Strasbourg interdit les vieux diesels : quand la canicule et l’ozone se conjuguent
Ce jeudi 25 juin à 6 heures, la préfecture du Bas-Rhin a activé la circulation différenciée dans les 33 communes de l'Eurométropole de Strasbourg. Les véhicules Crit'Air 3, 4 et 5 sont interdits de circuler jusqu'à 22 heures, jusqu'à la levée de l'alerte. Les transports en commun deviennent gratuits. Strasbourg vit en temps réel ce que ses élus promettent depuis 2027 : la fin des vieux diesels en ville. Sauf que cette fois, ce n'est pas une ZFE. C'est la chaleur qui l'impose.
Depuis ce jeudi 25 juin à 6 heures du matin, les automobilistes de l'Eurométropole de Strasbourg et de ses 33 communes doivent vérifier la vignette collée sur leur pare-brise avant de prendre la route. Si elle est verte, numéro 1 ou numéro 2, la route est libre. Si elle est numéro 3, 4 ou 5, il faut garer la voiture et trouver une autre solution. L'amende en cas d'infraction est fixée à 68 euros pour les véhicules légers, et monte à 135 euros pour les poids lourds de plus de 3,5 tonnes.
La préfecture du Bas-Rhin a pris la décision la veille, au soir du 24 juin, en invoquant la persistance d'un épisode de pollution à l'ozone. La mesure restera en vigueur aussi longtemps que les seuils d'alerte de niveau 2 ne seront pas redescendus. Elle s'applique de 6h à 22h chaque jour et sera reconduite quotidiennement tant que les conditions météorologiques et atmosphériques le justifient.
Pour ceux qui ne peuvent pas conduire, la réponse est immédiate : la gratuité des transports en commun est activée dans l'Eurométropole de Strasbourg et à Mulhouse le temps de l'épisode. C'est l'une des mesures compensatoires prévues dans le plan pollution, activée automatiquement pour atténuer l'impact social des restrictions de circulation.
Le cocktail ozone-canicule : comment ça fonctionne L'ozone n'est pas polluant en altitude, où il protège la Terre des rayons ultraviolets. À hauteur du sol, c'est une autre histoire. L'ozone troposphérique se forme lorsque des polluants primaires, principalement les oxydes d'azote émis par les moteurs thermiques et les composés organiques volatils issus des industries et de certains végétaux, réagissent sous l'effet du rayonnement solaire. Plus il fait chaud, plus le soleil est intense, plus la réaction chimique est rapide et abondante.
La canicule est donc le catalyseur parfait des pics d'ozone. Pendant une vague de chaleur prolongée avec peu de vent, les polluants stagnent à basse altitude au lieu d'être dispersés. Le soleil les transforme en ozone. L'ozone s'accumule. L'air devient progressivement irrespirable pour les personnes vulnérables, notamment les enfants en bas âge, les personnes âgées, les asthmatiques et toute personne qui pratique une activité physique à l'extérieur.
Lors d'un épisode caniculaire, la chaleur et le rayonnement solaire accélèrent la formation d'ozone à partir des polluants automobiles. Plus il fait chaud et ensoleillé, plus la pollution à l'ozone est intense. C'est le paradoxe de l'été : le beau temps fabrique du poison.
À Strasbourg, l'ATMO Grand Est mesure en temps réel les concentrations d'ozone à plusieurs points de l'agglomération. Le seuil d'information est fixé à 100 microgrammes par mètre cube en moyenne horaire. Le seuil d'alerte de niveau 2, celui qui a déclenché la circulation différenciée ce jeudi, correspond à des niveaux encore plus élevés ou à une persistance de l'épisode sur plusieurs jours. Dans ce cas, les autorités n'ont plus le choix : elles doivent agir sur la principale source de polluants primaires en milieu urbain, c'est-à-dire le trafic automobile.
Ce que Crit'Air 3 veut vraiment dire
La vignette Crit'Air 3 concerne des véhicules bien précis. Ce sont les diesels immatriculés entre janvier 2001 et décembre 2005, ainsi que les diesels immatriculés entre janvier 2006 et décembre 2010 qui ne répondent pas aux normes Euro 5. En pratique, ce sont les voitures d'une quinzaine à une vingtaine d'années d'âge. Pas des épaves, mais des véhicules encore très nombreux sur les routes françaises, notamment chez les ménages modestes qui n'ont pas les moyens de renouveler leur parc.
C'est précisément là que la mesure cristallise une tension sociale bien documentée. Les restrictions de circulation fondées sur les vignettes Crit'Air frappent de façon disproportionnée les ménages à revenus modestes. Les propriétaires de vieux diesels sont, en moyenne, moins aisés que les propriétaires de véhicules récents ou électriques. Quand la préfecture interdit les Crit'Air 3 à 4 et 5, elle protège la qualité de l'air de toute la population, mais elle fait peser le coût de cette protection principalement sur une partie de la population qui n'a pas les moyens d'acheter une voiture propre.
La gratuité des transports en commun est la réponse institutionnelle à cette tension. Elle est nécessaire. Elle n'est pas suffisante : tous les trajets ne sont pas couverts par les lignes de tram et de bus de l'Eurométropole, et certains travailleurs dont les horaires ne correspondent pas aux services réguliers se retrouvent dans une situation difficile.
La ZFE qui n'existe pas encore, et que la canicule impose dès maintenant L'épisode de cette semaine contient une ironie que les élus strasbourgeois n'ont pas manqué de souligner. La Zone à Faibles Émissions, la ZFE permanente, avec interdiction systématique des Crit'Air 3 toute l'année, était prévue pour 2027 dans l'Eurométropole. Le dispositif a été annoncé, discuté, retardé. Il n'est toujours pas en vigueur avec des contrôles effectifs.
Mais quand la canicule et la pollution se conjuguent, la préfecture active en quarante-huit heures précisément la restriction que la ZFE prévoyait pour dans un an. Sans débat, sans concertation supplémentaire, sans délai. La qualité de l'air n'attend pas les calendriers politiques.
L'interdiction de circulation des véhicules Crit'Air 3 est prévue dans l'Eurométropole de Strasbourg à partir de 2027. Elle n'a jamais été mise en place avec des contrôles effectifs. La canicule de juin 2026 l'impose en quarante-huit heures. (ICI Grand Est, 25 juin 2026) Strasbourg n'est pas seule dans cette situation. Lyon, Paris, Grenoble, Marseille ont toutes des ZFE à des stades différents de déploiement. Toutes ont aussi des épisodes de pollution à l'ozone qui activent des restrictions temporaires pendant les pics caniculaires. La différence entre une ZFE permanente et une circulation différenciée d'urgence tient à un seul paramètre : la continuité. Une restriction permanente envoie un signal clair aux acheteurs de véhicules et permet une adaptation progressive du parc. Une restriction d'urgence, aussi bien intentionnée soit-elle, laisse les ménages dans l'incertitude.
La vague de chaleur de juin 2026 pourrait, paradoxalement, accélérer ce débat. Elle montre en temps réel ce que la pollution automobile fait à l'air quand les conditions météo s'y prêtent. Et elle montre que les autorités ont les outils pour intervenir vite quand elles y sont contraintes. La question qui reste posée est simple : pourquoi attendre d'y être contraint ?
CE QUI S'APPLIQUE AUJOURD'HUI À STRASBOURG
Circulation différenciée active depuis le 25 juin à 6h00, jusqu'à la levée de l'alerte ozone niveau 2.
Interdit de circuler de 6h à 22h : Crit'Air 3 (diesels 2001-2010), Crit'Air 4 (diesels avant 2001), Crit'Air 5 et non classés.
Autorisés : Crit'Air E (électriques/hydrogène), Crit'Air 1, Crit'Air 2.
Axes exemptés : A4, A35 jusqu'à Vendenheim, M35 jusqu'à Geispolsheim, M353, M83, A355.
Exemptions personnelles : professionnels de santé, agents de service public en mission essentielle, titulaires de carte de stationnement handicapé.
Amende en cas d'infraction : 68 euros (véhicules légers), 135 euros (poids lourds au-dessus de 3,5 tonnes).
Transports en commun gratuits dans l'Eurométropole de Strasbourg et à Mulhouse pendant l'épisode.
Activité sportive interdite de 10h à 22h dans tout le Bas-Rhin (arrêté préfectoral, vigilance rouge canicule).
À Strasbourg, depuis ce matin, les vieux diesels restent au garage et les trams roulent gratis. C'est une mesure d'urgence née d'une crise climatique. Elle ressemble à ce que certains élus promettent depuis des années comme une politique durable. La différence entre les deux, c'est que l'une dure jusqu'à la levée de l'alerte. L'autre durerait jusqu'à ce que l'air soit propre pour de bon.