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Mohamed Aidah, correspondant d’Al Arabiya, assassiné à Moukkala

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International

Mohamed Aidah, correspondant d’Al Arabiya, assassiné à Moukkala

Mardi soir 24 juin, un journaliste yéménite correspondant des chaînes Al Arabiya et Al Hadath a été tué dans l'explosion d'un engin piégé placé dans sa voiture dans la ville de Moukkala, capitale du Hadramaout, dans l'est du Yémen. Aucune organisation n'a revendiqué l'attentat. Aucun bilan officiel de la chaîne n'a été publié à l'heure où ces lignes sont écrites.

Mardi soir, dans les rues de Moukkala, capitale de la province du Hadramaout dans l'est du Yémen, Mohamed Aidah roulait dans sa voiture quand l'engin piégé placé à l'intérieur a explosé. Il est mort sur le coup, selon les sources locales ayant relayé l'information. Son corps a été transporté à l'hôpital, mais les secours n'ont pu que constater le décès.

Mohamed Aidah était correspondant de deux des chaînes d'information arabes les plus suivies : Al Arabiya et sa chaîne sœur Al Hadath, toutes deux basées à Riyad et diffusées à travers le monde arabe. Son travail consistait à couvrir l'actualité d'une des provinces les plus stratégiques du Yémen, riche en pétrole et en gaz naturel, et traversée par des tensions permanentes entre factions rivales.

L'explosion s'est produite dans la rue Soixante, l'un des axes principaux de Moukkala. Les services de sécurité ont ouvert une enquête pour identifier les auteurs et la chaîne de commandement derrière l'attentat.

Ce que l'on sait et ce que l'on ignore

Les informations disponibles au moment de la publication de cet article reposent exclusivement sur des sources locales yéménites : les agences Khabar et Al-Montasaf Net, les sites Al-Wahdawi Net, 26sep.net et Crater Sky. Ces médias, qui couvrent régulièrement l'actualité du sud et de l'est du Yémen, ont tous convergé vers la même version des faits : un engin explosif placé dans la voiture du journaliste a déclenché l'explosion, et il est décédé peu après.

En revanche, à l'heure de la publication, ni Al Arabiya ni Al Hadath n'avaient diffusé de communiqué officiel confirmant la mort de leur correspondant. Reporters sans frontières et le Committee to Protect Journalists n'avaient pas encore documenté le cas. Aucune organisation armée, ni les Houthis, ni Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique, ni les factions du Conseil de transition du Sud ne s'est revendiquée de l'attentat.

Note de la rédaction : les informations contenues dans cet article proviennent de sources locales yéménites publiées le 24 juin 2026. L'Appel les présente avec toutes les réserves que justifie l'absence de confirmation officielle de la chaîne Al Arabiya ou d'organisations internationales de défense de la presse.

Le Syndicat des journalistes yéménites a, lui, réagi rapidement. Il a publié un communiqué condamnant l'assassinat et appelant à une enquête immédiate pour identifier et poursuivre les auteurs. Ce type de réaction syndicale, dans le contexte yéménite, est souvent le premier signal institutionnel confirmant un événement avant les déclarations officielles des employeurs ou des organisations internationales.

Moukkala, carrefour des tensions

Moukkala n'est pas une ville ordinaire dans la géographie du conflit yéménite. Capitale de la province du Hadramaout, elle est à la fois un centre économique majeur grâce aux ressources pétrolières de la région, et un point de friction entre plusieurs acteurs armés. La ville est contrôlée par des forces alliées au Conseil de leadership présidentiel, mais Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique y a historiquement été présente, tout comme des tensions persistent entre les partisans de l'unité yéménite et ceux du mouvement séparatiste du Sud.

Les assassinats ciblés de personnalités politiques, militaires et médiatiques y sont récurrents. En 2025 encore, plusieurs officiers militaires et un responsable de la sécurité avaient été tués dans des attentats similaires à la bombe dans des véhicules. Les journalistes qui couvrent la région pour des médias internationaux sont exposés à des risques multiples : ils peuvent être ciblés pour leurs reportages, pour les chaînes qu'ils représentent, ou pour les positions éditoriales de ces chaînes dans les conflits régionaux.

Al Arabiya et Al Hadath, propriétés de l'État saoudien via le groupe MBC, sont perçues dans certains milieux yéménites comme des vecteurs de la politique saoudienne dans le conflit. Cette perception peut faire de leurs correspondants locaux des cibles symboliques pour des groupes hostiles à l'Arabie Saoudite et à son rôle dans la guerre au Yémen.

Le Yémen, pays le plus meurtrier pour la presse

Le Yémen est depuis des années l'un des environnements les plus dangereux au monde pour l'exercice du journalisme. RSF documente des journalistes enlevés par les Houthis, exécutés, détenus sans procès, parfois depuis des années. En mars 2024, quatre journalistes condamnés à mort et retenus en otages depuis huit ans par les rebelles avaient été libérés dans un échange de prisonniers.

Dans le sud du pays, contrôlé par diverses factions alliées au gouvernement reconnu ou au Conseil de transition du Sud soutenu par les Émirats, la liberté de la presse n'est pas davantage garantie. Des journalistes ont été assassinés à Aden, à Moukkala, dans d'autres villes du sud, sans que les enquêtes aboutissent à des poursuites ou des condamnations. L'impunité est quasi-totale.

Les correspondants locaux des grandes chaînes arabes occupent une position particulièrement vulnérable. Ils sont connus publiquement, leurs reportages sont visibles, et ils disposent rarement des protections physiques dont peuvent bénéficier les journalistes étrangers envoyés en mission depuis l'extérieur. Ce sont eux qui paient le prix le plus élevé de l'information en temps de guerre.

CE QUE L'ON SAIT AU 24 JUIN 2026

Mohamed Aidah, correspondant d'Al Arabiya et Al Hadath au Hadramaout, tué dans l'explosion d'un engin piégé dans sa voiture à Moukkala.

Lieu : rue Soixante, Moukkala, capitale du Hadramaout, est du Yémen.

Heure : mardi soir, 24 juin 2026.

Syndicat des journalistes yéménites : condamnation et appel à enquête immédiate.

RSF et CPJ : pas de documentation officielle publiée à l'heure de la publication.

Mohamed Aidah couvrait une guerre depuis une ville où les bombes dans les voitures ne sont pas des anomalies. Elles font partie du paysage. Ce qui est anormal, c'est qu'un journaliste dont le seul outil est un micro et une caméra soit traité comme une cible militaire.

L'enquête déterminera qui a placé l'engin et pourquoi. Dans la plupart des affaires similaires au Yémen, elle n'aboutira pas. Ce n'est pas une prédiction pessimiste. C'est l'état des lieux de l'impunité dans ce pays depuis onze ans.

Par la rédaction de L’APPEL - Sana Seef · L'Appel
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