Il a crié « now » à 122 décibels et battu un record de 32 ans
Joseph McGrail-Bateup, 58 ans, nettoyeur de climatiseurs à Canberra et crieur public honoraire de la capitale australienne, est officiellement l'être humain le plus bruyant de la planète. Son cri de 122,4 décibels efface un record qui tenait depuis 1994. Il a eu la voix cassée pendant deux jours.
Le 2 mai 2026, dans un studio de radio de Canberra, un ingénieur acousticien installe ses équipements de mesure, deux témoins prennent position, et Joseph McGrail-Bateup inspire profondément. Il a déjà testé plusieurs mots. « Oyez » était trop court. « Quiet » trop ironique, même si c'est précisément ce mot qu'avait crié la détentrice du précédent record. Il a retenu « now ». Un seul mot. Bref, percutant, facile à projeter. Il ouvre la bouche et crie.
Le son mesuré : 122,4 décibels. L'équivalent d'une tronçonneuse à plein régime, d'un avion à réaction au moment du décollage ou d'une sirène d'ambulance à deux mètres de distance. Le précédent record, 121,7 décibels, appartient depuis 1994 à Annalisa Flanagan, institutrice d'Irlande du Nord qui avait lancé un « quiet » assourdissant pour réclamer le silence à ses élèves. Il tenait depuis trente-deux ans. Il ne tient plus.
Guinness World Records a officiellement validé le record vendredi 20 juin 2026, après plusieurs semaines de vérification des fichiers audio transmis par les témoins et l'ingénieur. Joseph McGrail-Bateup est désormais, officiellement, l'homme le plus bruyant du monde.
Un nettoyeur de climatiseurs devenu Lord Joseph
Joseph McGrail-Bateup n'est pas entré dans ce monde par ambition démesurée. Il est tombé dedans par curiosité. En cherchant des records liés aux crieurs publics dans le livre Guinness, il n'en a trouvé aucun. Il a trouvé à la place le record de Flanagan. Il s'est dit qu'il pouvait faire mieux.
La trajectoire qui l'a conduit jusqu'à ce studio de radio commence en 2017, quand les autorités locales de Canberra lui ont confié le titre de crieur public officiel de la capitale. Un rôle honorifique et à temps partiel, qu'il décrit sans fausse modestie comme « plutôt amusant ». Dans cette fonction, il se fait appeler Lord Joseph. Il annonce les événements communautaires, les kermesses d'écoles et les salons automobiles, une voix de stentor au service du quotidien ordinaire d'une ville de 460 000 habitants.
« J'ai eu la voix cassée pendant deux jours. » Joseph McGrail-Bateup, après sa tentative de record, mai 2026.
Ce poste l'a introduit à l'Ancient and Honorable Guild of Australian Town Criers, guilde professionnelle et compétitive dédiée à la préservation des fonctions historiques des crieurs publics. En 2024, il y remporte un concours avec le « Oyez, Oyez, Oyez » le plus puissant, mesuré à 98 décibels. Ce chiffre, déjà respectable pour un être humain non amplifié, lui donne confiance. Il commence à préparer sa tentative de record mondial.
Ce n'est pas sa première incursion dans le livre des records. En 2019, il avait battu le record de vitesse pour un archer tirant dix flèches, en 60,03 secondes, améliorant d'une fraction de seconde un record qui datait de 2015. Neuf mois plus tard, un garçon de 7 ans l'avait pulvérisé de 11,4 secondes. McGrail-Bateup n'a pas cherché à récupérer son titre. Il a changé de discipline.
122 décibels : ce que ça veut dire Pour comprendre ce que représente 122,4 décibels produits par un être humain sans amplification électronique, il faut d'abord rappeler que l'échelle des décibels est logarithmique. Chaque augmentation de 10 décibels correspond à une puissance sonore dix fois supérieure. Un chuchotement se situe autour de 30 dB. Une conversation normale, 60 dB. Une tondeuse à gazon, 90 dB. Un marteau-piqueur à proximité, 110 dB. Une tronçonneuse ou un avion au décollage, 120 dB.
Le cri de McGrail-Bateup dépasse ce dernier seuil. Exposé à ce niveau sonore de façon répétée ou prolongée, un être humain subit des dommages auditifs permanents. Ce n'est pas une coïncidence si le recordman lui-même a perdu la voix pendant deux jours après sa tentative. Il n'a pas seulement crié fort. Il a crié à la limite de ce que le corps humain peut produire.
À titre de comparaison, le seuil de la douleur acoustique se situe autour de 130 décibels. Les groupes de rock les plus puissants de l'histoire, notamment AC/DC et Manowar, ont atteint ou dépassé ce seuil lors de concerts exceptionnels, mais avec des amplificateurs, des enceintes industrielles et des dizaines de kilowatts de puissance électrique. McGrail-Bateup, lui, n'avait que ses poumons, son diaphragme et ses cordes vocales.
L'histoire oubliée du crieur public
La fonction de crieur public est l'une des plus anciennes de l'histoire urbaine. Avant les journaux, la radio, les réseaux sociaux et les panneaux d'affichage, c'était lui qui annonçait les nouvelles dans les rues : les décrets royaux, les marchés, les avis de décès, les menaces de guerre. Son arme était sa voix. Sa crédibilité dépendait de son volume et de sa clarté. Dans une ville de 50 000 habitants sans aucune technologie de diffusion, il fallait que tout le monde entende.
Aujourd'hui, la fonction survit sous forme honorifique dans plusieurs pays du Commonwealth, notamment au Royaume-Uni et en Australie. Les crieurs publics participent à des concours régionaux et nationaux, portent des costumes d'époque, et sont jugés sur la puissance, la clarté et la projection de leur voix. C'est dans cet univers discret et joyeusement anachronique que McGrail-Bateup a perfectionné le cri qui lui a valu le record du monde.
LE RECORD EN CHIFFRES
Joseph McGrail-Bateup, 58 ans, Canberra, Australie. Nettoyeur de climatiseurs et crieur public honoraire de la capitale.
Cri enregistré le 2 mai 2026 dans un studio de radio, en présence d'un ingénieur acousticien et de témoins. Mot utilisé : « now ».
Niveau sonore : 122,4 décibels. Équivalent d'une tronçonneuse, d'un avion au décollage ou d'une sirène d'ambulance à courte distance.
Record précédent : 121,7 dB, détenu depuis 1994 par Annalisa Flanagan, institutrice d'Irlande du Nord. Mot crié : « quiet ».
Record validé par Guinness World Records le 20 juin 2026, après 32 ans d'invincibilité du précédent record.
Conséquences pour le recordman : voix cassée pendant deux jours.
Autre record détenu : vitesse de tir à l'arc (dix flèches) en 2019. Perdu neuf mois plus tard au profit d'un garçon de 7 ans.
Annalisa Flanagan avait crié « quiet ». Joseph McGrail-Bateup a crié « now ». Deux mots, deux époques, deux instituteurs du son humain qui ont dit à la planète entière : voilà ce que ça fait quand quelqu'un veut vraiment être entendu.
Dans les rues de Canberra, Lord Joseph annonce toujours les kermesses et les salons automobiles. Mais désormais, quand il ouvre la bouche dans une salle bondée, les gens savent que l'homme qui parle est officiellement le plus bruyant de l'histoire.