jeudi 09 juillet 2026, 01:28 📌 Ajouter L'Appel sur Google
⚡ DERNIÈRES
Un corps calciné dans les bois de l'Oise - deux hommes mis en examen après une fête qui a mal tourné Une guerre qui ne meurt jamais : pourquoi les portefeuilles européens n'ont pas fini de payer le prix de l'Iran Picardie sonne l'alarme : les parents se rebellent contre une fermeture de classe jugée incompréhensible Face au Paraguay, la France triomphe par ses valeurs contre le racisme et la haine France sous cloche de verre - la canicule mange le territoire département par département Planoise - une voiture récente part en flammes sur un parking, des policiers entrent dans les immeubles Baptiste Gerfaud Valentin, 22 ans, tué par la montagne qu'il défendait Morte pour ne jamais parler : la suspecte de l'attentat de Monaco exécutée en Ukraine, un officier du renseignement aux aveux Listeria : Grand Frais rappelle sept références de saumon et de truite fumés dans toute la France Marine Le Pen, condamnée et candidate
International

Une guerre qui ne meurt jamais : pourquoi les portefeuilles européens n’ont pas fini de payer le prix de l’Iran

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
Actualités

Une guerre qui ne meurt jamais : pourquoi les portefeuilles européens n’ont pas fini de payer le prix de l’Iran

Nouvelles frappes américaines, nouvelles représailles iraniennes sur Bahreïn et le Koweït, nouveau bond du baril. À chaque cessez-le-feu annoncé puis rompu, ce sont les mêmes ménages qui repaient la facture. Combien de temps encore avant que les économies de précaution ne s'épuisent ?

Mercredi, l'illusion d'une sortie de crise s'est de nouveau effondrée. Quelques heures après une vague de frappes américaines sur plus de 80 cibles iraniennes, les Gardiens de la révolution ont annoncé avoir visé des sites militaires américains à Bahreïn et au Koweït, abattant au passage un drone MQ9. Le baril de Brent a bondi de plus de 5% dans la journée pour dépasser les 78 dollars, effaçant en quelques heures les semaines de décrue des prix que les automobilistes européens commençaient tout juste à sentir dans leur porte-monnaie.

La nuit où le cessez-le-feu est mort, avant de ressusciter à moitié Tout est parti de trois pétroliers attaqués mardi près du détroit d'Ormuz, dont un méthanier qatari, l'Al-Rekayyat, et un tanker battant pavillon saoudien. Détail qui ne doit rien au hasard : les trois navires empruntaient la route proche des côtes d'Oman, celle-là même que Washington avait imposée fin juin pour contourner le contrôle iranien du détroit, et non la voie que Téhéran considère comme seule autorisée. Le Commandement central américain a répliqué dans la nuit en frappant plus de 80 cibles en Iran, systèmes de défense antiaérienne, centres de commandement, radars, capacités antinavires et petites embarcations des Gardiens de la révolution.

Washington a ajouté à ces frappes une mesure aux effets plus durables que n'importe quel missile : le département du Trésor a révoqué, dès mardi soir, la dérogation qui autorisait depuis quelques semaines l'Iran à vendre légalement son pétrole en dollars sur le marché mondial. Les transactions déjà engagées resteront tolérées jusqu'au 17 juillet, mais toute nouvelle vente est interdite avec effet immédiat. Téhéran a répliqué mercredi en frappant, selon les Gardiens de la révolution, jusqu'à 85 sites américains à Bahreïn et au Koweït, dont le quartier général de la Cinquième flotte américaine à Bandar Salman et la base aérienne d'Ali Al Salem.

Le président américain, en déplacement au sommet de l'OTAN en Turquie, a d'abord affirmé que le cessez-le-feu était selon lui terminé et menacé de nouvelles frappes dès la nuit suivante. Quelques heures plus tard, le même jour, il assurait ne pas croire à un retour à la guerre totale, promettant que les prix allaient redescendre rapidement grâce à un excédent d'offre mondiale. Cette volte-face en une seule journée n'est pas un détail anecdotique : elle illustre à quel point les marchés de l'énergie, et donc les budgets de millions de ménages, dépendent désormais autant de l'humeur d'un homme que des rapports de force militaires sur le terrain.

Le baril, thermomètre d'une guerre qui ne dit jamais son dernier mot Ce mercredi n'est pas un accident isolé, mais le troisième acte d'un scénario que les marchés commencent à connaître par coeur. Depuis le déclenchement du conflit le 28 février, chaque cessez-le-feu a suivi le même schéma : annonce d'une désescalade, reprise prudente du trafic dans le détroit, puis une nouvelle attaque de tanker qui remet tout en cause. Un premier cessez-le-feu conclu le 8 avril n'avait jamais permis un retour du trafic maritime à son niveau d'avant-guerre. Fin juin, une nouvelle séquence de frappes croisées avait déjà visé Bahreïn et le Koweït, avant qu'un nouveau round de pourparlers à Doha ne calme temporairement le jeu.

Le Brent, qui évoluait autour de 70 dollars avant cette dernière flambée, est passé à 74,16 dollars mardi puis a dépassé les 78 dollars mercredi, son niveau le plus élevé depuis le 23 juin. Le baril américain WTI a suivi la même trajectoire, grimpant de plus de 4% pour clôturer au-dessus de 73 dollars. Dans l'absolu, ces niveaux restent loin des sommets de mars, quand le Brent avait franchi la barre des 100 dollars et que l'Agence internationale de l'énergie qualifiait la situation de plus grande perturbation de l'histoire du marché pétrolier mondial. Mais c'est précisément ce qui rend ce nouvel épisode si inquiétant : les prix n'ont jamais eu le temps de se stabiliser durablement avant de repartir à la hausse.

Un chiffre à lui seul résume pourquoi personne ne devrait tabler sur une résolution rapide : selon Holger Schmieding, chef économiste chez Berenberg, les deux camps n'ont tout simplement pas les mêmes intérêts financiers dans cette crise. Washington veut des prix bas pour ne pas payer politiquement la facture aux pompes à essence avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Téhéran, de son côté, a besoin non pas de la paix en elle-même, mais de la levée des sanctions et de l'argent qu'elle rapporterait aux Gardiens de la révolution. Deux calculs qui ne se rencontrent pas forcément sur un compromis stable, et qui expliquent pourquoi les cessez-le-feu successifs ressemblent davantage à des pauses tactiques qu'à une véritable sortie de crise.

Ce que ce cycle a déjà coûté aux Français

Pendant que les diplomates négocient et que les marchés spéculent, la facture, elle, est bien réelle et déjà payée. Fin mars, le prix moyen du gazole en France avait atteint 2,188 euros le litre, un record absolu depuis le début des relevés officiels en 1985, en hausse de 50 centimes en un seul mois. Selon les données du ministère de l'Économie, un plein de 40 litres de gazole coûtait alors plus de 20 euros de plus qu'avant la guerre dans 70% des stations-service françaises. À la mi-année, une accalmie relative avait ramené les prix autour de 1,95 euro le litre pour le sans-plomb et 1,89 euro pour le gazole, plaçant tout de même la France parmi les pays les plus chers de l'Union européenne.

Cette accalmie, précisément celle que la nouvelle flambée de mercredi menace de faire disparaître, n'a jamais profité également à tous les foyers. Selon une enquête Elabe, 59% des Français désignent spontanément la guerre en Iran comme la première responsable de la hausse des prix à la pompe, loin devant les compagnies pétrolières ou l'État. Mais l'impact réel de cette hausse n'a rien d'homogène : 64% des personnes qui peinent déjà à boucler leurs fins de mois déclarent un impact important sur leur budget, contre 58% chez les employés et ouvriers, et 53% chez les habitants des zones rurales et petites villes, structurellement plus dépendants de la voiture individuelle.

L'Insee a observé, dans son enquête de conjoncture menée entre fin février et mi-mars, un changement radical et immédiat des anticipations d'inflation des ménages français dès les premiers jours du conflit. Le solde d'opinion sur les perspectives d'inflation a bondi de 40 points en l'espace de quelques jours à peine après le déclenchement des hostilités, un basculement si soudain que de nombreux automobilistes s'étaient précipités à la pompe dès le 2 et le 3 mars, par anticipation, avant même que les prix n'explosent réellement.

28 février 2026 début de la guerre américano-israélienne contre l'Iran ; blocage quasi total du détroit d'Ormuz.

31 mars 2026 record historique du gazole en France, 2,188 €/litre ; Brent au-dessus de 100 dollars.

8 avril 2026 premier cessez-le-feu annoncé ; le trafic maritime ne retrouve jamais son niveau d'avant-guerre.

Fin juin 2026 nouvelle vague de frappes croisées ; l'Iran vise déjà Bahreïn et le Koweït une première fois.

7-8 juillet 2026 trois pétroliers attaqués, frappes américaines massives, licence pétrolière iranienne révoquée, nouvelles représailles iraniennes.

Pourquoi vos économies ne sont pas forcément à l'abri, même si le baril redescend C'est ici que l'analyse doit dépasser le simple constat du prix à la pompe. Selon une note de PwC consacrée à l'exposition énergétique de la France, une hausse durable du pétrole de 65 à 100 dollars pourrait ajouter à elle seule entre 0,5 et 1 point d'inflation en Europe. Mais le cabinet souligne un mécanisme moins visible et pourtant décisif : face à un environnement économique incertain, les ménages ne se contentent pas de réduire leur consommation, ils ont aussi tendance à augmenter leur épargne de précaution, un réflexe déjà observé lors du choc énergétique de 2022. Autrement dit, la peur de manquer pousse une partie des Français à geler leur argent plutôt qu'à le dépenser, ce qui ralentit encore davantage une économie déjà fragilisée.

Ce réflexe défensif, salutaire à l'échelle individuelle, ne profite pourtant qu'à ceux qui disposent d'une épargne à mobiliser. Pour le tiers de Français qui déclare déjà avoir du mal à boucler ses fins de mois, il n'existe tout simplement pas de coussin à constituer : chaque nouvelle flambée du gazole se traduit immédiatement par un arbitrage entre plein d'essence et autres dépenses essentielles, sans marge de manoeuvre. La guerre en Iran ne frappe donc pas les portefeuilles de manière égale ; elle créuse un fossé entre les ménages qui peuvent se permettre d'attendre que la tempête passe, et ceux pour qui chaque nouvelle escalade est un choc immédiat et sans filet.

Un autre biais mérite d'être souligné : les États-Unis, en tant que grand exportateur d'hydrocarbures, tirent globalement bénéfice d'un baril plus cher, même si leurs propres automobilistes en pâtissent à la pompe. Cette asymétrie structurelle signifie que la pression intérieure pour mettre fin rapidement au conflit n'est pas aussi forte à Washington qu'elle ne l'est dans les économies structurellement importatrices d'énergie, comme la plupart des pays européens, l'Inde ou l'Asie du Sud-Est. Un scénario du cabinet Goldman Sachs, cité par Euronews, chiffre qu'une envolée durable vers 100 dollars le baril accompagnée d'un gaz à 60 euros le mégawattheure porterait l'inflation moyenne de la zone euro à 2,4% sur l'ensemble de 2026, avec un pic supérieur à 3% au deuxième trimestre, et retarderait d'autant le retour de la Banque centrale européenne à sa politique monétaire habituelle.

La question à laquelle personne ne répond franchement : combien de temps encore ?

Le précédent historique le plus proche reste le choc pétrolier de 1973, lorsque l'embargo décrété par les pays arabes de l'OPEP avait fait tripler le prix du baril en quelques mois, plongeant les économies occidentales dans une stagflation qui a duré plusieurs années. Celui de 1979, déclenché par la révolution iranienne, avait de nouveau fait plus que doubler les prix, forçant les banques centrales à un resserrement monétaire brutal et à une récession prolongée. Rien ne garantit que le choc actuel suivra la même trajectoire, mais la logique structurelle qui a produit ces crises passées, celle d'intérêts géopolitiques qui priment sur la stabilité économique mondiale, reste identique.

Ce que révèle surtout la séquence de ce mercredi, c'est que la temporalité de cette guerre n'obéit à aucun calendrier prévisible pour les ménages qui en subissent les conséquences. Chaque cessez-le-feu annoncé depuis février a fini par céder sous la pression d'un nouvel incident dans le détroit d'Ormuz, sans qu'aucun round de négociation n'ait encore débouché sur un accord durable. Tant que les incitations politiques et financières des deux camps continueront de diverger, chaque accalmie des prix devra être considérée non pas comme la fin de la crise, mais comme une simple pause entre deux cycles, avec la certitude, pour les ménages les plus fragiles, qu'une nouvelle facture reste toujours à venir.

Par la rédaction • L'Appel -Dubaï · L'Appel
Partager :

À lire aussi

100%