d'aveu ne survient presque jamais dans le monde feutré de la diplomatie secrète.
"Israël aurait tenté de tuer les principaux négociateurs iraniens afin de faire dérailler les pourparlers de cessez-le-feu."
Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, confirmant les révélations du New York Times
Un message que Washington ne pouvait pas envoyer directement
Les États-Unis et l'Iran n'entretiennent plus aucune relation diplomatique officielle depuis 1980. Pas d'ambassade, pas de ligne directe, pas de canal établi entre les deux capitales.
Alors quand des responsables américains ont voulu prévenir Téhéran d'un danger imminent visant ses propres négociateurs, ils ont dû emprunter un chemin détourné. Selon le New York Times, Washington a sollicité des pays tiers de la région pour transmettre l'avertissement.
Un message d'alerte, envoyé non pas à un allié, mais à un adversaire stratégique de longue date - au sujet des intentions d'un autre allié, Israël. Une situation diplomatiquement inédite, révélatrice des tensions grandissantes entre les objectifs de guerre de Washington et ceux de Tel-Aviv.
Islamabad, avril 2026 : l'épisode qui a tout changé C'est en avril, lors d'un déplacement du président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf à Islamabad, que l'inquiétude américaine bascule dans l'urgence.
Ghalibaf s'y rend pour rencontrer le vice-président américain JD Vance, dans le cadre des pourparlers destinés à mettre fin à la guerre et à rouvrir le détroit d'Ormuz. Le Pakistan, conscient du danger, dépêche des chasseurs pour escorter l'avion de la délégation iranienne depuis la frontière jusqu'à la capitale.
Le trajet aller se déroule sans incident. C'est au retour que tout dérape.
"Le service de sécurité iranien a détecté une menace militaire israélienne visant l'appareil, contraignant un atterrissage d'urgence à Mashhad."
New York Times, récit de l'incident d'avril 2026
L'avion transportant la délégation iranienne - soixante-dix personnes selon le Times - se pose en catastrophe à Mashhad, loin de Téhéran. Ghalibaf et son équipe terminent le trajet par la route, sous escorte, jusqu'à la capitale iranienne.
Une liste de cibles, révélée dès mars par le Wall Street Journal
L'épisode de Mashhad n'est pas une surprise isolée. Le Wall Street Journal avait déjà révélé, dès mars 2026, qu'Araghchi et Ghalibaf figuraient sur une liste de cibles israéliennes établie pendant la campagne de frappes contre les hauts responsables iraniens.
Les deux hommes en avaient été retirés temporairement, au moment précis où s'ouvraient les discussions avec Washington. Un retrait provisoire, semble-t-il, et non une décision définitive - ce qui explique l'inquiétude persistante des services américains tout au long du printemps.
"Si vous tuez ces hommes, vous tuez les pragmatiques"
Selon le Washington Post, l'administration Trump serait allée plus loin que la simple transmission d'un avertissement à Téhéran. Dès le mois de mars, des responsables américains auraient directement demandé à leurs homologues israéliens de mettre fin à cette campagne visant les deux négociateurs.
"Si vous tuez ces hommes, vous tuez les pragmatiques."
Un responsable américain anonyme, cité par le Washington Post
La phrase résume, à elle seule, le calcul stratégique de Washington : Araghchi et Ghalibaf, aussi contestés soient-ils par ailleurs, représentaient les seuls interlocuteurs iraniens capables de signer un accord. Les éliminer, c'était condamner toute chance de fin de guerre négociée.
Une guerre déclenchée par l'élimination d'un guide suprême
Pour comprendre l'ampleur de la menace qui pesait sur ces deux hommes, il faut se souvenir de la manière dont cette guerre a commencé. Le 28 février 2026, des frappes aériennes conjointes américano-israéliennes visent Téhéran.
Le guide suprême Ali Khamenei y trouve la mort, aux côtés de plusieurs hauts responsables - dont Ali Larijani, chef de la sécurité nationale iranienne. Dans les premiers jours du conflit, Israël élimine ainsi de nombreuses figures politiques et religieuses de premier plan.
C'est dans ce contexte que le président américain Donald Trump avait lui-même, en mars, refusé de révéler publiquement l'identité des responsables iraniens avec lesquels Washington négociait, expliquant sobrement : "Je ne veux pas qu'ils soient tués."
Un cessez-le-feu fragile, une paix encore lointaine
Les négociations se poursuivent malgré tout. Doha en mai, la Suisse en juin - où Araghchi et Ghalibaf rencontrent directement JD Vance - aboutissent finalement à un accord-cadre signé le 17 juin 2026.
Cet accord instaure un cessez-le-feu de soixante jours, censé permettre aux deux parties de négocier un règlement définitif. Il laisse toutefois de côté la question la plus explosive : l'avenir du programme nucléaire iranien.
Le cessez-le-feu, en outre, reste précaire sur le terrain. Malgré l'accord, l'Iran a continué de tirer sur des navires dans le détroit d'Ormuz, provoquant des ripostes américaines ciblées.
Washington et Tel-Aviv, un silence qui en dit long
Ni le gouvernement américain ni le gouvernement israélien n'ont directement commenté ces allégations de projet d'assassinat, à ce jour.
Un silence qui contraste avec la précision des détails rapportés - noms, dates, lieux, citations attribuées à des officiels sous couvert d'anonymat - et qui laisse ouverte une question centrale pour la suite des pourparlers : les intentions israéliennes envers Araghchi et Ghalibaf ont-elles réellement pris fin, ou seulement changé de calendrier ?