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Un Beretta légal disparaît: comment une arme licenciée alimente la délinquance

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Un Beretta légal disparaît: comment une arme licenciée alimente la délinquance

Cambriolage entre le 19 et 22 juin, pistolet volé, criminel emprisonné, mais l'arme toujours en circulation. L'alerte de police du 3 juillet met en lumière l'infiltration des circuits clandestins.

Le tireur sportif avait suivi les règles. Son Beretta M1935, calibre 7,65 mm, était enregistré à la Fédération française de tir. Il dormait dans un box de garage, entre le 19 et le 22 juin, à Besançon. Le 3 juillet, la Police nationale du Doubs lance un appel à témoins publique: l'arme circule toujours, quelque part dans les réseaux clandestins de la ville.

L'arme qui a disparu

Un Beretta M1935: c'est un nom qui parle aux passionnés. Pistolet semi-automatique conçu en 1935, produit en série pendant la Seconde Guerre mondiale, devenu depuis une pièce de collection respectable. Le calibre 7,65 mm le place dans la catégorie des armes de poing de puissance modérée, mais c'est une arme fonctionnelle qui peut tirer et blesser.

Quatre cartouches accompagnaient le pistolet. Quatre balles. C'est peu. C'est assez.

Le propriétaire n'était pas un novice. Il tenait sa licence auprès de la Fédération française de tir. Il avait déclaré son arme. Il ne violait aucune loi. Et pourtant, dans la nuit du 19 au 22 juin, quelqu'un a forcé la serrure de son box.

Le cambrioleur déjà connu

Les policiers de la Brigade des atteintes aux biens l'ont interpellé grâce à la vidéosurveillance. Il était déjà connu des services.

Les enquêteurs de la Police nationale du Doubs n'ont pas eu besoin de longues recherches. L'exploitation des images de vidéoprotection - les caméras de surveillance du quartier - a permis d'identifier rapidement un suspect. Mieux encore: c'était un homme déjà connu des services de police pour des faits similaires. Un cambrioleur récidiviste. Quelqu'un qui savait comment entrer dans les garages, ce qu'il fallait y chercher.

Présenté devant le tribunal judiciaire de Besançon le 26 juin 2026, en comparution immédiate, l'homme a reconnu les faits. Il n'a pas nié. Il a plaidé coupable.

Le tribunal l'a condamné à dix mois de prison ferme, avec incarcération immédiate.

Mais l'arme s'est envolée

Et puis il y a eu la complication. Lors de son audition, l'homme a déclaré avoir revendu le pistolet. Il avait déjà disparu du circuit légal. Il n'était plus tracé. Il n'était plus assujetit aux règles de conservation. Il était passé dans les mains de quelqu'un d'autre.

Le 3 juillet, quand la Police nationale du Doubs a lancé son appel public, neuf jours après l'emprisonnement du voleur, l'arme n'avait toujours pas été retrouvée. Elle était quelque part, dans les circuits de la délinquance locale, entre les mains de quelqu'un qui n'avait aucune licence.

L'alerte de la police: une voix isolée?

La police n'a pas mâché ses mots. Son communiqué du 3 juillet était clair, direct, alarmiste: 'Une arme légale peut alimenter la délinquance.' C'est le titre même de leur avertissement.

Pourquoi cette insistance? Parce que c'est exactement ce qui se passe. Un pistolet Beretta, bien entretenu, mécaniquement sain, vient de quitter le monde légal pour entrer dans celui des règlements de comptes, des braquages possibles, des crimes potentiels. C'est une arme historique, certes. Mais c'est une arme qui fonctionne. Et elle est maintenant entre les mains de quelqu'un qui n'a jamais passé de test psychologique, qui n'a jamais prouvé sa stabilité, qui n'a jamais sollicité de licence.

Les campagnes de sensibilisation des dernières années pour réduire les armes en circulation: le Beretta échappe complètement à ces efforts. Il n'est pas rendu. Il n'est pas confisqué. Il est actif.

Un responsable: le propriétaire?

Faut-il blâmer le tireur sportif licencié? Les règles français demandent de conserver les armes 'dans une armoire forte ou un coffre sécurisé, conformément à la réglementation'. Un box de garage ne remplit techniquement pas ce critère. C'est la police elle-même qui le souligne dans son communiqué: conserver une arme dans un garage ou un véhicule c'est se mettre en danger.

Mais est-ce qu'une simple armoire forte aurait changé la donne? Un cambrioleur décidé aurait pu la forcer aussi. La véritable vulnérabilité réside ailleurs: dans le fait que les criminels connaissent l'existence de ces collections d'armes. Ils cherchent. Ils trouvent.

Les chiffres manquants

Combien d'armes légales sont volées chaque année en Bourgogne-Franche-Comté? La préfecture du Doubs n'a pas communiqué de chiffres récents. Augmentation? Stagnation? On ne sait pas.

Les statistiques nationales montrent que la circulation des armes illégales est un enjeu majeur de sécurité publique. Des affaires récentes comme l'interpellation d'un forcené armé à Nice ou des trafics présumés en Mayenne le rappellent régulièrement. Mais les chiffres spécifiques sur les vols d'armes légales: silence.

C'est un blanc statistique. Et un blanc statistique est, par nature, dangereux.

Le message de la police: une aide trop tardive?

Le communiqué du 3 juillet invite les détenteurs d'armes à 'respecter scrupuleusement les règles de conservation'. Coffre sécurisé. Jamais dans un garage ou un véhicule. Séparer stockage des armes et munitions. Signaler immédiatement tout vol.

C'est judicieux. C'est utile. Mais c'est aussi un message qui arrive après la bataille. Le Beretta est déjà parti.

Et pour le propriétaire victime de ce cambriolage? Il avait suivi les consignes acceptées. Il était licencié. Il avait déclaré. Et malgré tout, son arme le hante maintenant - quelque part, en train de circuler.

Un pistolet historique vient de quitter le monde légal pour entrer dans celui des crimes potentiels. Et la police cherche, impuissante.

Et maintenant?

L'appel à témoins persiste. Quelqu'un, quelque part, en saura plus. Quelqu'un achètera le pistolet, le revendra, le montrera. Ou il dormira, caché, en attente du moment où quelqu'un le sortira pour une violence.

En attendant, la police rappelle: la détention d'une arme volée est un délit puni de plusieurs années de prison.

Mais avant d'emprisonner quelqu'un, il faut d'abord le trouver.

L'Appel
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